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Peter TSCHAIKOWSKI, Suite no 4 op. 61, Ruggero RICCI, OSR, Ernest ANSERMET, 1966

15 décembre 1966
Decca pour le disque et les photos, René Gagnaux pour la restauration et le texte
Decca pour le disque et les photos, René Gagnaux pour la restauration et le texte

Tschaikowski composa ses quatre Suites pour orchestre entre 1883 et 1887. Chronologiquement, elles se situent entre la quatrième et la cinquième symphonie et appartiennent à la période de la symphonie „Manfred“. Elles sont donc le fruit de sa pleine maturité. À l'exception peut-être du finale de la Troisième, toute la musique des trois premières Suites est légère et très semblable aux nombreuses pièces de type “salon” que Tschaikowski écrivit pour le piano. Il considérait ces pièces comme étant de peu de valeur et ne s'y attardait guère; pourtant, dans les Suites pour orchestre, le compositeur a apporté un soin extrême à une musique similaire: Une grande partie de leur attrait provient de son orchestration subtile et colorée. Il a apporté le même soin à la quatrième suite, qui appartient cependant à une catégorie différente, puisqu'elle est basée non pas sur le matériel de Tschaikowski, mais sur celui de Mozart, le compositeur qu'il vénérait par-dessus tout.

Tschaikowski préfaça la partition par ces mots: „Un grand nombre des petites oeuvres les plus admirables de Mozart sont, de manière incompréhensible, très peu connues non seulement du public, mais même de la majorité des musiciens. L'auteur de cette Suite, 'Mozartiana', a voulu donner une nouvelle impulsion à l'exécution de ces petits chefs-d'oeuvre, dont la forme succincte recèle d'incomparables beautés“. Tschaikowski, grand maître de l'orchestre, a choisi pour cela des oeuvres que presque personne ne connaissait à l'époque et que relativement peu connaissent aujourd'hui. Trois d'entre elles sont des compositions pour piano.

Le choix de la Gigue en sol (KV 574) pour le premier mouvement est, dans un certain sens, surprenant, car, bien qu'il s'agisse d'un très bon Mozart, il n'est pas très typique. Dans cette oeuvre pour piano tardive, Mozart s'intéressait principalement au contrepoint et la Gigue s'ouvre comme s'il s'agissait d'une fugue. La forme est binaire, chacune des deux parties étant répétée; dans la deuxième, Mozart fait une excursion expressive dans le mineur en utilisant des harmonies frappantes. Tschaikowski l'a orchestré pour doubles bois, quatre cors, deux trompettes, timbales et cordes.

Le deuxième mouvement est le Menuet en ré (KV 355). Il se divise à nouveau en deux parties, qui sont toutes deux répétées. L'atmosphère de cette danse majestueuse est assombrie par le chromatisme et l'on y trouve à nouveau des effets harmoniques saisissants - notons, par exemple, la dissonance au début de la deuxième partie. La combinaison d'instruments est plus restreinte, les trompettes, deux des cors et les timbales ayant été retirés de l'ensemble qui jouait le premier mouvement.

Preghiera, le troisième mouvement dérive du tardif Motet Ave Verum Corpus (KV 618), mais seulement indirectement, car Tschaikowski s'est inspiré de la transcription de Liszt. Par conséquent, le résultat, contrairement aux deux premiers mouvements, est très éloigné de Mozart, bien que Tschaikowski ait à nouveau supprimé sa propre personnalité. Les progressions d'accords aux bois, semblables à celles de l'harmonium, qui ouvrent la pièce et ponctuent la mélodie, ainsi que l'écriture colorée de la harpe, sont particulièrement peu mozartiennes. Il s'agit néanmoins d'une pièce très attrayante en soi. Outre la harpe, Tschaikowski reprend pour ce mouvement la deuxième paire de cors et les timbales.

Pour le finale, Tschaikowski a repris les Variations de Mozart sur «Unser dummer pobel» des Pèlerins de la Mecque de Gluck (KV 455) et les a orchestrées pour les mêmes instruments que la Gigue, plus des cymbales et un glockenspiel. On soupçonne que le thème a plu à Tschaikowski parce qu'il a une certaine qualité russe. Dans les dix variations et le finale qui suivent le thème, la personnalité de Tschaikowski est souvent plus évidente qu'ailleurs dans cette suite. La huitième variation est suivie d'une cadence élaborée pour un violon solo qui mène à la lente neuvième, qui est pratiquement un petit mouvement de concerto pour le même instrument. Ce traitement ne ressemble en rien à celui de Mozart, pas plus que celui de la huitième variation, qui met en avant le «Glockenspiel», doublant le pizzicato des premiers violons. Ici comme ailleurs, nous sommes très proches de l'univers de la musique de ballet de Tschaikowski.

Traduit des notes de Malcolm Rayment publiées au verso de la pochette du disque London CS 6542

Ernest ANSERMET enregistra ce disque pour DECCA les 15 et 17 décembre 1966 (Tschaikowsky) et les 6, 7 et 14 février 1967 (Rhespighi), bien entendu dans le Victoria Hall de Genève avec son Orchestre de la Suisse Romande, et Ruggero RICCI en soliste dans le dernier mouvement de la Suite Mozartiana. Le tout fut publié en novembre 1967 sur LXT 6312 resp. SXL 6312 (mono resp. stéréo), puis en juin de l'année suivante sur LONDON CS 6542 - dont provient cette restauration.

L'enregistrement que vous écoutez...

Peter Tschaikowski, Suite no 4 en sol majeur, dite «Mozartiana», op. 61, Ruggero Ricci, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 15 et 17 décembre 1966, Victoria Hall, Genève

1. Gigue. Allegro................................................................01:52 (-> 01:52)

2. Menuet. Moderato.........................................................05:00 (-> 06:52)

3. Preghiera. Andante non tanto.......................................05:04 (-> 11:56)

4. Tema con variazioni. Allegro giusto..............................14:17 (-> 26:13)

Provenance: London CS 6542

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René Gagnaux
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8 juin 2023
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