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Histoire(s) de Cinémathèque : (3e partie : le cinéma à l'Uni)

27 février 2019
David Glaser
notreHistoire

En 2019, la Cinémathèque suisse se tourne vers le futur. Malgré l'énorme déferlement des moyens digitaux de toutes tailles pour "consommer" du film partout et tout le temps, le rôle de l'institution n'a jamais été aussi clair: valoriser la richesse d'une culture ou plus exactement de "LA culture d'un siècle" comme le disait Godard. Et bien sûr continuer la conservation en numérique comme en analogique.

Voici la troisième partie de l'entretien croisé entre Freddy Buache - mort le 28 mai dernier à l'âge de 94 ans - et Frédéric Maire, le fondateur de la Cinémathèque suisse et son directeur actuel, après une première partie racontant les débuts de l'institution et une deuxième sur les transformations vites opérées sur les locaux d'entreposage (pour cause de risques d'incendie), il est question aujourd'hui dans ce troisième tome de l'entrée de l'histoire du cinéma à l'Université (pour prolonger la discussion d'hier).

Il est aussi question de la révolution numérique qui a impacté les cinémathèques dans leur ensemble. Les limites de cette vague digitale en termes de qualité de copie et de conservation sont constatées par Freddy Buache et Frédéric Maire. Bref, une interview passionnante sur un monde des archives filmiques en ébullition à la fin des années 1990 et qui continue de se recréer au gré des innovations techniques et des enjeux.

Freddy Buache et Frédéric Maire au domicile du premier le 9 janvier 2019 (DG)

L'entretien continue avec cette question à Freddy Buache: "comment voyiez-vous l'arrivée de l'histoire du cinéma dans le monde universitaire?"

Freddy Buache: "Je me pose un certain nombre de questions, l'idée des ciné-clubs, de découvrir un film argentin formidable, on faisait ça. L'Université de Lausanne, le travail doit y être fait là aussi. On avait commencé à parler de cinéma dans les gymnases, et encore pas très bien. J'étais là pour préparer l'arrivée du cinéma à l'Université. On avait décidé que François Albera en serait le responsable. J'avais peur de voir des gens compliqués car ce que fait l'Uni, je ne sais pas à quoi ça correspond. J'ai donné un cours à des gens qui s'intéressaient assez peu au cinéma, qui le regardaient à la maison avec des DVD. L'histoire du cinéma n'est pas encore assez bien classée dans les universités aujourd'hui. Elle devrait être enseignée avec la sociologie, avec l'histoire du pays, avec l'histoire de l'armée dans le pays. Le cinéma, ce n'est pas un machin tout seul. Et puis il ne faut pas oublier... (il s'exclame) "La Littérature"! On ne peut pas voir un film tiré d'un roman sans savoir à quoi ça correspond en littérature. Le cinéma à l'Uni, c'était un rêve qui est passé. Et aujourd'hui, il y a des écoles de cinéma partout. Avec une économie dont on pourrait discuter. Pour Dominique Païni (ancien directeur de la Cinémathèque française), si on est à l'Université, on va travailler sur le cinéma. Mais on ne peut pas travailler sur la posture des metteurs en scène sans regarder le contexte."

Frédéric Maire: "Lors de la pose de la première pierre du chantier de Penthaz, tu avais dit que tu étais content que ça se passe, que c'était très bien que les pouvoirs publics financent un centre de cinéma. Ils ont mis cent ans à se rendre compte de l'importance du cinéma, les pouvoirs publics ont-ils reconnu l'importance du cinéma et votre travail de fou? En Suisse ça a mis du temps, non?"

Freddy Buache: "Evidemment, le rôle de l'argent de l'Etat est intéressant. L'Etat est favorable aux cinémathèques. L'argent versé pour la culture cinématographique venait du système néo-libéral. Si tu regardes maintenant, ces subventions pourraient être données à l'industrie du jeu vidéo. Le cinéma, aujourd'hui, a beaucoup d'argent. Cet argent est réintroduit dans un système lié à l'industrie des jeux vidéos. Les gens passent du temps dans les transports publics avec leur téléphone portable. Tout le monde est là avec un truc dans les mains, on ne sait pas ce qu'ils font. Des jeux sans doute. Mais pour en revenir à l'argent de l'Etat, il y a une chose qui m'avait étonnée dans l'attribution des moyens financiers pour le cinéma. Au moment où on est passé aux nouvelles méthodes de projection de films, on a changé toutes les cabines. Je pense qu'une commune comme Echallens qui ne s'intéressait pas tellement au cinéma a trouvé tout à coup que cette nouvelle technologie était importante. Il a donc fallu changer la cabine à Echallens car toutes les cabines devaient changer partout. On s'intéressait quant à nous à la censure. Mais tout le monde est parti là-dessus. Beaucoup de gens ont travaillé sur la technologie de ces nouvelles cabines. Aujourd'hui, je me pose des questions sur le monde. Ce qu'il va devenir. Est-ce qu'il sera fait de robots uniquement ? Je pense que le monde va mal. Tout le monde veut une bagnole... mais on ne sait pas où la parquer, il y a des bouchons partout, des vols d'avions à prix bon marché n'aident pas. Voler entre Paris et New York coûte trois fois rien. Le climat est en péril. Je me pose des questions."

A propos de l'article de Natacha Laurent dans « Le Monde » du 11 décembre 2018, il est à nouveau question de crise des cinémathèques. Vous en pensez quoi ?

Freddy Buache:"Les gens des cinémathèques ont leur collection en gestion. Ils passent en majorité des films de cette collection. Ils vont chercher un film et ils le payent à "monsieur Untel" qui a des droits. Frédéric Maire aujourd'hui a raison, il peut passer un film avec une cabine de cinéma. Ce n'est pas une cabine comme celle d'aujourd'hui, ni celle de demain…"

Publication de la Cinémathèque suisse en 1964 cosignée par Freddy Buache et Jacques Rial (Sylvie Bazzanella)

Freddy Buache: "D'où vient le cinéma, d'où il viendra, la question des séries aujourd'hui, ça c'est un autre problème… On avait l'intuition de ça. Que le cinéma allait changer. Mais on n'a pas d'idée du travail qui va être fait. La Cinémathèque française a fait un travail avec les nouveaux supports. Mais moi, je pense que les supports anciens sont meilleurs. Bertrand Tavernier avait montré un film ancien à Lyon et ce n'était pas tout-à-fait ça. A la télé, dans les films, les gens ont les jambes courtes (rires). Mais tout le travail de culture se fait plutôt bien. Vous voulez savoir qui est Luchino Visconti. Et paf, il est là !"

Frederic Maire: "En 1997, vous aviez pressenti, avec le livre, le phénomène du numérique. La révolution numérique, pour le bien et pour le mal. Pour le bien, l'accessibilité de cette culture s'est décuplée. On n'a plus à bricoler plusieurs copies de «Loulou» pour une version passable... On n'a plus à recoller «Loulou». Aujourd'hui, on travaille ensemble entre cinémathèques à restaurer «Loulou» avec une version passable, avec des copies partout. On travaille tous ensemble pour une "beauté première" mais c'est une "beauté numérique", c'est un ersatz, une sorte de copie un peu trompeuse de l'objet original, on essaye de montrer les deux, c'est l'aspect positif du numérique."

Par David Glaser.

(Suite de l'interview croisée de Freddy Buache et de Frédéric Maire lundi prochain)

-Lien vers l'épisode 1

-Lien vers l'épisode 2

-Lien vers le site de la Cinémathèque suisse

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