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Camille SAINT-SAËNS, Symphonie no 3, Pierre SEGOND, OSR, Ernest ANSERMET, 1949

14 novembre 1949
RSR resp. RTS
René Gagnaux

Illustrant ce descriptif, de gauche à droite: Ernest Ansermet - photographe et date inconnus, probablement de la fin des années 1940 -, le jeune Pierre Segond - au clavier de l'orgue Tschanun de la Cathédrale Saint-Pierre en 1946 - et Camille Saint-Saëns, comme on n'a pas l'habitude de le voir, une peinture du XIXe siècle, conservée au Musée du Conservatoire de musique de Naples.

Camille Saint-Saëns composa cette symphonie en 1886 pour orchestre symphonique, avec une partie d'orgue, ainsi que de piano à 4 mains. "[...] Si l'idée de rajouter un piano ou un orgue à un orchestre n'est pas tout à fait nouvelle (Liszt utilise un piano dans sa Bataille des Huns et Berlioz un orgue dans sa Fantaisie sur la tempête), l'inclusion des deux en même temps est bel et bien une innovation de Saint-Saëns.[...] L'instrumentation est très impressionnante: trois flûtes (dont une jouant parfois la partie de piccolo), deux hautbois et un cor anglais, deux clarinettes et une clarinette basse, deux bassons et un contrebasson, quatre cors, trois trompettes, trois trombones, un tuba, des timbales, grosse caisse, cymbales et triangle, un piano qui requiert deux musiciens, un orgue et bien sûr toute la famille des cordes. [...]"

Il dédia sa partition à Franz Liszt, décédé le 31 juillet de la même année à Bayreuth: lorsque Saint-Saëns apprend de décès de son ami, "[...] il décide de publier sa 3ème Symphonie en la lui dédicaçant. Lors de sa dernière visite à Paris, Liszt avait pu voir la partition de la symphonie. La dédicace de la partition au défunt Liszt s'est donc faite environ deux mois après sa création à Londres. Ainsi, la mort de son ami n'a pas influencé directement Saint-Saëns (il ne l'a pas écrite en pensant à son ami décédé, mais l'a cependant remplie de références le concernant, sûrement à cause de l'admiration qu'il lui vouait).[...]"

Comme c'était la Royal Philharmonic Society de Londres qui lui avait commandé cette oeuvre, c'est dans cette ville que fut donnée la première audition, en mai 1886 sous la direction du compositeur, avec un très grand succès. L'année suivante - le 9 janvier 1887 - elle fut jouée pour la première fois en France, à Paris, dans la salle du Conservatoire et sous la direction de Jules Garcin, avec le même succès.

Cette symphonie est "officiellement" en deux mouvements, mais ceux-ci sont toutefois clairement subdivisés: "[...] Comme l'explique son auteur dans une notice au début de la partition, elle ne comporte que deux mouvements, mais eux-mêmes sont séparés en deux donc à l'écoute, la structure n'est pas radicalement différente de celle d'une symphonie traditionnelle (on retrouve d'abord une partie rapide, suivie d'une lente, d'une rapide à nouveau, et enfin d'une partie finale):

1) Adagio - Allegro moderato - Poco Adagio

2) Allegro moderato - Presto - Maestoso - Allegro

Le compositeur justifie ces deux mouvements en disant qu'il voulait éviter les répétitions*.*[...]"

Les citations ci-dessus proviennent du travail de maturité «***3ème Symphonie de Saint-Saëns, l'apogée de la symphonie française?***» de Maelle Baillif publié par le Gymnase Auguste Piccard, Lausanne/Bellerive, en 2017. Voir cet excellent ouvrage pour plus de détails, notamment une analyse très détaillée de l'oeuvre à partir du chapitre 5.3, page 17, en partie résumée dans le graphique suivant:

Peut-on donner un sens concret à la musique de cette symphonie, que peut-on y "voir"? Ce n'est pas une oeuvre à programme et Saint-Saëns n'a jamais parlé d'une direction particulière dans laquelle il fallait comprendre sa symphonie. Il y a eut toutefois diverses tentatives en ce sens. Voici par exemple les courte description et essai d'interprétation publiés à Vevey en 1913 dans le livret des Fêtes musicales en l'honneur de Saint-Saëns, texte lui-même cité de cette brochure-programme du concert de l'OSR sous la direction d'Ernest Ansermet donné le 22 janvier 1922 au Victoria-Hall de Genève, avec - entre autres - cette symphonie au programme:

"[...] Deux parties seulement, en apparence, mais en réalité les quatre mouvements caractéristiques soudés deux à deux, un allegro et un adagio, un scherzo et un final. Le classique «allegro de sonate» à deux thèmes, mais aussi le motif dominant, d'aucuns ont même dit générateur, que l'on retrouve à chaque mouvement sous des aspects divers. L'esprit des temps nouveaux s'allie ainsi très harmonieusement à la tradition et imprime à l'oeuvre un caractère de réel classicisme.

L'élément primordial de toute la symphonie est en même temps le premier thème de l'allegro moderato. Il est précédé, en manière d'introduction, d'un adagio, et suivi d'un motif, bref et interrogateur d'abord, longuement développé et plaintif ensuite. Quant au second thème, il est multiple et ne prend guère de part au développement, que pour mettre en relief les successives transformations du motif principal; ce dernier se désagrège peu à peu, sous l'influence des mélodies qui parlent d'espoir et de paix prochaine. L'orgue entre, poco adagio, et c'est un monde nouveau s'offrant à nos regards; un monde de beauté grave et sereine que troublent à peine quelques gémissements lointains, quelques rappels du thème initial...

Allegro moderato: la joie forte et rude d'une sorte de scherzo entraîne dans son tourbillon le thème primordial que se jettent les uns aux autres les différents groupes de l'orchestre. Le mouvement s'accélère. Sous le crépitement des bois, les arpèges et les gammes du piano parlent, semblables à des fusées, et c'est à peine si le presto s'interrompt pour laisser passer une phrase calme et rêveuse. Mais voici que des profondeurs de l'orchestre surgit l'appel sauveur. Il s'élève peu à peu, solennel et tout enveloppé de mystère. Puis l'orgue éclate, et le voilà s'imposant avec une énergie qui vaincra toutes les résistances. Le motif initial apparaît alors doublement transfiguré, une première fois en manière de choral mystique, une seconde fois comme une sorte d'hymne à la joie, tandis que les cuivres font encore entendre leur appel solennel... C'est l'ascension des ténèbres à la lumière, le triomphe de la vie sur la mort. [...]"

Pour d'autres exemples voir par exemple le travail de maturité de Maelle Baillif, pages 30 et 31.

L' interprétation proposée ici nous reporte au lundi 14 novembre 1949, un document d'une qualité exceptionelle pour son âge, superbe, magnifiquement bien conservé par la Radio Suisse Romande dans ses fabuleuses archives! Le soliste est le jeune Pierre SEGOND - organiste de la Cathédrale de Saint-Pierre de 1942 à 1994 -, Ernest ANSERMET dirigeant son Orchestre de la Suisse Romande.

Pierre SEGOND à l'orgue Tschanun de Saint-Pierre, photo de Charles-Gustave George***, 16 octobre 1946***

Cette datation du 14 novembre 1949... Elle fut récemment mentionnée par Jean-Pierre AMANN lors une rediffusion de ce document dans l'un des volets de son excellente série d'émissions «Poussière d'étoile»: je n'ai pu trouver mention d'un tel concert dans la presse locale. Il ne peut donc s'agir que d'un concert organisé par la Radio de Genève, les détails de tels concerts n'apparaissant que trop rarement dans la presse locale de cette époque. Il est fort possible - même très probable - que ce concert ait été donné dans la Cathédrale de Genève, car dans ces années d'après-guerre l'OSR et Ernest ANSERMET y donnaient souvent des concerts: c'est d'ailleurs Pierre SEGOND lui-même qui a été à l'origine des concerts régulièrement donnés dans la Cathédrale de Genève - avant son "règne", il n'y en avait pour ainsi dire jamais.

À noter que les mêmes interprètes enregistreront cette symphonie pour le disque une bonne vingtaine d'années plus tard - du 3 au 5 mai 1962 - bien entendu chez Decca (Première parution sur les disques Decca LXT 6027 (mono) resp. Decca SXL 6027 (stéréo) en janvier 1963, puis en mars 1963 sur Decca LONDON CM 9331 resp. CS 6331).

Dans cette interprétation de 1949, des pauses très courtes, mais nettes, sont faites entre les deux parties de chaque mouvement, peut-être pour une simple raison de technique d'enregistrement - très probablement sur disques acétates ou semblables, étant donné les craquements qu'on entend par endroits.

L' enregistrement que vous écoutez...

Camille Saint-Saëns, Symphonie no 3 en ut mineur, Pierre Segond, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 14 novembre 1949

1. A Adagio - Allegro moderato 10:48 (-> 10:48)

1. B Poco adagio 09:40 (-> 20:28)

2. A Allegro moderato [attacca] - Presto -

Allegro moderato - Presto 07:26 (-> 27:54)

2. B Maestoso - Allegro 08:36 (-> 36:30)

Provenance: Radiodiffusion, Archives RSR resp. RTS

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