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La "Swiss connexion" de l'Olympique de Marseille

29 novembre 2023
David Glaser, reporter FONSART

Quand on parle de l'OM à un Suisse, on pense à la folie des supporters que même les KOP du FC Sion, du Servette FC, du Lausanne Sport, de FC Zurich, de Grasshoppers ou de Saint-Gall réunis ne pourraient recréer, même si on mettait les plus vitaminés ensemble. Et la magie du Vélodrome un jour de rentrée de Ligue 1 ou "un soir d'Europe" a cette poésie tellurique que nul peuple bernois qui a pris l’habitude de voir ses Young Boys soulever le trophée ces dernières années ne pourra écrire les soirs de liesse ou de détresse. C’est pour cela que les fans genevois ou du reste de la Suisse occidentale qui ont l’écharpe blanche et bleue au cou (sans être spécialement liés aux couleurs du Lausanne Sport) défendent ce duo de couleurs maritimes pour célébrer l’OM par tempêtes comme par beau temps, en prenant pour les plus mobiles et motivés des abonnements dans les virages du Vélodrome, en préparant minutieusement leurs déplacements comme on préparait des vacances en territoires sacrés.

Quand on pense à l’OM, on pense à cette folie libératrice, à cette liberté que Bernard Tapie avait su développer devant ses troupes au Vélodrome et à la Commanderie, sur le terrain un soir de victoire en terres allemandes en 1993, à ses extravagances télévisées en gants de boxe devant Le Pen ou sur le ring de l’élection locale marseillaise au volant de sa 205 sport. On pense aussi à Papin et ses « papinades » répétées à l’envi, à Payet et à son feu sacré sans kilos superflus, à Cantona et a son jet de maillot trempé de sa charge offensive, à Di Meco et à son tempérament du très bon gars du cru, enfin on pense à Boli et à sa tête de Dieu ou à Lorik Sana et à sa suissitude cachée derrière un caractère de chef de tribu albanais à qui aucun ennemi d’Ex-Yougoslavie ne peut le lui faire à l’envers, le clan sera vainqueur surtout s’il crie « Aux armes… » Lorik encore lui a été formé à Lausanne, de parents albanais réfugiés en Suisse et a gagné ses galons de footballeur professionnel dans les championnats suisses de jeune avant d'éclater la Ligue 1 de sa classes avec Paris un peu, avec l'OM beaucoup.

Bleu et blanc, les couleurs de l’OM, du Lausanne Sport et du FC Zurich

Et quand on pense au Lausanne Sport de Lorik Cana, on nomme un millier du coin : Fabio Celestini (on y revient un peu plus bas). Le Vaudois y a commencé son long parcours de joueur, mais ce sont les images de l'OM - période Didier Drogba - qui viennent à l'esprit. Si le club romand installé aujourd’hui à la Tuilière et possédé par les Anglais d’infos (OGC Nice et INEOS Grenadiers en cyclisme) était à l'époque logé dans l'enceinte mythique du Stade Olympique de la Pontaise, le Lausanne Sport rendait hommage chaque semaine à l’Olympique de Marseille. L’équipe pro faisait entrer ses joueurs sur le "Jump" de Van Halen, les couleurs du maillot quasi tout le temps blanche et bleue (un bleu plus marine que ciel cependant)… Bref le mimétisme fut certain et pourtant la ville lacustre n'est pas la seule représentante suisse à avoir eu un impact dans l'histoire de l'OM. On pourrait aussi citer le FC Sion ou Grasshoppers ainsi que le FC Zurich (lui aussi bleu et blanc). L’OM est une inspiration dans un pays où on a ce degré de latinité et une vraie attraction pour les montagnes alpestres de France et la Provence dans toute sa splendeur.

On pense bien sûr à plusieurs grandes personnalités du sport ou de l'économie suisses venus amener une touche d’helvétisme décalée dans les affaires d'un club qui n'a jamais cessé de remuer très fort en France et en Europe. Robert Louis-Dreyfus l'a compris. L'homme d'affaires zurichois et français d'origine avait repris l'OM à Bernard Tapie tout en le réinstallant à la tête du club pendant une courte période début des années 2000. Si on prend l’exemple de « l’helvétisme » de Robert Louis-Dreyfus. Son réseau et son environnement suisse ont joué un rôle important dans l’évolution du club, pour le mieux comme pour le moins bon.

Le système « RLD »

On comprend que les bonnes inspirations de RLD d'inviter un de ses cadres au sein de son entreprise Adidas (reprise à Tapie) Yves Marchand, ancien étudiant à l'Université de Lausanne, pour présider aux destinées organisationnelles de l’OM peuvent être discutées à la lecture des résultats. Marchand fut un homme rompu aux deals d'équipements sportifs pour la marque Nike, puis pour Adidas il prend des responsabilités importantes avant de prendre la tête de l'OM sans avoir les codes pour bien fonctionner en terres phocéennes. Marchand avait par exemple suivi et apprécié les réussites sportives d'une personnalité du sport suisse nommé Jean-Pierre Egger. Ce Neuchâtelois qui s'est fait connaître en entraînant le lanceur du poids Werner Gunther, cinq fois champion de Suisse, a mis son savoir en tant que préparateur physique au service du centre de formation de FC Sion, puis pour les pros du FC Grasshoppers. La préparation physique a joué un rôle prépondérant dans l'obtention du titre national des Sauterelles zurichoises. En 99, Egger arrive à l'OM avec un CV copieux. Il appliquera les mêmes recettes de préparation à la performance et les résultats ne seront pas suffisants pour maintenir une harmonie au sein du club. En gros, ça stresse très fort et Egger est pointé du doigt. L’entraîneur de l'OM, Rolland Courbis avait des relations très peu sereines avec le préparateur physique suisse, selon les dires d'Egger lui-même. En 1999, après seulement quelques mois Egger doit faire ses valises, faute de permis de travail, une excuse bien pratique.

On a terminé vice-champion olympique en étant battu en finale à Sydney par la Dream Team en 2000 et joueurs comme staff, nous étions très contents de son travail... (le Marseillais Alain Weiz, ancien sélectionneur de l'Equipe de France de basket-ball )

Ce ne sera pas la fin de son aventure avec le sport de haut niveau français car il va être embauché par le sélectionneur de l'équipe de France de basket-ball Jean-Pierre de Vincenzi. Le coach adjoint de la sélection Alain Weisz, un Marseillais responsable dernièrement du recrutement de Victor Wembanyama à Boulogne-Levallois, se souvient de la rigueur d'Egger, "on a terminé vice-champion olympique en étant battu en finale à Sydney par la Dream Team en 2000 et joueurs comme staff, nous étions très contents de son travail. On avait trouvé un moyen de bien l'intégrer après les longues journées de travail." Même souvenir de la part d'Egger qui avait commencé à nouer des contacts plus que solides avec des basketteurs qui n'avaient pas l'habitude dans leur club de travailler en détail le physique avant les grandes compétitions, la récupération, l'alimentation notamment avec protéine mixée dans une préparation d'hydrates de carbone pour aider à la musculation. Des joueurs grands du Team France certes mais pas assez athlétiques qui vont devenir de beaux bébés en gagnant de la masse musculaire et du poids. L'OM via le coach Courbis n'avait pas cette vision pour ses joueurs, les résultats n'ont pas suivi immédiatement et le dirigeant Yves Marchand dont les rapports n'étaient pas non plus des plus simples avec Courbis. La décision du coach marseillais de quitter l’OM après une défaite face à la Lazio avait été accueilli avec soulagement par Marchand qui l’avait remplacé par Bernard Casoni. Courbis n'a jamais vraiment aimé le management à la suisse plus horizontal que vertical d'Yves Marchand. Mais Courbis retrouvera du travail, son histoire avec l’OM avait eu un mauvais goût de fendant valaisan frelaté.

Celestini, un joueur rOMand en terres marseillaises

Côté joueurs, on va citer deux joueurs « suisses » Fabio Celestini, 77 matchs et un but, et Lorik Cana le franco-albanais passé par la Suisse à cause de la guerre en ex-Yougoslavie, chez lui au Kosovo. Fabio avait la particularité d'être venu dans les bagages du coach exigeant et talentueux tactiquement qu’était Alain Perrin. Le duo venait d’un « foot-Champagne » qui avait impressionné la Ligue 1 de l’époque avec l’Estac Troyes. Il trouvera vite en son mentor un révélateur de son talent de leader sur le terrain. Perrin ait jouer Fabio à un poste central qui lui va à ravir. Jusqu'à ce que le remplacement de José Anigo par un Marseillais pur jus arrive. Le Lausannois va parvenir à atteindre la finale de la Coupe de l'UEFA face à une Valence qui prend le meilleur. Une défaite à la clé qui n’enlèvera pas l’importance que Fabio a eu à l’OM. Il se fera un nom en Espagne et continuera dans ce championnat à Getafe et à Levante, avant de retrouver la Suisse en tant que joueur puis en tant qu'entraîneur. Dans l'histoire, il y a eu des joueurs suisses depuis le début. La Suisse avait envoyé des représentants dans un club de compatriotes vivant à Marseille. En effet, dans les années 1900, il y avait eu un club helvétique concurrent de l'OM, une sorte d’épine dans le crampon, le Stade Helvétique gagna six titres de 1906 à 1914 à la barbe de l'OM dans une ligue du littoral qui ne déborda pas de concurrents. Une présence suisse intéressante dans un environnement olympien qui ne connaissait pas encore de « classiques » OM-PSG (le PSG n’était même pas le début d’un rêve chez Borelli et Hechter qui ne devaient même pas être nés de toutes les manières).

Pour revenir sur le parcours de ce Stade helvétique de Marseille, il faut dire qu'en réalité, c'était une des meilleures équipes de tout le territoire français, le 13 novembre 1910, un millier de supporters avaient fait le déplacement au stade de l’Huveaune, ce qui constitue une vraie prouesse à l'époque. En 1909 comme en 1911 et 1913, les Suisses de Marseille remporteront le titre de champion de France, reléguant les clubs parisiens plus loin dans la hierarchie, autre exploit. En 1909, sur 11 joueurs champions de France, 10 sont suisses et un Britannique, ce qui posaient un problème éthique aux organisateurs du championnat de France. Le magazine So Foot, référence de la presse spécialisée dans la culture du football (avec les Cahiers du Football, l'Equipe Magazine ou Four-Four-Two) rappelle que "depuis le XVIe siècle, Marseille faisait office de passage obligé pour la diaspora suisse". Au début du XIXe, "des milliers de Suisses débarquaient à Marseille pour travailler dans l’hôtellerie, la restauration, le négoce ou la banque, jusqu’à devenir la deuxième plus grande communauté derrière les Italiens". Les industriels marseillais avaient compris qu'ils pourraient employer des joueurs suisses dans des postes plus ou moins fictifs au sein de leurs entreprises afin de profiter de leurs qualités athlétiques et techniques, une forme de professionalisme qui ne disait pas son nom que l'on retrouvera en France avec le club de basket du Mans, le Sporting Club Moderne, qui employait des joueurs peu enclins à remplir les rayons des Comptoirs modernes, ainsi que le club de rugby de Clermont-Ferrand, l'AS Michelin, sans oublier Peugeot et son FC Sochaux.

Pendant le 2e Guerre mondiale, faute de concurrents - les joueurs de l'OM étant mobilisés - les joueurs du Stade Helvétique doivent ranger les crampons. En 1927, le club renaît à Marseille avec un maillot rouge à croix blanche. Mais le club n'a plus d'enceinte, le "Stade des Patronages" ayant été réattribué. Une tombola pour lever des fonds est organisée pour financer la construction d'un tout nouvel écrin sur le terrain des anciennes usines automobiles Turcat-Méry (entre le quartier de Saint-Giniez et le quartier Sainte-Marguerite) mais un des dirigeants suisses se fait la malle avec la caisse, fin de l'histoire.

La renaissance du foot suisse à Marseille

Notez que plusieurs joueurs suisses vont renforcer les différentes équipes succéssives de l'OM. Il y a Richard Beaudoux (défenseur en 1927), Gaston Bensimon (défenseur en 1899), l'attaquant Georges Beyner en 1915, l'attaquant Ferdinand Bruhin de 1933 à 1942, le défenseur Gaston Cuénod en 1904, Norbert Eschmann, un milieu en 1958. Puis un défenseur nommé Iweins en 1902 dont on ne retrouve pas le prénom et quelques autres récemment arrivés qui ont eu leur chance de fouler le Vélodrome comme Esey Gebreyesus arrivé en 2021 à Marseille depuis Grasshoppers pour repartir à Aarau aussi sec.

Quant à Roggerio Nyakossy, le Meyrinois passé par le club vedette genevois le Servette FC avant d'atterrir à Marseille, attendons de voir ce que le turnover de Gennaro Gattuso donnera. La Suisse regorge de bons joueurs, reste à l’OM d’être inspiré en sélectionnant ceux qui pourront se réaliser dans un contexte à l’opposé de la quiétude des stades helvètes, le Vélodrome peut être un temple intimidant, plusieurs joueurs s'y sont cassés les dents. Mais on sait aussi que pour tout Marseillais, la Suisse est une "île" rassurante, preuve avec la venue d'Enzo Zidane, le fils de Zizou, dans l'effectif du Lausanne Sport entre 2017 et 2019, preuve que les clubs suisses peuvent avoir un certain pouvoir d'attraction sur les joueurs marseillais tels que le fils du champion du monde français ou l'avant-centre Matt Moussilou en 2011.

David Glaser

Crédit photo : photo wikipedia d'un match de 1908 entre l'Olympique de Marseille et le Stade Helvétique.

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29 novembre 2023
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