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Béla BARTÓK, Concerto pour violon et orchestre No 1, Sz 36, Isaac STERN, OSR, Paul KLETZKI, 1961

8 novembre 1961
Radio Télévision Suisse pour l'audio, René Gagnaux pour texte et photos
Radio Télévision Suisse pour l'audio, René Gagnaux pour texte et photos

«Chacun des deux mouvements est un portrait, le premier celui d'une jeune fille qu'il aimait, le second d'une violoniste qu'il admirait» Stefi GEYER

René Gagnaux
Stefi GEYER, un portrait provenant des Archives Bartok de Budapest, 1905
Stefi GEYER, un portrait provenant des Archives Bartok de Budapest, 1905

Le Concerto pour violon des premières années de Bartók (répertorié comme Concerto pour violon No 1 dans Boosey & Hawkes), écrit entre juillet 1907 et février 1908, a longtemps été considéré comme perdu. Béla Bartók écrivit cette oeuvre pour Stefi GEYER, une violoniste exceptionnellement douée qui, à l'époque, n'avait pas tout à fait vingt ans. Une relation étroite s'est établie entre eux pendant ces mois, mais elle a pris fin en février 1908. Bartók lui envoya alors la partition achevée du Concerto, que Stefi Geyer conserva dans ses papiers privés.

L'oeuvre ne put être jouée - et publiée - qu'après le décès de Stefi Geyer et la découverte de la partition dans son legs; la première audition fut donnée à Bâle en 1958 avec Hans-Heinz SCHNEEBERGER en soliste et Paul SACHER à la tête de l'orchestre.

René Gagnaux
Isaac Stern, Béla Bartòk et Paul Kletzki
Isaac Stern, Béla Bartòk et Paul Kletzki

L'interprétation proposée ici provient d'un concert donné le 8 novembre 1961 dans le Victoria-Hall de Genève, Paul KLETZKI dirigeant l'Orchestre de la Suisse Romande, avec Isaac STERN en soliste.

Au programme de ce concert - qui fut diffusé en direct sur l'émetteur de Sottens:

➣ Johannes Brahms, Variations sur un thème de Haydn

➣ Béla Bartòk, Concerto No 1 pour violon et orchestre

➣ Giovanni Battista Viotti, Concerto No 22 pour violon et orchestre

➣ Ludwig van Beethoven, Symphonie No 2

Le compte-rendu d'Henri JATON, publié dans la Tribune de Lausanne du vendredi 10 novembre 1961 en page 9, nous remet dans le contexte de l'époque, alors que cette oeuvre de Bartòk venait d'être redécouverte:

"[...] La chronique musicale - À la découverte d'un concerto

La grande attraction de ce troisième concert d'abonnement était indiscutablement la révélation qui nous était proposée d'un Concerto de violon de Béla Bartòk qui, bien entendu, n'est pas celui qui figure au répertoire de tous les virtuoses de l'archet et qui fut écrit en 1938, mais bel et bien une autre partition, qui serait en fait un 1er Concerto de violon composé en 1908 déjà, mais dont la dédicataire, la virtuose Stefi Geyer, aujourd'hui disparue, n'entreprit jamais l'exécution publique. Obéissait-elle en cela, aux injonctions mêmes du musicien? On peut l'imaginer, car, on ne saurait considérer le 1er Concerto de violon comme une oeuvre authentique originale. Aujourd'hui encore, un doute subsiste sur les conditions exactes de la gestation de l'ouvrage.

L'interrogation se pose tout d'abord sur ce point là: Béla Bartòk poursuit l'élaboration du Concerto dès le 1er juillet 1905 jusqu'au 5 septembre 1908. Entre parenthèses, c'est là un laps de temps relativement long pour la création d'une partition d'une dimension comparativement restreinte. Autre constatation infiniment plus troublante: tandis que nous l'imaginons travaillant à la réalisation du Concerto - donc entre 1905 et 1908 - Béla Bartòk, en 1907, publie deux Portraits, dont le premier n'est autre que le mouvement initial du Concerto.

On peut donc supposer que, pour des raisons qui nous échappent, le compositeur a changé d'itinéraire en cours de route, et qu'en adressant le Concerto en hommage à Stefi Geyer, il dut sans doute informer la distinguée instrumentiste qu'il ne s'agissait pas là d'une oeuvre totalement inédite. De là peut-être la décision, strictement personnelle éventuellement, de Stefi Geyer de ne point faire figurer le Concerto au programme de ses concerts.

Mais, d'autres considérations, d'ordre organique, si j'ose dire, trahissent l'origine énigmatique du Concerto: la partition, tout d'abord, ne comprend que deux parties au lieu des trois divisions traditionnelles. D'autre part, l'écriture de l'introduction du Concerto - d'une invention thématique fort belle, par ailleurs - se réfère à un style nettement concertant, le concert-meister de l'orchestre et son collègue du premier pupitre venant rapidement se joindre au discours instrumental inauguré par le soliste.

Ces éléments inhabituels, si peu conformes à la disposition formelle du concerto, pourraient nous donner à penser que Béla Bartòk, pour un temps du moins, est demeuré incertain quant à la structure définitive de son ouvrage, et qu'il consentit tout d'abord à en livrer partiellement une version orchestrale - celle du Portrait auquel il est fait allusion - avant d'établir la disposition de l'oeuvre, telle que Stefi Geyer en reçut la dédicace.

Mais, en dehors de toutes contingences chronologiques, le caractère même des deux mouvements du Concerto que nous écoutions lundi se révèle si opposé que l'on acquiert spontanément la certitude de ne point se trouver en présence d'une partition élaborée d'un seul jet. Et cette seule démarcation que nous formulons coïncide, par ailleurs, avec l'inégalité d'intérêt et de valeur des deux parties du Concerto.

La première de ces parties - nous sommes en 1905, ne l'oublions pas... - nous fait redécouvrir un Béla Bartòk dont nous avions perdu le souvenir et qui se révèle à l'opposé de celui dont certaines partitions - ainsi la Sonate pour deux pianos et percussion, la Musique pour cordes, percussion et célesta - nous ont fixé le caractère, incontestablement plus proche de nous. Introduisant le Concerto dont il est question, Béla Bartòk se laisse aller à un lyrisme auquel, depuis lors, il ne nous a plus guère habitués, et dont l'intensité de son expression n'est contrariée par aucune des complexités harmoniques qui interviendront plus tard dans la syntaxe coutumière du compositeur.

La substance musicale du deuxième mouvement du Concerto - Allegro giocoso - n'affirme nullement la même richesse d'invention. Visiblement ordonné dans l'intention d'opposer à l'Andante sostenuto initial une contradiction de style et de genre, l'Allegro giocoso fait état d'une écriture destinée à mettre en pleine valeur les ressources et la virtuosité de l'exécutant, sans que la musique elle-même y trouve véritablement son compte.

Sans doute retrouvons-nous là les qualités traditionnelles du compositeur hongrois: son génie de l'orchestration, et sa maîtrise dans l'art d'attribuer à l'un ou l'autre des instruments de l'ensemble, un rôle solistique, procédé qui n'est pas sans conférer à la partition un relief exceptionnel et d'heureux contrastes de sonorités et de timbres. Isaac Stern, à qui nous devions la présentation du Concerto, se montra le défenseur convaincu et convaincant de cette cause insolite... Par le ministère d'un jeu d'une prodigieuse intensité, et d'un mécanisme dont on connaît l'impeccabilité légendaire, Isaac Stern s'opposa victorieusement aux assauts d'un orchestre que, par ailleurs, Paul Klecki, maître de céans ce soir-là disciplina avec une souveraine autorité.

[...]

NB. - Ma chronique était achevée, alors qu'au cours d'une rencontre fortuite, le savant musicologue Constantin Regamey m'a certifié qu'à son avis, le Concerto de Bartok que nous écoutions lundi, représentait bel et bien la version originale de l'oeuvre. Cette précision ne fait qu'ajouter une interrogation nouvelle au sujet de certains aspects que revêt l'écriture du Concerto et qui nous permettaient de croire à l'existence d'une disposition différente de l'ouvrage, antérieure à celle du Concerto. [...]"

Béla Bartók, Concerto pour violon et orchestre No 1, Sz 36, Isaac Stern, Orchestre de la Suisse Romande, Paul Kletzki, 8 novembre 1961, Victoria-Hall, Genève

1. Andante sostenuto........................................................10:52 (-> 10:52)

2. Allegro giocoso.............................................................10:51 (-> 21:43)

Provenance: Radiodiffusion, archives de la Radio Télévision Suisse

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René Gagnaux
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3 août 2023
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