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L. van BEETHOVEN, Symphonie No 8, OSR, Ernest ANSERMET, mai 1956, MONO

mai, 1956
Disques DECCA
René Gagnaux

Illustrant ce fichier audio: Ernest Ansermet en 1959, Photographie de Hans Wild illustrant un article paru dans la revue américaine High Fidelity & audiocraft en mars 1959, scannée et retravaillée par Claude-André Fradel***.***

L' intégrale des symphonies de Beethoven sous la direction d'Ernest ANSERMET, 3e épisode, la symphonie No 8 en monophonie... Mai 1956.

Pour l'épisode précédent, la symphonie No 1 de Beethoven enregistrée en stéréo, aller sur la page audio http://www.notrehistoire.ch/medias/113428***.***

La symphonie No 8 date des années relativement heureuses de Beethoven. On en trouve des esquisses dans ses cahiers, qui doivent dater des mois d'août et septembre 1812, alors qu'il passait l'été à Teplitz (Teplice, une ville thermale de la République Tchèque) - le manuscrit, conservé à la Bibliothèque de Berlin, porte la mention «Sinfonia - Lintz im Monat October 1812». C'est en cette même année que Beethoven avait écrit un canon à quatre voix en l'honneur de son ami Mälzel, l'inventeur du métronome, et dont le thème inspira l'allegretto de cette symphonie.

Elle fut donnée en première audition le 2 février 1814, à Vienne (Redoutensaal) sous la direction du compositeur (cette première audition publique avait été précédée d'un concert en séance privée chez l'archiduc Rodolphe, en avril 1813). L' oeuvre fut publiée en 1816 chez Steiner.

Dans le programme du concert donné par Ernest Ansermet et l'Orchestre de la Suisse Romande le 6 novembre 1927 au Victoria Hall de Genève, fut publié un extrait du Bulletin officiel de la Société de musique de Neuchâtel, dont est citée la courte description suivante:

"[...] Le travail thématique en est serré et ferme autant qu'en aucune autre symphonie, et l'instrumentation en est même particulièrement savoureuse, d'une pâte tour à tour épaisse et transparente, mais jamais diluée.

Elle est surtout, cette symphonie, d'une admirable franchise, d'une délicieuse ouverture de coeur. Si l'on peut parler, à propos de cette oeuvre, de laisser-aller, d'un certain abandon, c'est dans ce sens seulement de l'absence de tout parti-pris; de là lui vient cette saveur particulière, un certain ton d'intimité, un accent direct d'une charmante brusquerie parfois, dépourvu de toute éloquence. Beethoven y fait simplement d'adorable musique. A la manière de Haydn a-t-on dit. Mais non! à sa manière à lui, comme Haydn en faisait à la sienne. On l'y trouve, pour ainsi dire, au naturel, avec toute la fraîche candeur de son coeur d'enfant, mais avec la verdeur aussi de son esprit robuste et droit. C'est une musique saine et substantielle, mais transparente aussi et qui défie toute interprétation littéraire.

Mais il est bien vrai, le ton particulier de cette symphonie a ramené Beethoven à des formes moins larges, d'une plus nerveuse concision. On n'y trouve pas d'éloquent développement; toute la matière en est ramassée, drue; certains contrastes y sont accentués avec une verve malicieuse. Dans le menuet cette verve prend même un accent de belle humeur joviale et pesante. Mais pourtant cette symphonie est faite surtout de délicatesse; elle est semée de trouvailles charmantes d'un coeur ingénu.

«Le premier morceau est le moins remarquable de l 'ouvrage, écrivait Fétis. Les idées y sont vagues...» Affirmation stupéfiante si l'on songe au thème joyeux par lequel, sans préambule, commence ce morceau. Car, non seulement l'expression en est bien définie, mais il est court et nettement arrêté dans sa forme, comme précisément un premier thème d'une symphonie de Haydn...

L'allegretto scherzando fut de tout temps le morceau favori de cette symphonie. Sur le thème de cet ingénu et gracieux badinage, Beethoven a écrit, tout le monde le sait, un canon plaisant à la louange de Mälzel, l'inventeur du métronome.

Dans le finale, Beethoven a donné libre cours à tous les caprices de sa puissante fantaisie. Quelques-uns de ces caprices sont d'une énormité toute beethovénienne. Cependant la note dominante est ici la délicatesse - qui dira le bonheur innocent du second thème, en ré bémol! - alliée à une verve inépuisable, une verve ingénue, d'une gaîté naturelle.

Extrait du Bulletin officiel de la Société de musique de Neuchâtel. [...]"

Pour le programme complet de ce concert du 6 novembre 1927 - dont est cité le texte ci-dessus -, voir cette page de l'excellent site onstage.

D'après ce que j'ai pu trouver sur la toile - plus particulièrement dans le Journal de Genève - Ernest Ansermet dirigea la symphonie No 8 de Beethoven pour la première fois en concert le 23 février 1918, 8e concert de l'abonnement, donné au Grand-Théâtre de Genève avec "son" Orchestre de la Suisse Romande.

Dans le compte-rendu publié dans le Journal de Genève du 27 février 1918 en page 2, rubrique «Notes de musique» signée Gustave DORET, on peut lire l'appréciation suivante:

"[...] M. Ansermet doit être loué pour nous avoir rendu cette partition si spéciale et dont l'exécution est de grande difficulté. Elle exige de la part des instrumentistes - cuivres et bois spécialement - une virtuosité dont l'auditeur peu averti ne se fait aucune idée. Ce public, qui manifeste par un frisson d'horreur l'accident des cors dans le Menuet, ne sait pas précisément que l'indulgence en ces passages, est de rigueur et qu'il arrive fréquemment que les plus parfaits virtuoses perdent l'équilibre. Ces erreurs de jugement sont toujours regrettables: où l'on devrait manifester une sévérité absolue, on témoigne d'une indulgence outrée; où l'indulgence s'impose, ou s'irrite à faux. Cela dit, je crains que ce menuet n'ait été pris dans un mouvement trop lent qui aggrave encore les difficultés. Cette compréhension anormale, à mon sens, provient de certains chefs d'orchestre d'Allemagne de l'époque contemporaine qui (chacun voulant se spécialiser dans l'interprétation des symphonies de Beethoven) ont cherché a imposer des traditions que rien ne justifie, sinon la vanité personnelle. A force de propager telle idée, si fausse soit-elle, elle finit par s'infiltrer. En ce qui concerne le Menuet de la huitième symphonie, il n'y a aucun doute.

Par contre, l'allure de l'Allegretto nous a paru excellente; trop de lourdeur dans l'harmonie sans doute et une tendance trop marquée à la rigueur des accents qui ont rendu le sourire de Beethoven un peu forcé. Si le Finale a été rendu avec légèreté dans un excellent mouvement, le premier Allegro vivace a souffert d'un rythme exagéré qui lui a fait perdre son caractère de bonhomie ou l'héroïsme n'a rien à voir. Du reste, il semble que l'indication précise de Beethoven veuille que, dans l'ensemble, le sentiment soit celui non de trois temps, mais de un temps par mesure. La mesure, battue rigoureusement à trois, amène fatalement certaines fausses accentuations du second temps qui sont gênantes. Pardonnez-moi ces expressions pédantes; quand il s'agit du bon dieu Beethoven, aucune discussion n'est vaine et je pense que du choc des opinions il ressort toujours un peu de lumière. Ce qui m'a frappé, c'est l'entrain et la conviction que M. Ansermet a mis à cette exécution; cela m'a réjoui. [...]"

La citation ci-dessus provient du Journal de Genève du 27 février 1918 en page 2, colonne de droite, accessible grâce à la splendide banque de données de letempsarchives.ch, qui est en accès libre sur la toile, une générosité à souligner!

Ce n'est que près de 40 ans plus tard, en mai 1956, qu'Ernest Ansermet peut enfin enregistrer pour la première fois une symphonie de Beethoven pour le disque, plus exactement les symphonies No 1 et No 8. D'après les discographies de Michael Gray et de Philip Stuart ces enregistrements ont été fait aussi bien en monophonie qu'en stéréophonie, par des équipes séparées, mais bien entendu pendant les mêmes sessions - Pr: Victor Olof Eng: Gil Went (mono), James Brown (stéréo), début mai 1956, Victoria-Hall de Genève.

Le disque n'est d'abord sorti qu'en monophonie, en octobre 1956 sur le DECCA LXT 5232 et en décembre 1956 sur le DECCA LONDON LL 1493, puis fut réédité une seule fois - à ma connaissance - en monophonie, en juin 1960 sur le Decca London CM 9162.

La pochette du DECCA LONDON LL 1493 est splendide, son motif est identique à celui de la pochette du DECCA LXT 5232 et du LONDON CM 9162:

Recto de la pochette du disque DECCA LONDON LL 1493

La première édition en stéréophonie était prévue pour 1959 sur le Decca SXL 2140, mais ce disque n'est jamais paru: on n'en connait plus la raison exacte. C'est l'année suivante - en juin 1960, donc en même temps que la réédition en mono - que les versions stéréo paraissent sur le London CS 6120 - probablement à un tirage réduit, ce disque étant depuis longtemps quasiment introuvable. Il y a eu au moins une réédition sur Decca London STS 15032, dans la "STEREO Treasury Series", reconnaissable aux désignations de matrice, qui sont les mêmes que celle du CS 6120.

À souligner: Si vous pensez posséder - ou avoir l'occasion d'acheter - un exemplaire d'un de ces disques historiques, il est extrêmement important de vérifier la désignation de matrice, car bien des vendeurs, discographies et autres mélangent allégrement les enregistrements de 1956 et de 1963! Les enregistrements de 1956 sont marqués ZAL 3216/3127, ceux de 1963 ZAL 6161/6162.

Aussi bien les deux enregistrements monos que les deux enregistrements stéréos de 1956 ne sont jamais parus sur CD, très certainement parce qu'Ernest Ansermet a choisi de réenregistrer ces deux symphonies en 1963, à la fin de son intégrale des symphonies de Beethoven. Tout-à-fait compréhensible, car il ne faut pas oublier qu'en 1956 l'enregistrement stéréophonique n'était qu'à ses débuts - seulement deux ans après le premier enregistrement en stéréophonie de Decca, en mai 1954 avec le célèbre "Wilkinson/Decca Tree". Les enregistrements de 1956 ont une valeur historique, mais leur qualité technique montre bien son âge...

J'avais restauré l'enregistrement mono avant d'enfin trouver un exemplaire du disque stéréo, c'est pourquoi je vous propose les deux! Il s'agit de restaurations assez anciennes, publiées sur mon site en juin 2009 - en mono - et février 2010 - en stéréo.

Dans cet enregistrement de la symphonie no 8, la durée assez courte du premier mouvement surprend, elle vient d'une certaine particularité, et contribue à rendre encore plus compréhensible le fait qu'Ernest Ansermet a tenu à refaire cet enregistrement à la fin de son intégrale, en 1963!

Dans cet enregistrement de 1956, Ernest Ansermet ne fait pas la reprise de l'exposition dans le premier mouvement, ce qui conduit à une réduction de sa durée d'env. 2 1/2 minutes. Est-ce-que c'était par habitude - à l'époque il était encore fréquent de ne pas faire cette reprise, Furtwängler ne la fait pas non plus dans ses enregistrements de 1948, avec l'Orchestre Philarmonique de Stockholm, et de 1953, avec l'Orchestre Philarmonique de Berlin - ou bien seulement dicté par la place disponible sur une face du disque? Avec la technique de 1956, et avec la reprise, la symphonie n'aurait effectivement pas pu être mise sur une seule face. Je n'ai pas (encore) pu trouver de source donnant une réponse exacte à cette question. Dans son deuxième enregistrement - de 1963 - Ernest Ansermet fait par contre cette reprise.

Les durées montrent très nettement la différence:

Mouvement 1956 1963

1 07:27 10:03

2 03:50 03:58

3 05:29 05:27

4 07:45 08:02

On voit que dans les 2e, 3e et 4e mouvements les temps sont sensiblement identiques, seulement une petite accélération dans le dernier mouvement, 1/4 de minute de moins, les 2 1/2 décisives étant "rognées" dans le premier mouvement, soit en tout près de trois minutes.

Une pratique encore tout-à-fait courante vers la fin des années 50, la critique de l'époque n'en fait d'ailleurs pas du tout mention:

"[...] Ansermet in Beethoven is something of a surprise and Decca have hitherto recorded him only in the things he is known to do supremely well. These two symphonies are not the supreme test of a Beethoven conductor, of course, but his habit of slightly slowing cantabile tunes in the Eighth, especially in the finale, suggests that he might not be an ideal choice for the Eroica, say: the rhythm and "spin" are slightly lost. But the First Symphony comes off admirably, especially as he gets extremely neat playing and a very good recording. And, with that one slight reservation, so does the Eighth. For a pairing of these symphonies this is a recommended disc.[...]"

Elle souligne même l'avantage de ce disque d'avoir la première symphonie sur une face et la huitième symphonie sur l'autre face, sans mentionner que ceci provient de cette fameuse coupure dans la huitième symphonie, qui n'aurait autrement pas pu tenir sur une seule face:

"[...] For a pairing of these symphonies this is a recommended disc. And if you want the really outstanding performance of either, the trouble is that they are tied up with three sides of the Ninth Symphony-Toscanini's First and Karajan's Eighth (reviewed in this issue). [...]T.H."

(cité de la revue The Gramophone, novembre 1956, page 199, colonne de gauche)

Étiquette verso DECCA LONDON LL 1493

En voici donc d'abord la version publiée en monophonie, telle que parue en décembre 1956 sur le recto du disque DECCA LONDON LL 1493 (désignation de matrice: ARL 3127-1A)...

Ludwig van Beethoven, Symphonie No 8 en fa majeur, Op. 93, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, mai 1956, Victoria-Hall, Genève, MONO

1. Adagio molto - Allegro con brio 07:27 (-> 07:27)

2. Andante cantabile con moto 03:50 (-> 11:17)

3. Menuetto. Allegro molto e vivace 05:29 (-> 16:46)

4. Finale. Adagio - Allegro molto e vivace 07:45 (-> 24:31)

Provenance: DECCA LONDON LL 1493, ARL 3127-1A

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René Gagnaux
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