Riddes

Riddes

10 juillet 1949
Photographe amateur inconnu
Yannik Plomb

Les trains de fraises du Valais ont priorité sur les trains de luxe

A 85 km. à l'heure, un train de marchandises fonce dans la nuit, vers Zurich. Les gares de Berne et d’Olten sont brûlées sans ralentir. Avec ses trente-six wagons chargés de fraises, ce convoi a priorité absolue. Ce train fait partie de l'opération « Fraises » préparée en commun par les CFF et les producteurs de fruits valaisans. Ainsi, cueillies dans l'après-midi, les fraises sont sur le marché à Zurich le lendemain matin à la première heure. Le consommateur a. de cette façon, le plaisir de manger des fruits frais et parfaitement sains. Car tout le mécanisme de l’opération « Fraises » est conçu pour satisfaire le consommateur suisse.

L'Union valaisanne pour la vente des fruits prévoyait cette année une récolte de 7 millions de kilos de fraises. En 1948, excellente année, le record quotidien d'expédition fut de 257 wagons. Chacun sait combien la fraise est un fruit fragile. Aucune écorce naturelle ne la protège et aucun emballage ne pouvant l’isoler, c'est le fruit le plus difficile à transporter. Oranges, pommes ou poires peuvent voyager en caisses et supporter de longs transports pour peu que ces fruits ne soient pas cueillis trop mûrs. Les fraises cueillies à maturité s'écraseraient dans des caisses et s’abîmeraient vite à attendre sur une voie de garage, au soleil...

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Pour éviter toute manutention, la fraise est mise, aussitôt cueillie, dans un petit panier qui sera exposé à la vitrine du commerçant. L'Union valaisanne pour la vente des fruits exige que les fraises soient en parfait état au départ, qu'il s’agisse du premier ou du second choix (selon la taille), et punit impitoyablement les producteurs qui donnent à l'expédition des paniers « coiffés ». Un panier « coiffé » est un panier à la surface duquel un lit de beaux fruits cache un lot de deuxième choix ou en mauvais état. Le fruit du Valais doit tenir sa renommée et garder la confiance du consommateur. Les paniers pleins de fruits sont déposés dans les wagons en deux étages ou plus, s'il s'agit de fraises pour la confiture. Puis, de toutes les gares valaisannes, les wagons se concentrent à St-Maurice où a lieu la formation définitive des trains. A 21 heures, le chargement doit être terminé et les trains commencent à partir pour tous les coins du pays. Dès le départ de St-Maurice, les trains de fraises (en pleine récolte cinq ou six par nuit) ont priorité absolue sur le réseau. C'est ainsi qu'avant la guerre, un orage coupa la ligne électrique à Epesses. Venant de France, trois trains de luxe internationaux furent arrêtés avant Lausanne. Venant du Valais, les trains de fraises furent bloqués également. Mais dès la ligne réparée, les trains de fraises joignaient Lausanne et continuaient leur route alors que les voyageurs des pullmans se penchaient aux fenêtres, essayant de comprendre pourquoi ces trains de marchandises roulaient alors qu’ils attendaient encore dans la nuit ! L’opération « Fraises » est préparée chaque année dans tous ses détails ; des détournements avec horaires calculés sont prévus en cas de besoin, car ce qui peut paraître une gageure est une nécessité, et il faut féliciter les CFF de s’appliquer à servir au mieux l'économie du pays.

(Tiré d’un reportage effectué en Valais par (« l'illustré».)

Journal de Sierre, Volume 34, Numéro 57, 19 juillet 1949

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Yannik Plomb
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19 avril 2024
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