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Guide de montagne, pain quotidien

Guide de montagne, pain quotidien

Marcel Maurice Demont
Marcel Maurice Demont

Le pain quotidien du guide de montagne

Photo ci-dessus: la barre de sérac dominant la 'Voie du gardien', en face nord ouest du Grand Combin, 4314 mètres, Alpes valaisannes, en l'an 1972 (MMD).

En tant qu'indépendant, chaque guide organise ses activités en fonction de ses goûts, de ses points forts, de son âge, de son lieu de domicile, des aléas de la météorologie et des possibilités du marché.

A l'ordinaire, il ne vit pas d'exploits olympiques sans cesse renouvelés.

Ses journées de travail débutent bien avant que le soleil ne commence à réchauffer l'atmosphère et se prolongent souvent fort tard, de temps à autre jusqu'à la nuit. La répétition des efforts, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, sans aucune interruption parfois, qu'il fasse soleil ou par temps de neige et de fort vent, usent son organisme. Il crapahute, fait la trace dans la neige fraîche, à grands coups de piolet taille des marches dans la glace vive, escalade des rochers pas forcément difficiles mais souvent enduits de verglas, cherche les passages les plus sûrs conduisant au sommet, assure son client et l'encourage, enseigne les diverses techniques de l'escalade, de l'alpinisme, du ski, du sauvetage, de l'orientation. De retour au refuge, il prend soin du matériel qu'il faut sécher, occasionnellement remettre en état, organise la journée suivante, fait la conversation. Des fois, il arrive qu'après avoir pris congé de son client, le guide doive, dans ce qui reste de jour et dans la nuit, rallier un autre refuge qu'il atteindra à l'heure où son nouveau compagnon d'ascension s'attaquera à son petit déjeuner. Sans prendre de repos, le guide enchaînera alors deux journées et une nuit de travail.

Etant indépendant, il ne connaît ni les jours fériés payés, ni les vacances rémunérées, ni les heures supplémentaires rétribuées, ni les assurances sociales, caisse de retraite et compagnie. Il se débrouille.

Une chose est certaine, pour s'en sortir, il doit 'bosser'.

« Le métier est dur, pour commencer, il faut se lever ! » dit volontiers un de mes collègues.

L'exercice est parfois poussé jusqu'à la frénésie, et constants sont les déplacements pour changements de lieux de travail.

Un petit échantillon, extrait de mon carnet de guide (les carnets de tous mes collègues, professionnels à plein temps, pourraient raconter la même histoire, à quelques détails près).

- Le 5.8.88. Massif des Aiguilles Rouges.

Chapelle de la Glière, arête sud.

- Le 7.8.88. Massif du Mont-Blanc.

Mont Blanc du Tacul 4248 m, et au retour, montée à l'Aiguille du Midi par l'Arête des Cosmiques.

- Du 8.8.88 au 13.8.88. Suisse Centrale.

Andermatt. Technique alpine. Escalade. Schöllenen, voie Leutzinger. Ecole de glace au Glacier du Rhône. Oberalpschijen, pilier S (V). Hinterfeldschijen, Ost Pfeiler (V+). Mütterlislücke, Mütterlishorn, Zahnlücke.

- Du 15.8. au 20.8.88. Suisse Centrale.

Andermatt. Klein Furkahorn arête W, puis Albert Heim Hütte. Galenstock en traversée, SW Sporn - N Grat. Gletschorn arête sud. Bergseehütte, Bergseeschijen Sud Kante. Sauvetage de trois cordées bloquées dans la face SW de la cinquième tour du Schijenstock.

- Du 21.8. au 28.8.88. Alpes Valaisannes. Cours d'escalade. Divers clients. Diverses hautes falaises.

- Du 29.8. au 10.9.88. Suisse Centrale.

Andermatt. Rossmättlen, technique alpine et sauvetage. Ecole de glace au Glacier du Rhône. Klein Furkahorn 3100 m, arête W. Urnerloch, technique alpine. Tierberglihütte, Gwächtenhorn 3375 m, Trifthütte. Trifthütte, Wyssennollen 3398 m, Eggstock 3583 m, Schneestock 3608 m, Dammastock 3629 m, Rhonestock 3595 m, Tiefenstock 3515 m, Albert Heim Hütte. Schildkrotgrätli. Strahlengrätli. Lochberglücke, Aelpergenlücke, Rossmättlen.

- Le 11.9.88. Massif des Aiguilles Rouges.

Cours J+S, niveaux 2 et 3, VD 42 - 73. Aiguille de l'Index, arête sud.

- Du 12.9.88 au 16.9.88. Suisse Centrale.

Andermatt. Bätzberg, technique alpine. Schöllenen, voie Leutzinger. Hüschboden, Rossmättlen, Eselslücke. Gross Muttenhorn, arête N. Klein Furkahorn, arête W.

- Du 17.9. au 18.9.88. Alpes Vaudoises.

Cours J+S, niveaux 2 et 3, VD 42 - 73. Pont de Nant, région cabane de Plan Névé, technique du bivouac et bivouac. Scex Percé.

- Du 19.9. au 23.9.88. Alpes Valaisannes.

Escalade. Clients divers. Lieux divers.

- Du 24.9. au 25.9 88. Jura.

Cours de sécurité et sauvetage du CAS. Poste de secours du Raimeux. Moutier.

- Du 26.9. au 30.9.88. Suisse Centrale.

Escalades diverses à la Furka.

- Du 1.10. au 2.10.88. Alpes Valaisannes.

Cours J+S VD 42 - 73. Col des Ecandies, bivouac. Escalade, traversée des Ecandies.

- Du 3.10. au 9.10.88. Alpes Valaisannes.

Orny. Trient. Aiguilles du Tour. Traversée des Aiguilles Dorées. Traversée des Ecandies.

- Du 10.10. au 13.10.88. Suisse Centrale.

Cours J+S. Tiefenbach. Glacier du Rhône, école de glace. Bergseeschijen, Ost Grat. Siedelenhütte, technique alpine.

Un jour, arrivé au terme d'un enchaînement de ce type, les traits tirés, amaigri au point de pouvoir, comme une lettre, me glisser sous une porte fermée, je croisai un de mes voisins (pendant ses loisirs, il pratique l'escalade 'plaisir'). Avisant mon teint hâlé, cet indomptable fonctionnaire me lança fort aimablement :

« Nous on bosse ! »

(Autrement dit : « Il y en a qui ont de la chance, toujours à ne rien foutre d'autre que de se promener en montagne ! »)

Sur un point, un seul, je lui donne raison : avoir du travail, un métier, que ce soit boulanger, dentiste, enseignant, facteur, cantonnier, avocat, médecin, paysan, guide de montagne, ou autre, pourvoir le pratiquer, 'bosser', c'est une chance fantastique.

Les guides de montagne 'professionnels à plein temps' (id est, ceux qui gagnent leur vie en pratiquant le métier à l'exclusion de tout autre) qui font fortune sont rares. Au moins autant que l'abominable homme des neiges. Beaucoup, à force de vaillance, supportent de longues années la rudesse de leur existence, puis trépassent sans crier gare sur le flanc décharné d'un pic rébarbatif, frappés par une pierre ou par un bloc de glace, ensevelis sous une avalanche, engloutis par une crevasse, ou encore, éparpillés en plusieurs morceaux après être tombés. Quelques-uns, à leur immense stupéfaction, quittent ce monde précaire entourés de considération et de chaleur.

24 mai 2017, MMD

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Marcel Maurice Demont
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23 mai 2017
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