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La musique sans compromis

1 juillet 2014
Lausanne
Claudio Poloni, journaliste musical, Revue Musicale juin 2008
Martine Desarzens
  • La musique sans compromis

  • 1908-1986 : La musique sans compromis

Il N'Y PAS qu'HERBERT VON KARAJAN qui aurait eu cent ans cette année. Le battage médiatique orchestré autour de l'anniversaire de la baguette la plus célèbre du siècle aurait pu éclipser le centième anniversaire d'un autre chef, qui a pour sa part marqué de façon indélébile la vie musicale vaudoise et helvétique: Victor Desarzens (1908- 1986).

C'était sans compter les efforts du Comité Victor Desarzens 1908-2008 », qui s'est attelé à faire revivre le souvenir du fondateur de l'Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL), musicien visionnaire qui a tant œuvré pour la découverte des partitions des compositeurs suisses de son temps.

  • Une plaque, deux concerts

Les festivités ont commencé dans l'après-midi du lundi 28 avril 2008 par la pose d'une plaque commémorative sur le bâtiment de la mythique brasserie La Bavaria, au haut de la rue du Petit-Chêne à Lausanne, un établissement que Desarzens a fréquenté lorsqu'il étudiait et enseignait au Conservatoire - et pour la petite histoire, en face de la confiserie où il rencontra celle qui allait devenir sa femme.

http://www.notrehistoire.ch/group/victor-desarzens/photo/58458/et

http://www.notrehistoire.ch/group/victor-desarzens/video/1210/et

http://www.notrehistoire.ch/group/victor-desarzens/photo/41815/Le même soir, puis le lendemain, I'OCL reprenait intégralement au Métropole le programme d'un concert dirigé par le chef à la Maison de Peuple le 13 octobre 1949. http://www.notrehistoire.ch/photo/view/41927/ Un programme qui illustre à merveille la patte Desarzens et qui reflète sa conception de la musique : Concerto pour deux violons, continuo et cordes en ré mineur RV 5I4 d'Antonio Vivaldi, Divertissement pour hautbois et orchestre en ré majeur, K 251 de Wolfgang A. Mozart, Concerto pour clavecin de Manuel de Falla, Hérodiade, récitation orchestrale, d'après le poème de Mallarmé, de Paul Hindemith ainsi que la Petite symphonie concertante pour harpe, clavecin, piano et deux orchestres à cordes de Frank Martin, peut-être le compositeur dont Desarzens se sentait le plus proche.

La patte Desarzens ? Elle se reconnaît tout d'abord dans son amour la musique ancienne, qui à l'époque était pratiquement inconnue, et sur tout dans son envie de sortir des sentiers battus, de proposer des découvertes à ses musiciens comme à son public et de faire jouer des œuvres de compositeurs de son époque. À cet égard, un chiffre est particulièrement éloquent: entre 1944 et 1973,1'OCL a présenté 123 créations et premières auditions (européennes, suisses ou lausannoises), soit plus de 4 en moyenne par saison, dont plus de la moitié ont été dirigées par Desarzens. http://www.notrehistoire.ch/group/victor-desarzens/video/1017/

Victor dirige l'OCL

La patte Desarzens, c'est aussi, comme le souligne Christian Zacharias, directeur artistique et actuel chef titulaire de I'OCL, a eu la volonté [...] de présenter [ses] musiciens comme solistes; tradition qui débutera officiellement en 1951, avec les concerts populaires du dimanche matin, série qui reste vivace sur le même concept. http://www.notrehistoire.ch/article/view/1085/

  • Un livre

Last but not least, il convient aussi de saluer la parution d'un très beau livre, signé Antonin Scherrer, ancien chroniqueur de la Revue Musicale, ouvrage qui retrace la vie du musicien, de sa naissance à Château-d'OEx aux dernières années de son existence - vécues en ermite tant il était brouillé avec tout le monde en passant par ses débuts comme violoniste, en duo avec son frère Georges; et bien évidemment la formidable aventure de la création de l'orchestre de Radio-Lausanne, qui deviendra I'OCL, entreprise hardie s'il en est, alors que l'Europe était déchirée par la guerre.

Entre de nombreuses illustrations et des témoignages évocateurs, Antonin Scherrer nous dépeint un Victor Desarzens passionné, visionnaire, profondément amoureux de la musique, désireux de faire découvrir les œuvres de son pays et de son temps, profondément exigeant envers lui-même et les autres, véritable « forçat », pour reprendre un terme souvent utilisé par l'auteur: entre1943 et L973, il dirigea pas moins de 192 concerts d'abonnement, sur 270.

Le revers de la médaille ? Un homme fantasque, difficile à vivre, jaloux du succès des autres chefs auprès des musiciens de I'OCL, un caractère bien trempé qui le condamnera à la solitude.

Victor Desarzens a dirigé son dernier concert à la tête de I'OCL en 1975, avant de s'isoler du reste du monde. http://www.notrehistoire.ch/group/victor-desarzens/photo/40016/.

Ce geste explique peut-être pourquoi, après sa mort en 1986, rien ou presque n'est venu entretenir son souvenir, mis à part une monographie publiée en 1992.

L'ouvrage d'Antonin Scherrer comble donc une véritable lacune, rappelant, à juste titre, l' influence capitale que le chef a exercée sur la vie musicale vaudoise et helvétique.

Claudio Poloni

(1) Antonin S Tout là-haut sur la terre. Victor Desarzens et son temps, Vevey, Éditions de L'Aire, 2008, 142p. de nombreuses illustrations ; avec un disque d'œuvres dirigées par Desarzens (les deux symphonies de C.M. Von \7eber) et d'interviews réalisés par Henri Jaton pour la Radio Suisse Romande (te62-r973).

(2) Jacques-Michel Pittier, L'homme de musique. Portrait de Victor Desarzens, Lausanne, Payot, 1992.

Article paru avec l'aimable autorisation de Claudio Poloni, dans la Revue Musicale, Juin 2008. No 2.

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