Paillard SA, fleuron de l'industrie vaudoise Repérage

22 février 2023
Les archives de la RTS

D’abord comptoir d’horlogerie créé en 1814 à Ste-Croix par Moïse Paillard (1753-1830), la Maison E. Paillard & Cie se métamorphosera au fil des décennies grâce à la créativité des descendants de cette véritable dynastie. L’entreprise Paillard constituera ainsi pendant 150 ans un fleuron de l’industrie du Nord vaudois. Déctyptage de quelques produits emblématiques commercialisés par la fime vaudoise.

Une photo publiée sur notreHistoire montre le bâtiment Paillard lorsqu'il était encore une fabrique de boîtes à musique:

Diversifiant ses activités, l’entreprise produit également des phonographes à rouleaux et des gramophones à la fin du 19e siècle comme nous le précise le récit de Pascal Frioud dans notreHistoire.

Les machines à écrire Hermes

Devenue société anonyme en 1920, Paillard SA débute la production de machines à écrire à partir de 1923 à Yverdon sous la marque Hermes.

Les photos de plusieurs modèles Hermes donnent témoignages de l'attachement à cet objet du quotidien de fabrication suisse.

Hermes Baby : la star

1935 constitue l’année du succès pour l’entreprise Paillard qui acquiert une renommée internationale avec son nouveau produit : l’élégante, moderne et compacte Hermes Baby.

Cette machine à écrire portable, produite et exportée par millions d’exemplaires à travers le monde, est la plus petite de son genre et se glisse facilement dans un porte-documents : Ernest Hemingway, Jack Kerouac ou encore John Steinbeck s’en serviront pour écrire leurs chefs-d’œuvre. L’écrivaine Françoise Sagan n’utilise qu’elle et en achète, paraît-il, plusieurs par année.

L'Hermes Baby aura ainsi marqué l'économie mais aussi la littérature: un auteur français, Jean-Jacques Nuel, lui consacre même un livre paru en 2021 et intitulé Hermes baby : ma machine écrire.

j'avais autrefois une petite machine
à écrire
portative qui portait un nom
magnifique
Hermes Baby
je lui confiais des textes
dont j'exagérais l'importance
et sur lesquels elle ne portait
aucun jugement de valeur.

La caméra Bolex

Tout en se consacrant au développement de ses machines à écrire, l'entreprise Paillard SA se tourne dès 1930 vers la branche cinéma avec la production de caméras : elle rachète la société Bol&Cie de Jacques Boolsky ou Bolsey (1895-1962), un ingénieur autodidacte d'origine ukrainienne, inventeur de la caméra Bolex.

A nouveau le succès international est au rendez-vous pour PSA avec la production industrielle de la Bolex 16 mm dès 1935.

Les archives de la RTS
21 janvier 2018

Le boîtier noir de la caméra Bolex lui donne une touche d'élégance. Elle pèse 3,5 kg, ce qui la rend très maniable tenue au poing. Ses trois objectifs et son moteur à ressort, activé grâce à une manivelle extensible très ergonomique en font un outil pratique et fiable.

L’âge d’or

Le professeur Laurent Tissot, dans les Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, décrit ainsi cette période faste de Paillard SA:

(…) L’entreprise acquérait dans les années 30 une réputation d’excellence dans la micro-mécanique. Elle connaissait un important essor, caractérisé par le lancement de produits qui la plaçaient peu à peu à la tête des entreprises du canton de Vaud. (…) Ce dynamisme technologique se traduisit par une embauche massive qui fit passer Paillard (…) dans la catégorie des entreprises comptant plus de 1000 ouvriers en 1937.

Des années 1930 aux années 1960 environ, la société Paillard SA connaît son âge d’or et celui des rachats en série, augmentant sans cesse le nombre de ses employés.

Voici une fiche de salaire de 1949 d’un nouvel engagé chez Paillard :

En 1958, la TSR visite les ateliers de fabrication d'Yverdon:

Après la machine à écrire, Paillard SA s’intéresse à la machine à calculer et acquiert la majorité des actions du fabricant zurichois Precisa AG en 1960.

En 1962, c’est au tour de l’entreprise de tourne-disques Thorens SA de Ste-Croix d’attiser la convoitise de Paillard SA qui l’absorbe pour éviter une concurrence sur le marché du travail et l’engagement de la main-d’œuvre.

Cette photographie postée par Pascal Frioud montre un fleuron de la production Thorens:

En 1964, Paillard SA possède plusieurs usines à l’étranger en plus de celles du Nord vaudois (Yverdon, Ste-Croix et Orbe) : ces dernières occupent quelque 4400 ouvriers.

Paillard SA, prend le contrôle total de Precisa et devient Hermes Precisa, puis dès 1974 Hermès Precisa International SA (HPI). Les machines à calculer produites par HPI assurent alors une bonne santé au groupe.

Le début de la fin

Paillard SA avait déjà redimensionné ses activités dans la 2e moitié des années 60. Ainsi les tourne-disques Thorens sont cédés à une usine allemande en 1966 car le domaine est peu rentable et l’entreprise n’a pas les ressources suffisantes pour s’engager dans le développement de nouveaux produits, à côté des machines à écrire et des caméras et projecteurs de cinéma.

Le pilier de l'industrie nord-vaudoise renonce également à la production des caméras Bolex en 1969. Elle vend cette branche de l'entreprise à une société autrichienne.

Pourtant c’est l’arrivée de l’électronique qui marquera la fin de l'entreprise, Hermes Precisa International SA manque ce tournant. Elle ne parvient pas à faire face à une concurrence de plus en plus agressive.

Malgré son rachat par le fabricant Italien Olivetti en 1981 en qui HPI cherche un partenaire puissant, l’entreprise décline. Le groupe Olivetti se sépare peu à peu des activités de HPI, congédiant chaque année des employés, fermant ou vendant des ateliers.

En 1982, la TSR se rend à Ste-Croix pour recueillir les réactions des employés touchés par une vague de licenciements. On y entend aussi le chanteur Michel Bühler, natif de la région:

En 1986, la reprise par Lemo SA de Morges des dernières activités industrielles de HPI signe la fin de Hermes Precisa International dans la petite ville de Ste-Croix où naissait quelque 170 ans plus tôt la légendaire Maison Paillard. Le 19 septembre 1989, l’usine d’Yverdon-les-Bains ferme à son tour. C’est un jour sombre pour l’industrie du nord vaudois.

Quelques mois plus tard l'émission de la TSR Tell Quel donne la parole aux ouvriers de cette région désormais sinistrée économiquement:

En 2021, une exposition intitulée Rock me baby rendait hommage à l'industrie disparue d'Yverdon-les-Bains.

A consulter également :

La galerie Paillard SA, un pilier de l'industrie du Nord vaudois : notrehistoire.ch/galleries/pai...

La galerie Bolex/Boolsky : notrehistoire.ch/galleries/pai...

Le récit Ste-Croix et l'invention du phonographe: notrehistoire.ch/entries/ypz89...

La galerie tourne-disques et gramophones : notrehistoire.ch/galleries/les...

La galerie Les machines à écrire : notrehistoire.ch/galleries/les...

La galerie Objectif super-8 : notrehistoire.ch/galleries/obj...

Sources :

Grégoire Montangero: "Paillard", in: Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 21.02.2018. Online: hls-dhs-dss.ch/fr/articles/025..., consulté le 04.02.2023.

Roland Cosandey: "Boolsky, Jacques", in: Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 01.09.2000. Online: hls-dhs-dss.ch/fr/articles/028..., consulté le 22.02.2023.

Laurent Tissot : "Pourquoi signer une paix du travail alors qu'il n'y a pas eu de guerre? Logique patronale et attitudes ouvrières dans une entreprise vaudoise, Paillard SA, 1938-1950" in Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, E-periodica vol 15, 1999. Online : e-periodica.ch/digbib/view?pid...notrehistoire.ch/tags/20">#20 , consulté le 22.02.2023.

Archives cantonales du Canton de Vaud : " Paillard-Hermes-Precisa", histoire. Online: davel.vd.ch/partnerdetail.aspx..., consulté le 22.02.2023.

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23 février 2023
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