Intérieur de la grange de Michel Deville

Intérieur de la grange de Michel Deville

À la fin du XIXe siècle naît en Allemagne un mouvement de réforme souhaitant aboutir à une séparation entre l’Église et l’État. L’Église catholique romaine est évidemment hostile à l’idée de perdre de l’influence, ce qui débouche sur un conflit appelé « Kulturkampf ».

En janvier 1873, un prêtre carougeois, Gaspard Mermillod, ayant joué un rôle important au premier concile œcuménique du Vatican, s’était fait nommer Vicaire apostolique de Genève par le Pape. Cette nouvelle impliquait la création d’un évêché à Genève (en violation d’engagements solennels de la papauté prise auparavant).

Antoine Carteret, président du Conseil d’État de Genève depuis 1870, réussit à convaincre le Conseil fédéral de la nécessité de s’opposer «à l’ingérence d’un pouvoir étranger dans une affaire qui regardait la Suisse.». Le 17 février 1873, Gaspard Mermillod fut expulsé du territoire suisse.

Dès lors, Antoine Carteret s’inspira du conflit allemand du « Kulturkampf » afin de l’appliquer dans le canton de Genève. Le Conseil d’État genevois fit voter par le Grand Conseil genevois une loi organisant le culte catholique et qui faisait participer les laïques au choix des curés (Le gouvernement Carteret avait pour but de rendre le canton plus démocratique que possible (acquisition de nouvelles libertés individuelles concernant le suffrage universel, la propriété foncière, le mariage civil, l’éducation , etc.). C'est pour cela que le gouvernement genevois lutta contre la hiérarchie de l’Église catholique romaine, allant à l'encontre de cette démocratie nouvelle. De ce fait, seuls le culte réformé et le culte catholique national sont reconnus dans la Constitution genevoise de l'époque). Une autre loi interdisait l’érection d’un siège épiscopal à Genève. En même temps, on constitua une Église catholique d’État, dite « Église vieille catholique » (aussi appelée « Église catholique nationale »). Le 24 mars 1873, la loi sur l’organisation du culte catholique par l'État est acceptée en votation populaire. Basée sur la structure de l’Église protestante, cette loi oblige les curés catholiques romains, salariés par l’État, à prêter serment d’allégeance aux lois de la République, et déclare les églises propriétés communales (avec création de conseils de paroisse)18,19. La résistance des catholiques fidèles à Rome s’organisa et, le 28 août 1874, tous les prêtres du canton refusèrent le serment au Conseil d’État genevois. En moins de trois ans, trente-deux paroisses fut saisies de force, dix-huit maires et quatorze adjoints furent révoqués et l’État suspendit les traitements des curés. Les églises des curés ayant refusé de prêter serment sont confiées à l’Église catholique nationale.

Malgré cette loi, le Conseil municipal de la commune de Pregny, étant propriétaire du bâtiment, décide que l'église continuera à être affectée au culte catholique romain (Car depuis 1685, l'église est affectée au culte catholique romain. De plus, la majorité de la population pregnote est de confession catholique romaine). Le 17 août 1875, Jean Bertrand, membre du Conseil de paroisse, s’est présenté à la mairie pour réclamer les clefs de l’église. Il lui a été répondu par un refus formel. Le 18 août 1875, à sept heures du matin, M. Comte, secrétaire du Département de l’Intérieur, M. Duvillard, commissaire de police et M. Bertrand, se sont présentés auprès du maire de l’époque, Jean-Marie Panissod, pour réclamer les clefs de l’église au nom du Conseil d’État genevois. Sur ce nouveau refus, les délégués allèrent à la porte de l’église avec des serruriers et des agents de police pour changer les serrures de l’édifice. Le 24 août 1875, M. Panissod est révoqué de ses fonctions de maire par le Conseil d’État genevois et le bâtiment de l’église est attribué au culte catholique national.

Le Conseil municipal déposa donc un recours au Tribunal fédéral contre violation de la propriété privée. En 1876, le Tribunal fédéral rejeta le recours et se prononcera en faveur du Conseil d’État genevois. Les habitants de Pregny, refusant d'utiliser l'édifice par fidélité à leur commune, célèbrent l'office catholique romain dans la grange de Michel Deville, devenu maire entre-temps.

Plus tard, ce fut dans la grange de M. Panissod et enfin dans un petit bâtiment à côté de l'église. Le curé catholique national, lui, tient le culte catholique national dans l'église pour un seul auditeur (Les curés de l'Église catholique nationale sont élus par la population des communes dans laquelle ils exerceront leurs fonctions. Pour le curé catholique national de Pregny, il ne reçut qu'un seul vote lors de son élection). Trouvant la situation ridicule, il omit de s'y rendre un dimanche et le conseil supérieur de la paroisse le suspendit de ses fonctions et ferma définitivement l'église.

Le 4 février 1881, une pétition de la part des habitants fut remise au Conseil municipal demandant de pouvoir louer le bâtiment de l'église, fermé depuis cinq ans, pour y célébrer le culte catholique romain.

Le 2 octobre 1896, l'état de l'église est déplorable; une rénovation doit être faite. Le Conseil municipal demanda au Conseil d'État d'accorder aux citoyens catholiques romains habitant la commune, l'usage de l'église, toujours propriété communale, pour la célébration de leur culte. Le 10 août 1897, Gustave Ador, devenu le président du gouvernement genevois entre-temps, répondit favorablement à la demande du Conseil municipal, à la suite d'une loi adoptée le 29 mai 1897 par le Conseil d'État, annulant les lois discriminatoires envers l'Église catholique romaine. Durant l'été et l'automne 1897, la commune de Pregny effectua une rénovation complète du bâtiment pour enfin rouvrir l'église au culte catholique romain le 17 octobre 1897.

Source : Église Sainte-Pétronille de Pregny-Chambésy, Jérémy Toma, sur Wikipédia (2015) d'après l'ouvrage Pregny, commune genevoise et coteau des altesses, Guillaume Fatio (1947).

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Jérémy Toma
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6 août 2023
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