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Où vivent nos forains ? Récit d'une itinérance genevoise

Genève
Valérie Clerc

A Genève, avant Pâques, la plaine de Plainpalais se couvre de manèges à la grande joie des passants. Cette métamorphose colorée est l'oeuvre de forains. Plusieurs fois par ans, ils s'installent en ville pour déployer leurs attractions . Mais que savons-nous au juste de celles et ceux qui ont pour métier celui d'amuser les autres?

Les gens du voyage de nationalité suisse représentent aujourd'hui environ 30'000 personnes, dont 2000 à 3000 qui se déplacent régulièrement. Ils sont reconnus comme minorité nationale depuis 1998.

Leur existence itinérant n'a pas toujours eu bonne réputation. Retour sur la relation complexe qui lie les forains à Genève.

Historiquement, où vivent les forains ?

Au début du 20e siècle, c'est à la Queue d'Arve, sur l'actuelle zone industrielle de la Praille, que quelques familles en roulottes vivent éparpillées ici et là. Le grand terrain sur lequel elles sont installées leur a été légué en 1870 par Mesdames Boissonnas et Leroyer, avec un droit d'usage perpétuel.

Le secteur est marécageux. Des jardins potagers, des lapins et des chèvres apportent une note champêtre à ce "village" qui possède même sa propre chapelle.

Valérie Clerc
Queue d'Arve (GE) en 1930
1930
Queue d'Arve (GE) en 1930

L'essor industriel des années 50

Au début des années 50, le secteur de la Praille devient un espace providentiel pour le développement industriel de Genève. La possibilité d'une desserte par le rail et le fait que beaucoup de parcelles appartienent à l'État constituent de gros atouts pour les investisseurs.

L'existence paisible des forains, mais aussi de nombreux artisans et marchands va s'en trouver bouleversée. Une vidéo de 1955 dévoile sur le compte Facebook de l'association Autrefois Genève l'ambiance du lieu. Il en émane un désordre joyeux. Les travaux de la gare de la Praille, puis du complexe sportif des Vernets y mettent un terme.

La convention signée en 1950 entre la Confédération, le canton et les CFF mènent à des échanges de terrains. Les forains de la Queue d'Arve sont priés de quitté les lieux, malgré le droit d'usage perpétuel qui leur avait été octroyé au 19e siècle.

En 1965, le trafic marchandises est entièrement transféré de Cornavin à la Praille, ce qui précipite la nécessité de reloger les forains.

Valérie Clerc
Queue d'Arve (GE) en 1970
1970
Queue d'Arve (GE) en 1970

Le départ pour Versoix

L'année 1966 marque le début des tractations avec la commune de Versoix pour accueillir la communauté sur le terrain du Molard, propriété de l'État.

Les Versoisiens, au départ réticents, se rendent vite à l'évidence: ceux que l'on s'imaginait étrangers et "voleurs de poule" sont en réalité Suisses, font l'armée, paient leurs impôts et s'intègrent très vite.

La RTS est allée en 1966 questionné les habitants de Versoix. Leurs craintes portent davantage sur le bruit incessant du trafic aérien que sur les nuisances occasionnées par leurs nouveaux voisins!

Un terrain insallubre

En 1967, les forains habitent dans leurs caravanes sur le terrain du Molard, à Versoix. Pendant des décennies, ils endurent la promiscuité, l'insalubrité, les inondations, les coupures de courant, l'insécurité face aux incendies et les problèmes d'accès à un terrain sans issue.

La Bécassière

C'est en 2010 que l'État de Genève a la volonté de les reloger. Mais il aura fallu trente ans pour que le Grand Conseil vote enfin un crédit de 12,8 millions de francs pour les déplacer sur deux parcelles au lieu-dit La Bécassière.

Ce site de la commune de Versoix offre une superficie de 53'565 mètres carrés . Il est près des commerces, des écoles et des transports publics pour répondre aux besoins des communautés concernées.

La longue itinérance des forains genevois rappelle que la problématique de l'accueil des gens du voyage est récurrente en Suisse romande. Dans le canton de Vaud, un groupe de travail a expressément été chargé d'examiner des solutions pour mieux gérer les différends entre les particuliers, les communes et les gens du voyage.

Sources

"Relogement des forains", Journal de Genève, 19 septembre 1966.

"Quand Genève a découvert la Praille", Le Temps, 8 août 2008.

"Une page se tourne pour les forains", La Côte, 23 février 2012.

"Les forains de Versoix relogés à la Bécassière", 24 heures, 27 septembre 2012.

Photo de couverture

Genève, plaine de Plainpalais: champ de foire (1920) Bibliothèque de Genève

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  • Renata Roveretto

    Chère madame Valérie Clerc, merci pour le partage de cet excellent récit qui nous apprend encore bien des choses sur la vie de ces forains

    Amicalement Renata

Valérie Clerc
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30 mars 2023
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