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Histoire(s) de la Cinémathèque (4e partie): "hacker" des films

26 février 2019
David Glaser
notreHistoire

Quatrième partie de notre entretien croisé entre Freddy Buache - mort le 28 mai dernier à l'âge de 94 ans - et Frédéric Maire, le créateur de la Cinémathèque suisse et son directeur actuel, une rencontre organisée par l'institution suisse et notreHistoire.ch au domicile lausannois de Freddy Buache le mercredi 9 janvier 2019.

Dans les premiers épisodes de cette série en dix parties, il a été question du lancement de la Cinémathèque suisse dans un contexte où les amateurs de cinéma se retrouvaient ensemble au sein de ciné-clubs, la formation d'une culture de cinéma ou encore l'arrivée du cinéma dans les programmes d'enseignement universitaire, d'autres thématiques vont être développées ces prochains jours. On parlera des personnalités du cinéma suisse qui ont compté et qui continuent de beaucoup compter pour la Cinémathèque, les membres du Groupe 5 à Genève, la Bande à Part à Lausanne, mais aussi Jean-Luc Godard ou encore Michel Simon pour ne citer que ceux-là.

Aujourd'hui, le rôle et les développements de la Cinémathèque sont redéfinis. Les temps ont changé, la numérisation est passée par là. Dans cette quatrième partie, Freddy Buache et Frédéric Maire nous expliquent qu'il n'est plus question de "voler" des bobines de films pour les sauver, comme au bon vieux temps. Aujourd'hui, il faudrait plutôt les "hacker" selon le terme choisi par Frédéric Maire.

Attention, il ne s'agit pas ici de provoquer des actes illégaux mais bien d'agir en héros de la sauvegarde des films. Ces pièces de notre histoire commune risquent de disparaître faute d'avoir été matérialisés, copiés et/ou partagés. En effet, à l'heure du numérique, à trop vouloir laisser les films au chaud dans des disques durs, on risquerait l'oubli voire l'effacement des mémoires de disques durs et de la mémoire collective. Un enjeu de taille à l'heure où le cinéma est là partout (du smartphone au grand écran en passant par la tablette) et tout le temps (TCM, Paramount ou Film4 pour ne citer que ces trois chaînes de diffusion de films du passé, à l'international).

Freddy Buache et Frédéric Maire le mercredi 9 janvier 2019 à Lausanne. (DG)

Voici la suite de l'entretien, dans lequel Freddy Buache et Frédéric Maire abordent la question de la copie de films et de la multiplication des supports de diffusion et de visionnage.

Freddy Buache: "A propos de copies, j'ai vu beaucoup de tableaux qui étaient des copies car je n'ai bien sûr pas pu voir tous les tableaux originaux du monde. On peut travailler avec des copies. Pour mon travail à la Cinémathèque, je m'intéressais à la peinture, aux arts nouveaux... Le cinéma participait de ça, je travaillais avec des publications comme (ndlr: la revue surréaliste) Minotaure par exemple. J'ai appris plein de choses sur la peinture avant d'avoir vu les tableaux. Le bricolage des débuts avait un certain charme."

Frédéric Maire: "L'aspect négatif du numérique aujourd'hui, c'est qu'on peut multiplier les supports à l'infini. On peut voir un film sur 25 millions d'écrans différents, de l'écran du cinéma à son téléphone portable. En même temps, le numérique est fragile et se conserve mille fois moins bien que le nitrate noir et blanc d'il y a 120 ans."

Freddy Buache: "Il y a quand même des solutions pour mettre de côté certains films."

Frédéric Maire: "Oui, la meilleure solution est de revenir à la pellicule. Ce qui est un peu absurde. Le retour de la technologie du XXe pour conserver celle du XXIe, c'est étrange et contradictoire. Mais en même temps, c'est une technologie fragile, et surtout extrêmement volatile. Je me rends compte que les les nouveaux directeurs des cinémathèques devraient ne plus être des voleurs d'objets physiques comme vous étiez vous Freddy et les autres. Ils devraient être des "hackers". J'ai l'impression qu'il y a des objets qui tendent a disparaître car ils sont gardés dans des disques durs qui ne vont plus fonctionner. Il faudrait presque les "voler" à travers le "hacking" si on veut les conserver. Donc il faudrait être un super-informaticien, passionné de cinéma, pour aller "voler" les films la où ils se trouvent."

"J''ai aussi cette sensation que l'on est, comme à l'époque de transition du muet au parlant, à un moment charnière dont on ne mesure pas tous les enjeux. En tant que nouveaux directeurs des cinémathèques, on est tous à mettre en place des archives numériques et des systèmes extrêmement performants pour préserver les films. En réalité, aucun de nous ne sait vraiment si le fichier du film que nous conservons aujourd'hui pourra être relu dans 20 ou 30 ans."

"Quand vous conserviez un film, vous aviez encore l'espoir que ce film reste. En tous les cas, l'espoir qu'il dure un moment. La chance que j'ai de conserver vos collections, c'est que celles-ci durent toujours. Mais on a perdu des films à cause de la couleur. Certes, on arrive à la remettre grâce au numérique. On a des films en nitrate qui sont en bon état aujourd'hui, ce sont des collections qui durent dans le temps."

Freddy Buache: "Ma rencontre avec Raymond Borde (conservateur de la Cinémathèque de Toulouse), ce fut particulier. On a créé en 1948 le ciné-club de Lausanne. Il y avait des garçons qui allaient et venaient dans ce ciné-club, notamment un étudiant en médecine de Toulouse, un Juif qui avait échappé à la guerre en restant étudier en Suisse. Il venait au ciné-club de Lausanne et nous disait qu'à Toulouse il y avait aussi un ciné-club. Il me dit alors "tu ne pourrais pas venir à Toulouse avec trois ou quatre films". J'y suis allé avec un film de Chaplin et un autre de Fritz Lang. A Toulouse, j'ai rencontré des gens. Après mon intervention, un monsieur s'est levé et m'a dit "vous dites des choses qui ne sont pas exactes..." C'était Rohmer. Il n'était pas encore LE Rohmer. Il y avait aussi quelqu'un de curieux qui avait une petite collection de films, c'était Raymond Borde. On avait les mêmes goûts pour la peinture. Il était communiste. J'avais des amis communistes justement à Toulouse. "Tu dois essayer de faire une cinémathèque" lui-dis-je. Il a essayé et a échangé avec Henri Langlois. On ne pouvait faire qu'une cinémathèque par pays à l'époque. Mais Langlois avait dit que grâce au plan Malraux on pourrait faire de petites cinémathèques à Nice ou dans des villes comme ça."

Par David Glaser.

Retrouvez le programme des activités de la Cinémathèque suisse en cliquant sur ce lien.

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14 février 2019
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