Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.

Brandons... et interdictions

1 janvier 1955
© H. Gremaud
Sylvie Bazzanella

Les feux de l'arrière-hiver prennent le caractère d'une salutation à la saison printanière. L'on croyait jadis que les foyers des Brandons avaient un effet stimulant sur la végétation. On leur attribuait dans le canton de Fribourg une influence bénéfique quant aux récoltes de fruits. Pourtant l'usage des Brandons s'y est lentement perdu et seules en subsistent ici ou là, de vagues réminiscences. Elles suffisent parfois pour ranimer des charbons que l'on croyait éteints. Broc, en Gruyère, le fait bien voir, depuis quelques années, en brûlant le personnage symbolique que l'on a baptisé le Braoha-Pako, selon le « sobretyè » que portent de temps immémorial les gens de la cité chocolatière et qui, pour les non-initiés, ne signifie rien plus que les « brasse-boue » ou, si l'on veut (mais on ne le veut pas), les « boueux » ! Par comparaison, il est assez curieux de constater que les Brandons se fêtent au village vaudois de Vuiteboeuf, en vouant aux flammes un mannequin que l'on nomme « la Guillaume ».

Et le Carnaval de Monthey, où l'on accourt de Lausanne et de plus loin, et les Brandons de Payerne continuent à condamner sans appel le Bonhomme Hiver qui ne trouve rémission de ses péchés que le feu purificateur.

Les Brocois, brûlant solennellement leur Braoha-Pako, se trouvent dans la ligne traditionnelle. Par le pouvoir fécondant du feu, ils doivent logiquement bénéficier des plus belles récoltes… Et la natalité doit augmenter dans des proportions considérables, puisqu'ils sont les seuls en Gruyère à restaurer l'antique cérémonial.

Il est assez curieux de constater par quel cheminement réapparaît une coutume parente de celles qui disparurent. On sait que le village de Broc, en même temps que le Carnaval fête sa bénichon. Or, voici un demi-siècle environ, ces fêtes populaires se trouvaient au goût des habitants amenuisés. La société de musique du chef-lieu voisin, en effet, organisait pour Carnaval une manifestation qui attirait un public considérable. Cette « cavalcade » de Bulle comprenait, comme il se doit, des groupes équestres, des chars décorés, et l'on y traitait plaisamment de l'actualité. Les Brocois se trouvaient quelque peu marris de cette concurrence, qui se résolut à disparaître.

A leur tour, les musiciens de Broc attachèrent le grelot. Voilà cinq ans, ils préparent un cortège de Carnaval et, pour corser l'évènement, y brulèrent le mannequin qui trouva tout naturellement le sobriquet que l'on accole aux gens du village. Du même coup, la fanfare remplit son escarcelle... ce qui est de bon augure pour le maintien de la tradition !

Tandis que la coutume renaît en certains endroits, ailleurs, on s'attache à en faire disparaître les derniers vestiges. Ainsi, le « Journal de Château-d'Oex » du 15 février 1955 insérait un avis ainsi conçu : » La Municipalité de Rougemont interdit mascarade et mendicité à l'occasion des Brandons. »

Bien gros mot ! « Mendicité » pour le geste ingénu des petits s'en allant, masqués, au matin des Brandons, faire tinter leur tirelire à la porte des maisons. La réaction, d'ailleurs, ne s'est point fait attendre. Dans le numéro suivant, sous le titre : « Belle tradition en voie de perdition », un conseiller communal proteste avec raison contre cet édit malencontreux. Il exprime combien heureux étaient les habitants du village à se faire réveiller, une fois l'an, de gracieuse façon. Le correspondant occasionnel termine son billet par ces mots bien assénés : « Malheureusement, cette année, la municipalité a décidé d'abolir cette vieille tradition. On se demande quel mal elle y a vu, et si l'année prochaine, il ne sera pas nécessaire d'avoir une autorisation spéciale pour faire les beignets ? »

Tout cela n'est nullement pour nous poser en censeurs. A Bulle, au temps de notre enfance, la Commission scolaire, pour le coup mal inspirée, interdisait aussi bien l'aimable coutume des Mayentzets. On baptisa pareillement de « mendicité » le fait, pour nos bouébelès, d'aller pousser la chansonnette, le 1er mai, à la porte des logis. L'ordonnance fit long feu, heureusement. Et la République des gosses rentra dans ses droits immémoriaux.

Il est consolant, d'ailleurs, de constater que les interdictions de ce genre sont souvent caduques. Ainsi, la plus ancienne défense connue, relative aux Brandons, et promulguée à Morat, date du 10 mars 1381 ! Formons donc le vœu que l'usage encore en faveur à Rougemont ne disparaisse point. Que les gosses masqués fassent leur quête comme devant. Et qu'ils croquent en paix les beignets traditionnels !

Nous nous en voudrions de ne pas relever qu'à Rougemont même, en cet hiver précisément, l'on vient de restaurer une sympathique tradition : celle de la « lugée des vieux », Une quinzaine de fervents, réunis le 9 janvier 1955, sous la présidence de M. Fernand Blum-Daenzer, résolurent que la promenade en traîneau, dont le but est traditionnellement Saanen, aurait lieu le 16 du même mois. Heureuse décision, à la vérité ! L'on s'en réjouit d'autant mieux que, selon nos renseignements, l'usage est resté en honneur à Château-d'Oex.

H. Gremaud.

© Revue Costumes et Coutumes, 28me année - No 1 - 1955

Article publié avec l'aimable autorisation de la

Fédération nationale des costumes suisses

Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
Pas de commentaire pour l'instant!
Le réseau notreHistoire
Sponsors et partenaires
93,785
4,829
© 2019 FONSART. Tous droits réservés. Conçu par High on Pixels.