Arthur HONEGGER, Symphonie no 5, H 202, dite “Di Tre Re”, Orchestre du Festival de Lucerne, Ernest ANSERMET, 18 août 1956

18 août 1956
Lucerne
SRG pour l'audio, René Gagnaux resp. sources indiquées pour texte et photos
SRG pour l'audio, René Gagnaux resp. sources indiquées pour texte et photos

Illustrant ce fichier audio: Arthur Honegger dans ses dernières années, les traits très marqués par sa maladie du coeur, une photo du Club français du Disque, photographe ??, date ??

"[...] En automne 1950 naquit la Cinquième Symphonie, témoignage d’un homme malade et désillusionné, expression de sa ferme conviction d’une fin du monde prochaine. Le compositeur donna à cette symphonie, jouée pour la première fois à Boston le 9 mars 1951 sous la direction du fidèle Charles Münch, le sous-titre de “Di Tre Re”, car il estimait qu'après Beethoven on ne pouvait plus envoyer de par le monde une “Cinquième” sans autre commentaire. Le titre, cependant, ne se rapporte nullement à “trois Rois”, mais au “Ré” de la timbale à découvert terminant chacun des trois mouvements, et qui constitue du reste ses seules interventions dans l’oeuvre.

Cette fois-ci Honegger commence par un ample Grave, à la manière d’un colossal Choral d’orchestre. Par la suite, des appels de trompettes du jugement dernier viennent s’y joindre, mais le morceau se termine en se mourant, épuisé.

Le mouvement central est un très remarquable scherzo (Allegretto) à trois-huit, danse inquiétante de poupées-robots, utilisant certains procédés empruntés à la musique dodécaphonique. Par deux fois intervient un trio lent (Adagio), fenêtre s’ouvrant sur les ténèbres d’une sombre plainte, mais durant la deuxième l'Allegretto poursuit simultanément sa course.

Le bref Allegro marcato termine la symphonie avec une violence rappelant le Dies irae de la Symphonie “liturgique”. Au milieu de la tempête, un Choral d’espoir tente une percée, mais il est balayé par le courant impétueux. Soudain, l’orchestre, sans changement de tempo, s’effondre brutalement du fortissimo ayant prévalu jusque là au pianissimo, et la musique épuise sa force motrice vitale en peu de mesures de conclusion crépusculaire. [...]" cité d'un texte de Harry HALBREICH.

Dédicacée à Nathalie Koussevitzky, l'épouse du chef d'orchestre Serge Koussevitzky, la symphonie “Di Tre Re” fut donnée en première audition le 9 mars 1951 à Boston, sous la direction de Charles Munch. Quelques mois plus tard seulement, Ernest ANSERMET en dirigea la première audition en Suisse:

"[...] Hier soir l’O.S.R. donnait au Victoria Hall le premier des deux concerts offerts aux mélomanes genevois et au cours desquels notre orchestre a l’intention d’exécuter un certain nombre des oeuvres qu’il est appelé à jouer au festival d’Aix-en-Provence les 27 et 28 juillet prochains.

De ce programme, nous retiendrons tout particulièrement la 5me Symphonie d’Arthur Honegger donnée en première audition. Cette symphonie porte un titre qui peut prêter à équivoque; équivoque d’ailleurs voulue par l’auteur, car c’est un peu par boutade qu’Honegger l’a baptisée “Di Tre Re”, ce qui pourrait signifier: «Des trois rois», mais en réalité veut simplement dire: «Des trois rés», chacun des trois mouvements se terminant en effet par la note ré.

Les auditeurs qui ont eu l’occasion récemment d’entendre les entretiens entre Bernard Gavoty et Arthur Honegger enregistrés par la radio française et diffusés par Radio-Genève n’auront pas manqué d’être frappés par l’amertume des propos de notre compatriote, notamment lorsqu’il parlait de la situation du compositeur dans la société moderne: propos particulièrement significatifs dans la bouche d’un auteur ayant atteint une notoriété universelle.

De cette amertume, la symphonie “Di Tre Re” donne une saisissante et forte image. Âpre et tendue, d’un ton tantôt véhément, tantôt éploré ou sarcastique, elle vous plonge dans une atmosphère singulièrement désenchantée. Et pourtant que de force - jamais brutale ici - et de concision dans le trait, et combien ce langage dans toute son âpreté reste étrangement prenant et éloquent! Au reste nous réentendrons cette symphonie à Aix et au début de la saison prochaine et nous aurons l’occasion de reparler plus longuement de cette oeuvre qui, dans son troisième mouvement, notamment, semble s’être souvenue, encore que dans un climat assez différent, de certains procédés de l’auteur du Sacre du Printemps.

Le reste du programme qui comprenait le Concerto grosso en ré mineur de Haendel, la Symphonie en sol majeur, op. 13 de Haydn et Les Préludes de Liszt permit à l’orchestre de démontrer, sous la baguette d’Ansermet, sa forme magnifique qui laisse bien augurer des prochains concerts devant le public d’Aix-en-Provence; celui de Genève manifesta, hier soir déjà, son enthousiasme le plus vif. [...]" cité du compte-rendu de Franz WALTER publié dans dans le Journal de Genève du 19 juillet 1951 en page 4.

Quelques années plus tard, Ernest Ansermet mis cette symphonie au programme de son concert symphonique donné à Lucerne dans le cadre des Semaines Musicales 1956:

  • Felix Mendelssohn, Ouverture des Hébrides
  • Béla Bartòk, Concerto pour violon et orchestre avec Isaac Stern
  • Arthur Honegger, Symphonie no 5, H 202, dite “Di Tre Re”
  • Claude Debussy, Iberia

Cité du compte-rendu qu'écrivit Henri JATON sur ces Semaines Musicales, publié le 25 août 1956 dans la Gazette de Lausanne en page 4:

"[...] Ernest Ansermet nous ramenait à l'actuelle réalité des choses, en y mettant les formes toutefois et en usant tout d’abord de sortilège poétique que détient la séduisante Ouverture des Hébrides de Mendelssohn, dont l’Orchestre du Festival et son chef d’un soir, nous offrirent une traduction sensible et délicate.

L’enchantement mendelssohnien achevé, brusque changement de décors: le Concerto de violon de Béla Bartòk nous conviait à franchir allègrement cent années d’évolution musicale. C’était beaucoup et trop peut-être pour cette catégorie d’auditeurs que nous avons évoqué tout à l’heure, si l’on en juge par les visages pâles et résignés, empreints de cette douloureuse indifférence qui doit être celle des hôtes du Purgatoire, dans l’attente d’un Paradis momentanément inaccessible...

Et pourtant, la cause du musicien hongrois était défendue de belle manière: au pupitre de soliste, Isaac Stern... magnifique d’autorité et d’assurance rythmique; au podium de direction, Ernest Ansermet, qui donne vraiment le meilleur de lui-même dans ces actions téméraires où la conquête de son auditoire est en jeu.

Cette conquête fut-elle totale? On pouvait l’imaginer en notant l’acclamation enthousiaste qui salua la péroraison du Concerto, et qui associait en une commune démonstration, le chef, le virtuose et l'Orchestre du Festival.

Ansermet n’est point l’homme des demi-mesures: pour que son évocation de l’art musical soit totale, la Symphonie dite «De Tre Re» d’Arthur Honegger intervenait ensuite, fournissant prétexte à la traduction bouleversante que nous pouvions attendre, d’un chef, qui, dans ce genre de commentaire, ne connaît point d’égal.

La part du sourire, de la joie, du soleil - à Lucerne cette dernière allusion prend sa valeur... - était réservée en cette séance mémorable, grâce à la présence de l'Ibéria de Claude Debussy, où Ansermet connut une victoire triomphale, venant cette fois-ci d’un auditoire conquis et comblé. [...]"

L'oeuvre que vous pouvez écoutez...

Arthur Honegger, Symphonie no 5, H 202, dite “Di Tre Re”, Orchestre du Festival de Lucerne, Ernest Ansermet, 18 août 1956

  • Annonces, applaudissements.....-> 02:03
  • 1. Grave.......................................--> 11:10
  • 2 Allegretto..............................-..-> 20:30
  • 3. Allegro marcato..................-...-> 26:44
  • Applaudissements.................-...-> 28:08
René Gagnaux
Arthur Honegger dans ses dernières années, II
Arthur Honegger dans ses dernières années, II

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René Gagnaux
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29 novembre 2022
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