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Wolfgang Amadeus MOZART, Concerto pour piano et orchestre No 20, KV 466, Clara HASKIL, ONRDF, Paul HINDEMITH, 1957, Montreux

22 septembre 1957
Radio Suisse Romande pour l'audio, René Gagnaux resp. sources indiquées pour texte et photos
Radio Suisse Romande pour l'audio, René Gagnaux resp. sources indiquées pour texte et photos

"[...] Au XIXe siècle, ce concerto fut le plus populaire des concertos pour piano de Mozart; la passion et le drame des mouvements extérieurs, la romance du mouvement central, qui ressemble à une chanson, et la dualité entre l'instrument soliste et l'orchestre, érigée en principe fondamental de l'oeuvre, tout cela semblait préfigurer le romantisme. Mozart avait écrit pour la première fois un concerto pour piano dans la tonalité mineure, et qui plus est dans le ré mineur de la scène de la statue dans Don Giovanni et du Requiem, dans la tonalité des “frissons métaphysiques”, de la claustrophobie mélancolique et de la démoniaque inquiétude. Aucun facteur extérieur à l'époque où il écrivit l'oeuvre ne semble en être la cause; lorsque Mozart l'acheva, le 10 février 1785, il s'attendait à recevoir le grand honneur, le lendemain, d'une visite de Haydn, au cours de laquelle il remis la copie dédicatoire des six quatuors à cordes, et reçu l'approbation la plus chaleureuse possible de son collègue plus âgé.

L'introduction orchestrale du premier mouvement semble n'avoir eu d'autre but que d'établir fermement l'ambiance en ré mineur. Les syncopes sombres et les figurations ondoyantes des cordes, aiguisées par des renforts chromatiques, se réverbèrent dans une étendue sonore d'une sombre passion, et ce n'est qu'après seize mesures que des motifs thématiques apparaissent; des motifs de base à trois notes, des passages orageux à l'unisson et des accents dramatiques préparent la voie à l'entrée en récitation du piano, qui n'a plus le caractère d'un prélude, mais est marquée par une expressivité passionnée et une tension dualiste avec l'orchestre. Ce conflit entre le soliste et l'orchestre, qui persiste tout au long de l'oeuvre, fut décrit par Einstein comme “la complainte éloquente de l'individu en contraste avec une puissance anonyme et menaçante”. Les illustrations sont dramatisées, de la même manière que le chant colorature de la Reine de la Nuit. Le développement commence trois fois avec la phrase du récitatif du piano, dans le parallèle majeur de fa, dans la sous-dominante mineure de sol et dans son dièse de mi bémol majeur, la tonalité du Sixième Accord napolitain. La récapitulation est élargie, la coda portée à 32 mesures et dramatisée dans un postlude pâle qui expire dans un pianissimo.

Sur la sous-dominante de la tonalité parallèle, en si bémol, le mouvement central se déroule comme une romance en trois sections. Le thème principal, qui ressemble à une chanson, est un précurseur de la souffrance contenue que l'on peut entendre dans certains des mouvements lents ultérieurs de Mozart. Une section médiane très vivante est en sol mineur, la tonalité que Mozart a choisie pour représenter l'abandon fataliste au destin. Cet intermezzo est construit sur des doubles-trioles continues et orageuses, et dans ses exigences pianistiques, il implique une dramatisation du style virtuose.

Le Rondo-Finale dans la tonalité d'origine commence par une triade au piano et un thème illustré de façon chromatique, qui est immédiatement repris par l'orchestre et élaboré de façon contrapuntique. L'ambiance de ré mineur semble avoir pris des caractéristiques fantastiques et bizarres. Un thème subsidiaire résolument simple offre un contraste dans le majeur. Cette mélodie presque folklorique est reprise par le hautbois en ré majeur, lorsque le thème principal bizarre réapparaît, et est ensuite amplifiée par tout l'orchestre, et en particulier par les cors et les trompettes, pour la conclusion de l'œuvre en majeur. [...]" traduit d'un texte de Karl SCHUMANN.

Quelques échos de la presse:

extrait du compte-rendu de J.J. Cevey publié dans le Journal de Montreux du 23 septembre 1957:

"[...] Le Septembre musical, qui nous avait présenté l'an dernier Stravinsky chef d'orchestre, nous a fourni hier soir une nouvelle occasion d'applaudir dans la même personne un compositeur et un maître de la baguette, en plaçant Paul Hindemith à la tête de l'Orchestre National.

L'événement, s'il était tout aussi intéressant, n'avait pas le même caractère exceptionnel. Car si le compositeur du «Sacre du Printemps» n'a pas connu dans sa carrière de véritables étapes de chef d'orchestre, Hindemith lui fut appelé à l'âge de vingt ans - c'était en 1915 - à la direction musicale de l'Opéra de Francfort. Si l'on précise encore que le musicien allemand fit des tournées mondiales comme virtuose de l'alto, se produisit en quatuor et connaît aussi bien le violon que le piano, on aura esquissé la persomialité extraordinaire de celui que chacun s'accorde à mettre au premier rang des compositeurs allemands contemporains.

Ce sexagénaire, originaire de Silésie, mais fixé comme beaucoup d'autres en Amérique, n'était pas homme à se ranger dans une école et il est peu de compositeurs actuels qui aient comme lui cherché sans être prisonnier d’à priori scolastiques la voie de la rénovation salutaire, qui en même temps respecte un ordre fonctionnel constituant un langage assez direct pour l'auditeur et - dans ses oeuvres récentes surtout - étende en l' enrichissant le système tonal classique. Ainsi, son influence est parallèle à celles d'un Honegger ou d'un Bartòk et constitue une réaction déterminante aux tentatives atonales de Schoenberg. [...]

Intermède attendu avec joie par tous les admirateurs de Clara Haskil et les amoureux des tendresses mozartiennes, le Concerto en ré mineur KV 466 a bénéficié de l'interprétation toujours exceptionnellement belle de la pianiste. Sous ses doigts prestigieux, la célèbre Romance a pris des accents que l'on n'espérait plus y trouver, tellement cette page est jouée et rejouée. Et si l'accompagnement orchestral nous parut plusieurs fois un peu lourd, c'est avec enthousiasme que nous nous joignîmes aux applaudissements chaleureux des auditeurs une fois de plus sous le charme de la grande musicienne. [...]"

extrait du compte-rendu de Ed. H. publié dans la Gazette de Lausanne du 24 septembre 1957:

"[...] Je me contente de dire que Clara Haskil joua l'adorable «Concerto en ré min.» (K.V. 466) comme elle seule peut le jouer. Le monde entier est là pour m'appuyer, et faut-il que ce soit vrai pour que les bruyantes acclamations ne réussissent pas à briser le charme unique! [...]"

extrait du compte-rendu de Franz Walter publié dans le Journal de Genève du 24 septembre 1957:

"[...] Clara Haskil en tenait la partie de piano avec autant de finesse que de parfaite maîtrise avant de triompher dans le concerto en ré mineur de Mozart, où la grande artiste se montra égale à elle-même, c’est-à-dire meilleure que jamais. [...]"

L'enregistrement que vous écoutez...

Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour piano et orchestre No 20 en ré mineur, KV 466, Clara Haskil, Orchestre National de la Radiodiffusion Française, Paul Hindemith, 22 septembre 1957, Festival de Montreux

1. Allegro............................................................................14:40 (-> 14:40)

2. Romance........................................................................09:10 (-> 23:50)

3. Rondo. (Allegro assai)....................................................07:31 (-> 31:21)

Provenance: Radiodiffusion

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  • Pierre-Marie Epiney

    Cher René, je n'ai pas remarqué tout de suite qu'il suffisait de cliquer sur les images pour entendre cette merveille jouée par l'inimitable Clara Haskil. Merci de la peine que vous prenez à choisir et mettre à notre disposition des enregistrements d'époque très bien choisis et mis en valeur par votre commentaire musicologique. De belles fêtes !

René Gagnaux
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28 mai 2023
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