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Au temps de la mob par Rémy Epiney

20 mai 2019
Pierre-Marie Epiney

Né en 1927, Rémy Epiney a vécu mille et une vies. Une série de capsules vidéos en témoigne.

Dans celle-ci, avec un humour tout personnel, il évoque le temps de la mobilisation à Cuimey, hameau situé sur la route d'Anniviers, entre Vissoie et Ayer :

"Dans une famille, ils avaient mobilisé le papa et le mulet. Ils ont écrit à Guisan pour demander s'il pouvait garder le papa mais libérer le mulet. "

C'est tout un pan de l'histoire anniviarde qui est contée dans cet extrait.

Deux échos de la mob et de la guerre dans le blog de Rose Bünter-Salamin (1927-2012)

du 2 mai 2007 et retranscrit par sa petite-fille Ivana :

L’année de mes 12 ans, 1939 à la déclaration de la mobilisation générale, je ressens l’affolement de certaines mamans en pleurs : « qu’avons-nous fait au Bon Dieu pour qu’il nous prenne nos hommes » ??

Une nouvelle période de vie commençait. Des tickets livrés par la commune, obligatoires pour l’achat de nourriture et d’habits, à la tombée de la nuit, obscurcissement totale dans la ville. Les ampoules électriques peintes en bleu, rideaux, tentures épaisses dans les appartements. Aux enfants des écoles, il était proposé de parrainer un soldat en lui envoyant colis et lettres afin de lui manifester notre amitié et admiration. Ma cousine Lily de tante Clémentine a été marraine fidèle pendant toute la durée des hostilités. Moi-même j’avais mon petit soldat dont j’ai actuellement oublié de quelle région de Suisse il venait. Je crois que je n’ai pas tenu pendant toute cette période. Nous en parlions entre nous avec fierté.

Nous étions en admiration devant notre Général Guisan. Il était beau, voix chaude, apaisante. Nous lui portions une réelle affection. En Suisse nous n’avons un GENERAL que pendant une période de guerre. Pour nous amuser le soir dans la nuit noire, sans lumière, le jeu de cache-cache était notre favori. Parfois les sirènes, avec leur bruit fort et strident, nous indiquaient que des avions ennemis, survolaient notre Valais, pour se rendre en Italie. Des trains blindés traversaient également nos cités

Notre papa Fridolin a été exempté du service pour cause de problèmes de santé graves. Je sais qu’il en a ressenti un peu d’amertume alors que ses collègues et spécialement son grand ami Léon, à l’époque capitaine, ont été appelés à servir, notre patrie.

Dans notre quartier nous avons vécu la cérémonie d’enterrement du soldat Charles Pfyffer, décédé à l’armée. Pour nous enfants que c’était triste et impressionnant. Musique militaire, drapeau sur le corbillard, tir d’honneur puis départ pour l’église. Le cercueil sur un char tiré par un cheval drapé d’un grand drap noir.

et du 7 mai 2007

Je reviens à la période de guerre 1939-1945. Epinglée dans notre appartement, une grande carte de l’Europe. Mon frère René se passionnait pour suivre l’évolution de la situation. A l’aide de petits drapeaux, il notait l’avancement ou le recul des armées belligérantes, se référant aux nouvelles de la radio. Je portais davantage d’intérêt aux réseaux de la résistance. Il s’y dégageait du mystère. Le Général de Gaule depuis Londres dirigeait la France-libre. Des messages codés chaque jours par la radio ; les français parlent aux français : « les sanglots longs des violons bercent mon cœur d’une langueur monotone » (poème de Verlaine), « les moutons paissent dans la prairie », « les marguerites sont cuites », etc.

Le chant des partisans nous remplissait d’émotions et éveillait en nous le sentiment patriotique : « Ami entends-tu le frisson des soldats qu’on enchaîne ici ; Ohé partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme, ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang ». La BBC accompagnait nos vies.

Dans notre région des camps pour réfugiés ont été aménagés. A Chalais pour les polonais, dans la forêt de Finges pour les juifs. Les contacts avec notre population étaient bons et chaleureux. Nous avions peine pour ces personnes déracinées. Avec mon amie Jeannette, par un dimanche ensoleillé nous avons rencontré un jeune de notre âge, jeune français israélite. Fraternellement nous lui avons fait découvrir les jardins, la grotte, la tour du château Mercier. Je le revois, petit fluet, visage pâle, cheveux bouclés surmontés de sa kippa (calotte).

En Suisse nous étions solidaires. Le plan Wahlen qui régissait la répartition des biens de la terre, (fruits, légumes etc..) a permis de vivre décemment à la population. Pendant toute la période de guerre, il a été décrété « aucune augmentation permise pour les denrées alimentaires » (exemple : prix de 1 kg. de pain 40ct. l lt. de lait 35ct. etc.). Nous avions foi et beaucoup d’admiration pour notre Général Guisan.

Le 8 mai 1945, l’armistice qui signifie fin des hostilités. C’est la grande fête partout. Retour des lumières, joie dans les cœurs. Jeannette, Marius, Raymond et moi-même, jusqu’au petit matin nous avons chanté et dansé au café du commerce qui n’existe plus actuellement et a été remplacé par la Taverne sierroise. A six heures le matin il fallait être en forme pour la procession des rogations…. (prières publiques faites pour attirer sur les vignes et les champs, la bénédiction de Dieu). J’en reparlerai de nos rogations.

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