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Un atelier de photographie en 1906

© Emile Gos
Sylvie Bazzanella

Biographie :

Emile Gos (1888-1969) fils d'Albert, frère de Charles et François.
Formation de photographe auprès de Rodolphe Schlemmer, à Montreux. Se perfectionne à Paris jusqu'en 1911 et Londres jusqu'en 1913. S'installe à Lausanne en 1914, à la rue Haldimand 15 puis, de 1916 à 1923, dans l'ancien atelier de Robert de Greck, aux Escaliers du Grand-Pont 4. Dès 1929, on le trouve au Petit-Chêne 20. Passionné de montagne, il réalise principalement des photographies de paysage.

"...Emile Gos écrivait comme au courant de la plume. C'est gai et spontané, toujours vrai".

Edmond Pidoux

Le texte ci-dessous est extrait de : EMILE GOS - Souvenirs d'un chasseur d'images

Un atelier de photographie

Chez le photographe où je fis mon apprentissage, les « clients » se succédaient sans arrêt de quart d'heure en quart d'heure ; le salon d'attente ne désemplissait que rarement.

A cette époque bénie pour les photographes, c'était la mode de commander son portrait par douzaines d'exemplaires ; on croyait faire plaisir à sa parenté, proche ou lointaine, en la bombardant de sa propre image, dans une pose toujours avantageuse, au sourire figé, sans se douter que la plupart du temps ces photos s'en allaient rejoindre une quantité d'autres au fond d'un tiroir !

On livrait les épreuves dans la quinzaine et la commande un mois plus tard. Personne n'était pressé, ni dans la vie, ni dans les affaires. Les guerres n'existaient plus. Il y en avait bien eu une vers 1870, mais peu de personnes en parlaient et un avenir, comme une interminable campagne ensoleillée, s'ouvrait devant vous jusqu'à l'éternité !...

Ces anciens ateliers de photographie étaient vitrés de tous côtés, car on opérait exclusivement à la lumière du jour. On y gelait en hiver, on y était rôti en été !

De multiples petits rideaux bleus, glissant à volonté sur des fils de fer tendus et qu'on manipulait avec une longue canne, tamisaient la lumière et permettaient de « faire » l'éclairage. Les projecteurs électriques n'existaient pas encore, on était obligé, les jours sombres ou en hiver, de s'arrêter de photographier dès 16 heures !

Ces ateliers étaient encombrés d'accessoires hétéroclites aussi nombreux que variés, dont on entourait la personne qui posait, afin qu'elle se sente plus « naturelle » !...

Des fonds de toile peinte, représentant de somptueux parcs, genre anglais, faisaient la joie des couples qui posaient en « pied», adossés négligemment à une rustique barrière en carton imitant à s'y méprendre le vrai bois. Pour les groupes de famille, on créait l'atmosphère du home familial en aménageant , dans un coin de l'atelier des tentures, un canapé en velours rouge, des guéridons à pompons et une bibliothèque factice où le dos des livres était peint sur le carton. Dans les albums, où l'on ne mettait bien entendu que les photographies des jolies personnes, les clients choisissaient le genre de pose qu'ils désiraient prendre. Ainsi une dame recommandait que sa fille, jeune fiancée intimidée qui l'accompagnait, ait une pose « très comme il faut » !...

A de jeunes mariés, couverts de fleurs d'oranger, aux mains entrelacées, se regardant amoureusement dans les yeux, succédait parfois une femme, genre actrice, à l'air très décidé, qui voulait un « grand décolleté » où l'on s'efforçait de cacher, dans les flots de mousseline, ses charmes aux formes trop apparentes ! Le plus drôle, c'était le monsieur, très bien de sa personne, qui posait « en pied », avec ou sans tubette, canne et gants beurre dans une main, l'autre posée négligemment sur une haute sellette, les cheveux pommadés, la raie au milieu, les coins de sa moustache bien relevés. Le menton engoncé dans un haut faux-col, son veston à quatre boutons, tous boutonnés sur un gilet très fermé, il était persuadé avoir l'air naturel. Il fallait encore prendre garde à ce que l'on vît bien sa pochette brodée, que ses manchettes rondes qui devaient dépasser les manches fussent bien visibles et faire en sorte que son pantalon, qui s'arrêtait à la cheville, laissât bien apparaître les bottines à boutons !...

J'allais oublier, dans cette description, le rôle important que jouait à cette époque, l' « appuie-tête ». Aucune pose ne se faisait sans lui. Que les gens posassent en pied, en mi-corps, en buste, assis ou debout, il fallait disposer derrière eux cet affreux engin de fonte, très lourd, mal équilibré, difficile à déplacer, mais permettant aux gens de s'appuyer sur lui en toute sécurité sans avoir peur de bouger pendant la prise de la photographie qui durait parfois jusqu'à trois ou quatre secondes. L'appuie-tête, pour nous les apprentis, du moins pour celui qui faisait l'aide-opérateur, était notre bête noire, car régulièrement, en approchant la tige de fer horizontale contre la nuque des gens, on décoiffait les dames si elles posaient en buste, ou on le laissait tomber sur les pieds des messieurs s'ils étaient debout.

Un dernier mot encore concernant la retouche. Les gens tenaient, non pas à être naturels, mais flattés, surtout le sexe féminin ! Aussi, au moyen du crayon, du pinceau et du grattoir, arrivait-on à les rendre méconnaissables, mais flattés. J'entends encore une dame dire : » Peu importe si je suis pas ressemblante, pourvu que je sois jolie ! »

Emile Gos

© 1982 by André Groux, Lausanne

Editions de la Section des Diablerets du Club Alpin Suisse, Lausanne

Imprimerie A. Groux, Lausanne

Avec l'aimable autorisation de Monsieur André Groux.

Photographies de Emile Gos à découvrir sur le site de notre ami et membre Luc Saugy, ICI

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