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Temps Présent a 50 ans: Jean-Jacques Lagrange raconte Repérage

8 avril 2019
David Glaser
notreHistoire

Le magazine Temps Présent va fêter ses 50 ans jeudi 18 avril. 60 ans si on inclut l'ancêtre de l'émission Continent sans visa. Une émission, à la longévité exceptionnelle, qui va réunir sur un plateau toutes les personnalités qui ont construit l'histoire du programme. Temps Présent, produit par Alexandre Burger, a diffusé environ 3500 reportages en cinquante ans. Il y en a eu précisément 557 pour l'ancêtre Continent sans visa. Analyse de cette histoire avec le pionnier des réalisateurs de la TSR Jean-Jacques Lagrange, interviewé au téléphone ce lundi 8 avril. Lagrange a vécu les deux époques du magazine et garde des souvenirs très précis de cette saga.

notreHistoire.ch*:* Les origines de Temps Présent remontent en réalité aux débuts de la TSR, avec le petit pool de réalisateurs que vous formiez avec Claude Goretta et Jean-Claude Diserens, auxquels il faudra rajouter François Bardet et Gilbert Bovay-Cohen?

Jean-Jacques Lagrange: Oui, ça remonte à 1954, aux débuts de la TSR, c'était trois réalisateurs qui faisaient toutes les émissions. On voulait raconter en images les faits de société de ce monde. On a eu une idée en 1958: mettre trois réalisateurs à la production de trois émissions mensuelles, une ayant lieu en Grande-Bretagne et puis une en Italie et une autre en France. Jean-Claude Diserens s'occupait de l'émission française "Aux quatre coins de Paris", c'était le même schéma pour "En écoutant Big Ben" de Claude Goretta et moi je m'occupais d' "Autour du Colisée" à Rome. Les correspondants de presse dans ces capitales européennes envoyaient à la télévision à Genève une sélection de coupures de presse, de cartoons ou de photos. Le réalisateur mettait tout en forme et un présentateur était chargé de partir à l'antenne pour faire le lancement du ou des reportage(s).

nH: La saison 58-59 a été importante pour vous et vos collègues de la télévision, pourquoi?

Jean-Jacques Lagrange: Oui, elle a été importante car Claude Goretta, Jean-Claude Diserens et moi-même sommes allés voir le directeur René Schenker pour lui proposer un vrai magazine mensuel avec des reportages originaux. En janvier 1959, la France avait lancé Cinq colonnes à la une. Panorama, le magazine de la BBC avait quant à lui vu le jour en 1953. Il y a une filiation dans ce qu'on voulait faire, nous la petite télévision suisse, toute petite à l'époque et ces autres monuments de la télévision. On comptait dans nos rangs une dizaine de réalisateurs pour toutes les émissions en live, avec les dramatiques, la variété. René Schenker a accepté cette idée et c'est en novembre 1959 que l'on a commencé. On peut donc dire que ça fait même 61 ans que l'on produit des magazines sur la RTS puisqu'en "En écoutant Big Ben" date de 1958. En 1959, on pouvait entendre parler de la vie des peuples. Continents sans visa était lancé et notre objectif était de couvrir autant de sujets suisses qu'étrangers. Il faut se remémorer que la télévision commençait seulement à cette époque à pénétrer les foyers.

Reportage de Continent sans visa sur la révolution argentine en 1966 (photo d'Albert Pasquier)

nH: Vous avez été influencé par une télévision venant justement de l'étranger, c'est bien ce qui est apparu nouveau en Suisse, un regard de chez nous mais avec des méthodes de filmage inspirées d'ailleurs, c'est bien ça?

Jean-Jacques Lagrange: On prenait en effet exemple sur le nouveau cinéma direct déjà en pratique sur les chaînes nord-américaine et en France. On avait pas encore les chaînes de nos pays frontaliers mais quand elles sont arrivées, cela a créé une concurrence très forte. Ce n'était pas réciproque car le centre de la France ne pouvait pas recevoir les programmes de la télévision romande. Pour les Suisses, c'était un luxe de pouvoir se comparer avec les voisins allemand, français et italien, cela nous forçait à bien travailler. Et ça marchait, nos taux d'écoute atteignaient les 40%.

nH: Aviez-vous une totale liberté éditoriale?

Jean-Jacques Lagrange: Oui, la télévision avait une dimension humaine et le directeur René Schenker nous laissait une liberté totale dans la création de l'émission. On avait un collectif de cinq réalisateurs qui proposait des sujets qui pouvaient être ancrés en Suisse ou à l'étranger. On a eu une vision cinématographique de nos reportages, et ce grâce à l'extraordinaire qualité des cameramans. Des gens doués, formés au cinéma direct. Ils étaient une vingtaine et on pouvait se fier totalement à leur sens du cadrage, la qualité générale des prises de vues, des règles communes respectées.

nH: Combien de reportages ont été réalisés d'après vous?

Jean-Jacques Lagrange: Je pense autour de 4000 en tout sur 60 années, 3500 pour Temps Présent et 547 pour Continents sans visa, pour un total de 2388 émissions d'après nos calculs. Le plus marquant pour moi est le reportage sur la campagne de Robert Francis Kennedy qui a proposé pour l'époque un regard différent sur l'événement qu'était une campagne de primaires démocrates avant l'élection présidentielle. On était le 6 juin 1968 quand il a été assassiné à Los Angeles. A cette époque, il n'y avait pas de transmission d'images par satellite. Les images étaient transportées par avion et elles étaient montées trois jours plus tard. La télévision américaine qui suivait à travers ses networks ABC, CBS et NBC lui collait aux bottes et recueillait tout ce qu'il disait. Nous voulions raconter le candidat et sa campagne avec un regard différent, qui tournait autour du candidat Robert Kennedy, c'est ce qui a fait notre force. On avait le meilleur cameraman de l'époque, on avait prévu de raconter l'envers du décor du marketing politique à l'américaine, on avait prévu de partir à New York pour interroger l'agence de publicité en charge de cette campagne et d'ensuite aller à Washington. Mais il y a eu son assassinat qui m'a forcé à rentrer immédiatement avec les images que l'on avait pour produire un montage pour Continent sans visa pendant que mes collègues restaient sur place pour filmer l'hommage à la Cathédrale Saint Patrick puis aux obsèques à Washington. On a finalement décidé de finir le document sur les images très fortes de la cérémonie new-yorkaise.

Reportage de Continent sans visa sur la campagne de Robert Kennedy à la primaire démocrate en 1968 (photo d'Albert Pasquier)

Pour vous, y a-t-il un point commun entre vos années Continents sans visa et Temps Présent?

Jean-Jacques Lagrange: Oui, il y a une filiation entre les deux époques et même entre la première équipe incarnée par Claude Torracinta et Jean-Philippe Ceppi. François Bardet avait écrit un livre sur toute l'histoire de Continents sans visa. Il a d'ailleurs rédigé une filmographie précise des 547 reportages. Le livre n'a malheureusement pas été publié, le manuscrit a été déposé aux archives de la télévision. Il a résumé cette filiation entre la période Claude Torracinta et celle de Jean-Philippe Ceppi.

Claude Torracinta, premier rédacteur en chef de Temps Présent avec le mathématicien ukrainien dissident soviétique Leonid Plioutch. (photo RTS)

Propos recueillis par David Glaser.

Une émission spéciale sur les 50 ans de Temps Présent, en présence des anciens collaborateurs, sera diffusée le 18 avril prochain, cinquante ans tout juste après sa création. Elle sera présentée par Esther Mamarbachi.

A lire aussi: l'histoire de la télévision suisse de Jean-Jacques Lagrange et le témoignage de Claude Torracinta. L'interview de Jean-Claude Ceppi, l'actuel présentateur et rédacteur en chef de l'émission est à lire ici.

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