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Le Grand Hôtel du Pont

Le Pont,

L’inauguration du Grand-Hôtel du lac de Joux, au Pont, aura lieu dimanche prochain 14 juillet. Le programme comporte visite de l’hôtel, banquet, éventuellement promenade sur le Caprice, puis collation.

La Revue lundi 8 juillet 1901 Scriptorium BCU

Inauguration de l’Hôtel du lac de Joux.

Il avait une fois trois petits lacs bleus. Le ciel s’y mirait paisiblement.

Des forêts de sapins et des rochers escarpés leur faisaient un cadre exquis. Une population d’agriculteurs, de forestiers et d’horlogers coulait sur leurs bords des jours heureux et monotones. En été, quelques familles françaises et genevoises venaient, dans de bonnes vieilles auberges, savourer des truites ou des brochets fraîchement arrachés la profondeur des eaux.

Mais la vieille patache qui amenait les touristes marchait bien lentement. Il fallait un chemin de fer. On le fit. En hiver, les lacs gelaient. Quelle belle glace ce serait pour l’été, découpée en petits morceaux On scia la glace et on l’emmagasina dans de vastes entrepôts.

On découvrit ensuite que les auberges étaient trop petites pour recevoir tous ceux qui voulaient séjourner.

Il fallait un hôtel, Un grand hôtel de montage, avec tout le confort moderne. Entre le désir et la réalité, il n’y avait que quelques centaines de mille francs. On les trouva, Et voilà pourquoi nous avons inauguré dimanche le Grand hôtel du lac de Joux.

Nous l’avons inauguré avec tout le tralala traditionnel cortège, musique, banquet, discours. Toutes les fées du monde moderne assistaient au baptême du nouveau-né les médecins, pour lui prédire longue vie les financiers pour lui souhaiter des jours tissés d’or et d’argent ; les journalistes, pour rédiger l’acte de naissance. Le tout fut précédé, accompagné et suivi d’un déluge d’harmonie, de bonnes paroles et d’excellentes bouteilles, lesquelles provenaient des celliers de M. Constant Blanchod, à Montreux, qui en ont encore bien d’autres, ce que nul ignore.

Le cortège nous conduisit l’hôtel assez temps pour visiter l’immeuble, tandis que les truites, l’aloyau et les poulets mijotaient dans l’ombre propice des cuisines. Cet hôtel est très bien. On l’a mis flanc de coteau, sur une jolie esplanade, dans l’endroit le plus abrité de la vallée. Il domine le lac d’une quarantaine de mètres.

Construit par MM.de Morsier et Weibel, Genève, il se présente sous la forme un peu massive des maisons toit plat. Ses cinq étages aux volets vert-clair renferment 120 lits, une grande salle manger, des salons de musique, de lecture, des billards, une installation d’hydrothérapie, une salle de gymnastique, une salle de travaux manuels nouveauté due M. le Dr Yersin, une chambre noire, etc. Une magnifique terrasse-véranda s’ouvre au sud sur le lac et fera le bonheur des pensionnaires pendant les journées d’hiver.

Car l’hôtel sera ouvert toute l’année. Il ne recevra pas de tuberculeux ce sera un hôtel d’étrangers et un séjour d’agrément, qui pourra aussi être utile aux personnes fatiguées, anémiées, surmenées, neurasthéniques au premier degré. Un médecin très avantageusement connu, M. le Dr Yersin, est attaché l’établissement. La position très abritée de l’hôtel, le voisinage des forêts en été, de la glace du lac de Joux en hiver, donnent la nouvelle création de MM. de Morsier et Weibel des chances de succès sérieuses.

Les hôtels modernes se ressemblent fort, en général. Celui-ci a, comme ses rivaux les mieux compris, un hall, de vastes corridors, le chauffage central, des bains tous les étages. Les peintures sont tenues dans des tons vert d’eau. Les boiseries sont passées au copal. Le tout un air très propre et confortable. Les meubles ont été fournis par des maisons de Genève et par la Société d’ameublement de Lausanne. La lustrerie été faite par la fabrique du Pont. La menuiserie sort de l’Usine de l’Abbaye, dirigée par M. Julien Meylan.

Des coups répétés de gong viennent rappeler les visiteurs la salle à manger, dont le coup d’œil est charmant, avec ses grandes tables chargées de fleurs rustiques et de cristaux. Le menu est la fois simple et copieux, sainement préparé. La fraîcheur des vins nous rappelle qu’on est dans le voisinage des glacières du Pont. Enfin, dès les premiers couverts, la Jurassienne attaque un programme de choix, dans lequel Mendelssohn, Mozart et Beethoven voisinent avec Flotow et Barcone.

Au champagne, les discours commencent sous la présidence de M. Cuénod. Nous voudrions pouvoir les résumer ici, mais la place nous est mesurée aujourd’hui. On lit tout d’abord les lettres ou dépêches d’excuse des absents. Puis, M. Benjamin Lecoultre, président du Conseil d’administration de la Société, fait en termes très heureux l’historique du nouvel hôtel et rend hommage tous ceux qui s’y sont intéressés. Il énumère les avantages de la construction et de la contrée et termine en portant un toast aux bonnes relations avec les Genevois, qui ont beaucoup fait pour la Vallée, et la prospérité du nouvel hôtel.

L’architecte, M. de Morsier M. Nicole, régisseur Genève, l’auteur de la charmante notice sur la vallée de Joux et le Pont, que l’on distribuée aux convives M. le préfet V. Golay M. Peyronny, président du Conseil d’administration du Petit Marseillais M. Meylan, président du tribunal M. Noguet, de. Vallorbe M. Cendrier, chef de gare Pontarlier M. le professeur Larguier M. Ernest Rochat, ancien député ; M. John Capt ; M. Cuénoud directeur de l’hôtel de Vallorbe, d’autres encore prennent tour à tour la parole. Rien, ni personne n’est oublié dans ce feu de file de toasts, aussi justifiés que bien dits. On parle de la patrie, des deux républiques sœurs, de cette belle contrée, des promoteurs de l’entreprise et de leurs collaborateurs, des autorités si progressistes du hameau du Pont, de la Jurassienne, dont le directeur, M. Guignard, fait une harmonie excellente capable de rivaliser avec les musiques étrangères. Les heures s’écoulent trop vite et quand on se lève de table, les oreilles charmées et l’estomac paresseux, le soleil décline l’horizon brumeux.

Avant de quitter le Pont, on va cependant faire une visite la Fabrique de lustres, créée avec le concours financier de la Commune et du hameau. C’est une industrie toute nouvelle, qui occupe environ 80 personnes. Le personnel est presque exclusivement allemand, en attendant qu’on ait formé des apprentis dans le pays. On parcourt successivement tous les ateliers, depuis les bureaux où les dessinateurs créent les modèles, jusqu’aux salles de tournage, ciselage, galvanoplastie, fonte, etc. On nous montre les produits achevés de la fabrique, qui sont déjà très demandés en Suisse et font une heureuse concurrence aux articles étrangers. La maison prépare en ce moment toute la lustrerie du casino de Bel Air. Cette visite trop rapide terminée, quelques-uns s’en vont encore voir les glacières dirigées par M. Golay d’autres poussent jusqu’aux Charbonnières ou l’Abbaye. Le dernier train ramène tout le monde la gare, dans l’enchantement de cette journée de grand air et de cordialité.

Nous ne terminerons pas sans porter à notre tour un petit toast personnel de remerciement M. Benjamin Lecoultre, M. Ernest Rochat, M. le Dr Yersin, et tous ces excellents amis de La Vallée, qui ont fait les honneurs de leur charmant pays avec une complaisance et une bonne volonté que rien ne lassait.

La Revue lundi 15 juillet 1901 Scriptorium BCU

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Yannik Plomb
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12 février 2022
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