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Auto-stop à travers les Vosges... quelle aventure !

novembre, 1960
Strasbourg, Nancy, France
Claire Bärtschi-Flohr

Hier, je suis allée consulter Facebook pour y chercher la trace d’un ancien camarade de l’Ecole Nationale Supérieure de théâtre de Strasbourg. Nous y avons étudié ensemble pendant trois ans, de l’automne 1960 à l’été 1963, des années marquantes.

Je n’ai pas été déçue car Benoît Allemane est un acteur qui a fait une belle carrière à Paris, à la télévision. Il a joué dans des séries et des films (par exemple, il a interprété St-Exupéry dans une série sur l’Aéropostale) et surtout comme doubleur de voix pour le cinéma. Il possède en effet une belle voix profonde.

Cela m’a rappelé un très vieux souvenir, qui date probablement de l’automne 1960.

En Alsace, même en ville de Strasbourg, les dimanches étaient mortellement ennuyeux. Il n’y avait personne dans les rues… Tous les magasins et un grand nombre de restaurants étaient fermés… Le tourisme n’était pas encore passé par là.

Nous autres étudiants, nous n’avions pas de contact avec la population.

Un jour, Benoît, en fin de semaine, m’invita à passer le dimanche, chez lui, à Nancy. Il me fit mille recommandations : « surtout, ne fais pas d’auto-stop, le passage des Vosges est assez désertique et tu risquerais une mauvaise expérience. » Je décide donc de prendre le train et nous convenons que Benoît viendra me chercher à la gare de Nancy à midi.

J’habitais alors une chambre à la Cité Universitaire qui se trouvait sur la droite du Boulevard de la Victoire, chambre que je partageais avec Françoise Waegeli, elle aussi genevoise et étudiante de l’école. J’avais dû faire la fête le soir précédent car je ne me suis pas réveillée à temps pour prendre le train.

Je me revois encore enfourcher mon vélo. C’était une belle journée d’automne ensoleillée. J’ai pédalé sur les boulevards extérieurs qui longent le grand hôpital civil et je suis arrivée à la gare. Je m’étais dit que je pourrais tenter d’y louer une voiture. Fière que j’étais d’avoir obtenu mon permis de conduire quelques mois plus tôt. Mais j’étais bien naïve. Arrivée dans le garage qui louait des véhicules, j’appris qu’il fallait laisser une caution très importante. Bien sûr, je n’avais pas l’argent. Et les cartes de crédit n’existaient pas encore en ce temps-là. J’étais très ennuyée et ne savais comment atteindre Benoît pour lui conter ma mésaventure et lui dire de ne pas venir me chercher à la gare de Nancy. J’étais là, dans ce garage, toute désemparée, lorsqu’une 2 CV est arrivée pour prendre de l’essence et son conducteur, un jeune homme d’allure un peu chiffonnée, m’aborde. « Je vais à Nancy », me dit-il. « Venez avec moi. ». Il portait des lunettes cassées, dont les montures étaient rafistolées avec du sparadrap.

J’hésitais… je n’avais pas trop confiance et les avertissements de Benoît me revenaient en mémoire. Mais je n’ai pas hésité longtemps. Cela m’ennuyait vraiment que Benoît m’attende vainement à Nancy sans que je puisse l’avertir. Je ne savais même pas si ses parents avaient le téléphone et il ne m’avait pas donné leur numéro. A l’époque, le téléphone inter-villes n’étais pas très répandu et coûtait cher. Cela paraît incroyable, maintenant que nous voilà tous reliés jour et nuit par nos téléphones portables.

Je suis donc montée sur le siège du passager et nous sommes partis, la brave 2CV brinquebalant gaiement.

Il y a environ 140 kilomètres de Strasbourg à Nancy. Nous avons roulé sans problème pendant la moitié du trajet. Soudain, mon compagnon a arrêté la voiture sur le bord de la route. En pleine montagne ! Je me préparai mentalement à saisir ma chaussure pour me défendre en lui assénant un coup de talon sur ses affreuses lunettes... Mais il se tourna vers moi, tout penaud, et me dit : « J’ai fait la fête hier soir, j’ai terriblement sommeil. Puisque vous avez le permis, conduisez jusqu’à Nancy, si cela ne vous ennuie pas ». Nous avons échangé nos places. J’ai conduit avec plaisir jusqu’à Nancy et j’ai dû réveiller mon compagnon profondément endormi pour lui demander de me guider à travers la ville.

J’étais à l’heure pour mon rendez-vous avec Benoît. Je suis donc sortie de la voiture et j’ai remercié son propriétaire. Je lui ai demandé son nom et il m’a dit « Dominique R.... de la Roche Beaucourt ». J’ai longtemps pensé qu’il s’était payé ma tête… car cela sentait son vieux noble… J’ai pensé qu’il se moquait de moi. J’ai cru qu’il ne voulait pas me donner sa véritable identité...

Mais c’est pas sûr… Soixante ans après, j’ai tapé ce nom sur internet. J’ai découvert qu’il existait en France deux Dominique R...., j’ai appris que le nom de famille "R...." était un nom peu répandu, et qu’il existait une petite ville de Dordogne qui s’appelait La Rochebeaucourt ! Alors ?…Qui sait ? Il m’avait peut-être tout simplement dit son nom et le nom de la ville qu’il habitait ?

Illustration :

Route de France, juillet 2016 (route Apt-Forcalquier)

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Claire Bärtschi-Flohr
936 contributions
8 septembre 2021
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