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Le lac souterrain, un "bénéfice" du tremblement de terre

1946
Barthélémy Gillioz
Barthélémy Gillioz

Le lac souterrain, un "bénéfice" du tremblement de terre

Comment ne pas évoquer le fameux lac souterrain de St-Léonard, lorsqu’on parle du tremblement de terre de 1946 ? Cette grotte était connue depuis fort longtemps, comme l’atteste la première trace écrite qui la signale en 1812 :

« Au levant du village, sous la route qui conduit à Lens est une grotte souterraine vraiment admirable ; on y voit sur sa tête une grande voûte de rocher, d’où tombe goutte à goutte dans un bassin qui se trouve au bas, une eau claire et pure ; elle est près d’une forêt d’ormeaux sauvages. »

  • Hildebrand Schiner, Description du Département du Simplon, 1812

Des dires plus ou moins fantaisistes laissent entendre que les vignerons y mettaient rafraîchir leur baril de vin, ou que des audacieux auraient tenté d’y lancer « des planches munies de chandelles qui s’éteignaient bien vite », comme l’écrit André-H. Grobet. Mais il semble que la peur, associée au manque de moyens techniques, ait dissuadé quiconque de percer le mystère de ces eaux souterraines.

En 1943, Jean-Jacques Pittard et Jacques Della Santa pénètrent dans la grotte à bord d’un canot pneumatique et poussent jusqu’à la plage du fond : ils n’en croient pas leurs yeux… Pittard informe de sa découverte Georges Amaudruz, qui se trouve à la tête d’une section du Service de Reconnaissance Souterraine de la Brigade de Montagne 10, chargé, pendant la IIème Guerre Mondiale, d’explorer cavernes, grottes et souterrains. Amaudruz et ses hommes vont effectuer un relevé topographique du lac, après quoi la Société Suisse de Spéléologie va étudier la formation de ce phénomène.

Et le tremblement de terre survint

En 1944, la Société de Développement de St-Léonard, tout fraîchement constituée, pressent les avantages qu’il y aurait à tirer de ce site, mais sa demande d’exploitation reste sans suite. Survient alors le tremblement de terre du 25 janvier 1946, dont l’un des effets est de faire baisser les eaux du lac, entraînant un accès facilité et une exploitation réalisable sans devoir recourir à un pompage.

Le délai de cinq ans imparti à la Société de Développement arrivant à échéance en 1949, le Conseil municipal accorde à Ernest Bovier et à Tony Andenmatten une autorisation d’exploitation de trois ans.

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« Je suis rentré avec Nécon Bovier sur une sorte de canot avec une bougie ; après ils ont fait faire les barques à Ebiner »

« J’ai tenu la lampe pour Andenmatten pour visiter le lac. »

Sous le charme du lac

Le 28 juillet 1949, les représentants des journaux valaisans sont convoqués pour une conférence de presse qui fait l’unanimité : tout le monde est sous le charme du lac souterrain.

« Hier après-midi, les journalistes du canton ont été reçus par MM. André Gillioz, Ernest Bovier père et fils, Antoine Andenmatten et Denis Barmaz à la nouvelle grotte de St-Léonard. (…) M. Paul de Rivaz, au nom de l’Association Touristique du Centre, avait appuyé le projet de faire de cette grotte un lieu de promenade, d’excursion, d’arrêt pour les touristes. (…)

Les journalistes ont visité la grotte sur une barque et ont été étonnés de voir qu’il ne s’agissait pas d’une simple faille comme le croient encore nombre de personnes.

Une collation, très bien servie par MM. Brunner et Bovier, attendait les journalistes à la sortie. Au cours de celle-ci, M. Paul de Rivaz [au nom de l’Association Touristique du Centre], M. Bitz président de St-Léonard, M. André Marcel et M. Pierre Darbellay, directeur de l’Union Valaisanne du Tourisme, adressèrent quelques paroles pour relever les mérites de ceux qui ont eu l’idée d’exploiter cette grotte, après l’avoir rendue accessible aux touristes.

M. André Grobet, spéléologue avisé, fit l’historique de la Grotte et expliqua le côté géologique de cette merveille, sur laquelle nous reviendrons au cours d’un article plus détaillé. »

Journal et Feuille d’Avis du Valais, 29 juillet 1949

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Cette inauguration officielle, doublée d’une conférence de presse, provoque en Suisse et à l’étranger toute une série d’articles de presse qui auront un grand retentissement ; on parle, en effet, de 9'000 visiteurs pour la saison 1950, tant et si bien qu’au printemps 1952, le Conseil municipal décide d’élargir la route menant au lac depuis la route cantonale et envisage la location d’une parcelle appartenant au Bénéfice Cure pour le parcage des voitures.

« Le parc à voitures se trouvait dans la sainfoinerie de la Cure [côté Domino]; au sud, il y avait un terrain en contrebas, propriété de Joseph Clivaz, qui a été égalisé par la suite. »

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Inauguration en grande pompe

Le 27 mai 1950, le site est béni par le curé Oggier, en présence des autorités civiles et religieuses locales, ainsi que d’autres personnalités parmi lesquelles il faut citer M. Savioz, délégué de l’Etat, M. Fritz Erné, secrétaire de l’Union Valaisanne du Tourisme, M. Alexis de Courten, président de la section valaisanne du Touring-Club, M. Grobet, président de la Société des Spéléologues valaisans, MM. de Rivaz et Dupuis de l’Association Touristique du Centre, ainsi que MM. Lucien Lathion et Meizoz, chefs de gare de Sierre et Sion.

« Les invités furent conduits en barque jusqu’au fond de la grotte, sur un promontoire formé par du limon, où se déroula la cérémonie religieuse. Le lac souterrain fut béni dans un décor impressionnant, à la lumière des bougies qui donnaient un relief saisissant aux stalagmites et aux stalactites se dressant comme des ombres fantastiques. Après la bénédiction par M. le Révérend Curé Oggier, une statue représentant Notre-Dame des Gouffres, patronne des spéléologues, fut scellée dans une cavité schisteuse, au fond de la grotte. »

Journal et Feuille d’Avis du Valais, 30 mai 1950

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Les exploitants

Le contrat d’Ernest Bovier et Tony Andenmatten arrivant à échéance en 1952, ce sont Frida et Fernand Dummermuth-Gillioz qui prennent le relais pour une dizaine d’années. Ces derniers innovent entre autres en proposant aux visiteurs un horaire d’ouverture inédit, allant de 7 heures le matin jusqu’à 23 heures (publicité parue dans le Nouvelliste Valaisan du 10 juillet 1954).

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« Je me souviens que Fernand Dummermuth se tenait au bord de la route cantonale, habillé en marin, pour inciter les automobilistes à s’arrêter… »

Les gérants du lac qui ont suivi ont nom Edouard Ruffieux, Patrick Nanchen, Jean-Marc Bürgi et actuellement Cédric Savioz. Signalons encore que l’exploitation du lac a dû être suspendue entre 2001 et 2003 pour des travaux de sécurisation de l’ordre de 2 millions de francs.

Où s'arrête le lac ?

On entend ici ou là qu’avant le tremblement de terre, le lac se prolongeait jusqu’à Granges. Rien n’est moins sûr, car il semble que, s’il y a bien eu un éboulement dans la zone intermédiaire, la partie la plus à l’est (côté Granges) n’ait pas été remplie d’eau. C’est du moins ce que laisse supposer André-H. Grobet dans son fascicule intitulé « Le lac souterrain de St-Léonard », paru en 1966 :

« Au cours de l’année 1956, quelques jeunes membres de la Société Suisse de Spéléologie habitant St-Léonard ont effectué quelques travaux de désobstruction dans les éboulis au fond de la grotte et ont découvert quelques nouveaux passages et petites salles. Comme ces travaux ont été faits à une altitude supérieure à celle de la nappe d’eau, les explorateurs se trouvent dans des régions sèches ne renfermant pas de nouvelles nappes. »

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Crédit photographique pour les clichés couleur :

copyright : Lac Souterrain de St-Léonard photo-genic.ch; Olivier Maire, avec l'autorisation de M. Cédric Savioz, directeur.

Crédit photographique pour les clichés noir-blanc :

Maya Andenmatten

Voir aussi :

LA TERRE TREMBLE ET LA LIENNE DÉBORDE
LA TERRE TREMBLE ET LA LIENNE DÉBORDE# Succession de catastrophes## 25 janvier 1946« La nuit a...

Accès à la page histoire et géologie du site officiel du lac souterrain,[ à cette page.]

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Pierre-Marie Epiney
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8 novembre 2021
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