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Emmanuel CHABRIER, Suite pastorale, OSR, Ernest ANSERMET, 1945

10 décembre 1945
RSR resp. RTS
René Gagnaux

Cette Suite pastorale est formée de quatre des «Dix pièces pittoresques» pour piano (les No 6, 7, 4 et 10), qu' Emmanuel Chabrier choisit d'orchestrer pour les concerts populaires d'Anger, où elle fut donnée en première audition le 4 novembre 1888, dans le cadre de l' Association artistique d'Angers sous la baguette du compositeur.

L' oeuvre fut très bien accueillie:

"[...] Jules Bordier, fondateur de l'association, ne put s'empêcher de faire part de son admiration: «Je suis véritablement sous le charme. Il y a fort longtemps que je n'ai pas assisté à l'éclosion d'une oeuvre musicale aussi intéressante. C'est une chose de tout premier ordre.» À quoi Louis de Romain répondait dans le journal Angers-Artiste: «Ce n'est pas seulement savant, c'est original et sincère.»

On a souvent dit que les Pièces pittoresques pour piano avaient été pensées pour l'orchestre. Roger Delage a noté qu'«un frisson nouveau impressionniste», parcourait cette composition, mise en valeur par une ardente «mélodie de timbres». Ravel saura se souvenir de la Suite pastorale de Chabrier dans son orchestration du Tombeau de Couperin, alors qu'auparavant, César Franck, intéressé par la musique ancienne, aurait évoqué l'extraordinaire lien qui relie la musique de Chabrier à celle de Couperin et de Rameau. [...] cité d'un texte publié en 2007 dans cette brochure du CD MIRARE MIR 036.

La transcription de Chabrier associe fantaisie, lumière et couleurs, dans un tourbillon de joyeuses sonorités:

"[...] Le premier morceau (Idylle) est une douce et naïve melodie, chantée alternativement par la flûte et le hautbois sur un accompagnement des cordes en pizzicato, reprise ensuite par les violons tandis que les bois semblent s'en moquer par d'amusants battements d'un curieux effet rythmique.

Le deuxième morceau (Danse villageoise) est une sorte de bourrée que l'auteur a dû prendre sur le vif dans son pays natal - Chabrier étant originaire du Puy-de-Dôme. Elle débute par un unisson des clarinettes, sans accompagnement, exposant la phrase principale qui passe ensuite dans tout l'orchestre avec la plus franche gaîté.

Dans la troisième partie (Sous bois) se rencontrent de jolies sonorités et d'ingénieuses combinaisons de timbres. Sur un murmure continu des basses, un motif mélodique, gracieux et sautillant , passe successivement par tous les instruments à vent pour aboutir chaque fois à une conclusion expressive chantée par les violons. C'est une composition poétique et originale.

Enfin, le quatrième morceau est un scherzo à trois temps, aurythme endiablé où tout l'orchestre s'agite avec frénésie. Au milieu du scherzo, formant ainsi une espèce de trio, se trouve une courte phrase de caractère humoristique, qui se termine par quelques mesures de valse - ce qui justifie sans doute le titre de Scherzo-Valse donné à ce morceau. [...]" cité de ce programme d'un concert donné le 16 novembre 1924 à Genève par l'Orchestre de la Suisse Romande sous la direction de Fernand Closset.

La plus ancienne mention de cette oeuvre sous la direction d' Ernest ANSERMET que j'ai pu trouver date du 10 octobre 1912, Ernest Ansermet dirigeant l'Orchestre du Kursaal de Montreux, dont il venait de prendre la direction:

"[...] LES CONCERTS DE MONTREUX

Ils se sont ouverts jeudi dernier sous la direction de M. E. Ansermet qui s'était consciencieusement préparé pendant l'été et a fait un remarquable début. M. Ansermet a accepté une lourde succession, venant après un maître de premier rang tel que M. de Lacerda. D'emblée cependant on a reconnu en lui un chef personnel et plein d'autorité, digne continuateur d'une tradition excellente. Les jeudis du Kursaal sont en bonnes mains. Dans son premier concert, M. Ansermet a interprété l'Eroica, le Carnaval romain, de Berlioz, l'exquise Suite pastorale, de Chabrier, et la «Siegfried's Rheinfart» du Crépuscule des dieux. [...]" cité de la Gazette de Lausanne du dimanche 12 octobre 1912, en page 2.

Par après, il l' a assez souvent mise au programme de ses concerts, par exemple le 10 décembre 1945 - 6e concert de l'abonnement de la saison 1945-1946 - donné au Théâtre Municipal de Lausanne, dans lequel il dirigeait son Orchestre de la Suisse Romande. Le compte-rendu entousiaste publié le jeudi suivant dans Gazette de Lausanne, en page 13:

"[...] Sixième concert de l'abonnement

Le concert dirigé lundi par M. Ansermet a été bref, substantiel et varié. Il débutait par la Symphonie en si bémol de Schubert, d'une fraîcheur constamment soutenue, que le caractère viennois à la simplicité alliée au sentiment rend particulièrement plaisante. Elle a été fort bien jouée.

Tous les habitués des concerts se faisaient une fête à l'idée d'entendre de nouveau le Prélude à l'après-midi d'un faune sous la baguette d'Ernest Ansermet: son succès a été aussi complet qu'il était en droit de l'escompter. Le prélude n'est jamais mieux dirigé que par lui: avec sa divination des moyens de l'orchestre et son sens profond du langage debussyste, le chef de l'Orchestre romand réussit à créer l'atmosphère d'une après-midi d'aoùt. Il semble que des bulles de chaleur crèvent dans le bleu du ciel: l'auditeur se sent enveloppé par la magie de cette musique, la première peut-être qui dans l'histoire ait rendu sensibles des impressions si subtiles. Ce fut exquis, car Ansermet avait dans les mains l'orchestre qui pouvait le mieux obtenir un tel résultat.

Le programme d'orchestre se terminait par un ouvrage savoureux, de l'esprit créateur et toujours curieux que fut Emmanuel Chabrier: la Suite pastorale. À chaque fois qu'on entend ses ouvrages on est surpris qu'il ait fallu si longtemps pour mesurer quelle place ce génial fantaisiste tient dans la musique française par la richesse et la personnalité de son invention. Avec lui on a toujours l'impression de l'improvisation. N'est-ce pas à Chabrier, d'ailleurs, que Verlaine disait dans un sonnet:

Votre génie improvisait au piano, Et c'était tout autour comme un brûlant anneau De sympathie et d'aise aimable qui rayonne?

Le poète n'aurait pu mieux traduire le sentiment du public... Par malheur, cette fantaisie si vivante a fleuri dans une époque où régnait le wagnérisme dont Chabrier fut l'admirateur impénitent, ce qui l'a détourné d'une verve à qui nous devons Espana, La bourrée fantasque et Joyeuse marche. À écouter leur frémissement rabelaisien, comment ne pas penser à ce «Panurge» que le compositeur rêvait d'écrire, en collaboration avec Raoul Ponchon?

De la «Suite pastorale» l'Idylle plaît par son caractère mélodique, la Danse villageoise par la truculence de l'Auvergnat qui était si apparent dans lé physique de Chabrier, le Sous-Bois par le ruissellement des sons et des timbres précieux, le Schérzo-Valse par l'éclaboussement sonore et parce qu'on a le sentiment d'y rejoindre le plaisir du musicien. L'exécution a été excellente et a ravi les abonnés. [...]" compte-rendu signé "R. de C." publié dans la Gazette de Lausanne du 13 décembre 1945, en page 13.

Les extraits du Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne cités ci-dessus sont rendus accessibles grâce à la splendide banque de données de letempsarchives.ch, qui est en accès libre sur la toile, une générosité à souligner!

Ernest Ansermet aimait tellement la musique d'Emmanuel Chabrier qu' il a donné le nom de "La Chabrière" à sa maison, à Rolle, Route de Gilly.

L' enregistrement de cette suite fut miraculeusement conservé dans les archives de la Radio, et rediffusé récemment dans la splendide série de Jean-Pierre AMANN « Poussière d'étoile - Les annales radiophoniques de l'OSR, épisode 1945». Comme dans sa présentation, Jean-Pierre Amann - resp. les archives de la RTS - datent ce document du lundi 10 décembre, il doit s'agir d'une prise de son effectuée par Radio-Lausanne - fait inhabituel pour un concert d'abonnement de l'OSR!

Ou bien, est-ce-que ce concert n'aurait été donné qu'à Lausanne?! Le site de l'OSR n'a effectivement pas de tel concert dans ses archives: le 6e concert d'abonnement de la saison 1945-1946 fut donné - avec un tout autre programme (oeuvres de Jean-Sébastien Bach, Claude Debussy, Arthur Honegger, Robert Schumann et Igor Stravinski) - le dimanche 16 décembre 1945 au Grand-Théâtre de Genève!

À noter que ce soir là un concert de l'OSR fut bien diffusé sur Sottens, mais le Journal de Genève n'en donne pas le détail: si une personne visitant cette page devait en savoir plus, toutes informations m'intéressent!

Gravé sur disques 78 tours acétate ou semblable, l' enregistrement est d'excellente qualité pour l'époque - toutefois par endroits avec pas mal de griffures ou autres dommages: je n' ai traité - avec ClickRepair, comme d'habitude - que les défauts les plus importants, afin de ne pas risquer d'endommager l' enregistrement lui-même: ça gratte donc encore, mais c' est - à mon avis - tout-à-fait acceptable pour un tel superbe document.

L' enregistrement que vous écoutez...

Emmanuel Chabrier, Suite pastorale, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 10 décembre 1945, Théâtre Municipal de Lausanne

1. Idylle 04:27 (-> 04:27)

2. Danse villageoise 04:02 (-> 08:29)

3. Sous-bois 05:18 (-> 13:47)

4. Scherzo-valse 05:15 (-> 19:02)

Provenance: Radiodiffusion, Archives RSR resp. RTS

Les quatres enregistrements présentés dans cet épisode 1945 de la splendide série de Jean-Pierre AMANN « Poussière d'étoile - Les annales radiophoniques de l'OSR, épisode 1945», sont tous des enregistrements exceptionnels - d'une qualité de prise de son remarquable pour cette époque - qui méritent d'être écoutés, et réécoutés!!

Le sommaire, avec les minutages sur les débuts de chaque séquence:

00:54 Frank Martin, Petite fanfare, Orchestre de la Suisse Romande, Edmond Appia, 15 juin 1945

Présenté dans cet article***(***https://www.notrehistoire.ch/medias/114699***) de Notre Histoire.***

02:54 Frank Martin, Première partie de In Terra Pax, Oratorio pour soli, 2 choeurs et orchestre, Madeleine Dubuis, soprano, Nelly Grétillat, alto, Ernst Haefliger, ténor, Paul Sandoz, bariton, Fernando Corena, basse, Maîtrise Protestante (chef de choeur: Roger Vuataz), Choeur de la Société symphonique (chef de choeur: Jean Dupérier), Groupe choral Ecole supérieure de jeunes filles (chef de choeur: Albert Paychère), Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 12 mars 1945

Présenté dans cet article***(***https://www.notrehistoire.ch/medias/114702***) de Notre Histoire***

27:28 Emmanuel Chabrier, Suite pastorale, pour orchestre, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 10 décembre 1945

47:43 Dmitri Schostakowitsch, fragments de la Symphonie no 7 en ut majeur, dite Leningrad, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 19 décembre 1945

Présenté dans cet article***(***https://www.notrehistoire.ch/medias/114704***) de Notre Histoire.***

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  • Renata Roveretto

    Cher René, excellente restauration au plus près des sons à l'état pur, ce qui rend l'écoute et ainsi, évidemment aussi la réécoute extrêmement plaisante..j'aime Merci

René Gagnaux
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12 août 2018
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