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1905: une fête des vendanges licencieuse? Repérage

1905
Neuchâtel
Valérie Clerc

Aujourd'hui, si le corso fleuri est indissociable de la Fête des vendanges de Neuchâtel , il n'en fut pas toujours ainsi. En 1905, c'est la mascarade nocturne qui déchaîne l'opinion publique. Cette liesse costumée représente un terrain propice aux comportements licencieux. Le courrier des lecteurs de la "Feuille d'avis de Neuchâtel" devient rapidement le théâtre d'un affrontement entre partisans et détracteurs de la manifestation. Les lettres croisées de MM. James de Meuron et Edouard Uhlmann permettent de saisir les antagonismes du moment.

L'avis d'un détracteur

Préserver les bonnes mœurs, éviter aux jeunes femmes de devenir des filles-mères et maintenir la sécurité des rues la nuit sont les principaux arguments avancés par le patricien James de Meuron. Pour lui, le cortège de la fête des vendanges, nouvellement lancé, attire à lui tous les maux. S'il pouvait choisir, il s'en déferait sans mal pour que Neuchâtel retrouve sa tranquillité.

A propos du cortège des vendanges

Saint-Blaise, le 10 octobre 1905.

Monsieur le rédacteur,

Veuillez accueillir, sous ma seule responsabilité, les lignes que voici: Il serait oiseux de polémiquer sur l'à-propos du cortège de dimanche dernier ; votre numéro d'hier a montré qu'il fut de toute évidence une imposante manifestation, qui répond à sa façon au besoin de distractions de notre grand public. (...) [Il] n'a rien à faire avec les vendanges, c'est entendu ; on nous l'a dit officiellement et nous nous en souviendrons les années prochaines ; il sera peut-être moins facile d'affirmer qu'[il] n'a aucun rapport avec les scènes de sensualité vulgaire. (...)

Pour ma part, j'ai vu, entre autres choses, avec intervalle de deux à trois minutes, vers dix heures et demie samedi soir, des groupes masqués de huit à dix individus se ruer sur des filles, les pourchasser jusqu'aux murs des bords de la place... Et, si ces filles-là n'avaient pas l'air, en général, de trop s'en scandaliser, qu'est-ce donc qui protégeait la passante d'à côté de subir, de beaucoup moins bon cœur les aménités de mâles à la curée. La sensualité s'affichait, répugnante elle avait droit de cité, semblait-il elle était maîtresse de la rue : c'est un fait qu'on pourrait difficilement contester. (...)

La faute est à la mascarade nocturne autorisée (...) qui permet aux convoitises d'un grand nombre de se donner carrière à l'aide d'un incognito propice. (...) Nos autorités rendraient service à cet égard en faisant connaître à l'occasion les bonnes raisons de la mascarade publique qu'elles autorisent. (...)

Il vaudrait la peine de faire mûrir un peu, dans l'esprit public, d'ici à l'an prochain, la question suivante : Le grand cortège masqué d'octobre ne serait-il pas en une bonne mesure par la force même des choses indissolublement solidaire de faits qui l'accompagnent, qui surtout le précèdent et le suivent, et qui sont manifestement détestables?

JAMES DE MEURON

L'avis d'un partisan

Contrairement à M. de Meuron, Edouard Uhlmann développe une vision plus nuancée du problème: l'anonymat de la mascarade conduit bien certains individus vers des comportements abusifs, mais une juste punition permettrait de revenir à une situation tolérable. Punir aveuglément et mettre un terme définitif au cortège priverait la population d'une source de joie simple et belle.

Cortège des vendanges et masques

Neuchâtel, le 12 octobre 1905.

Monsieur le rédacteur,

Sans vouloir allonger plus qu'elle ne le mérite la discussion entamée au sujet des mascarades et du cortège dit des «vendanges», permettez-moi de vous adresser ces quelques lignes destinées à remettre au point certaines des assertions avancées par divers correspondants (...):

(...) Prenons séparément les deux choses : les mascarades et le cortège. Il y a quelques années, la majeure partie de ceux qui se masquaient étaient des jeunes gens, voire même des garçonnets, parcourant les pintes, cafés, brasseries et pressoirs de la ville et de la banlieue, faisant dans chacun de ces locaux des productions plus ou moins permises et grotesques, (...) se faisant de ce fait-là d'assez jolies recettes. La police a mis fin à ce système, car trop souvent des gamins à peine âgés de 10 à 12 ans étaient trouvés après 11 heures dans maints établissements publics, « travaillant » encore pour gagner quelques sous (...). La police a bien fait, me direz-vous ; d'accord, mais elle n'en a pas moins continué à autoriser (...) les mascarades (...).

Depuis que chez nous nos excellents établissements d'instruction supérieure reçoivent quantité de jeunes gens de toutes nationalités, les mascarades ont changé d'aspect. Ce ne sont plus des gens baroquement grimés et costumés qui parcourent nos rues, mais, au contraire, une foule de pierrots, pierrettes, arlequins, marquis, militaires, etc., dans laquelle l'élément féminin n'est pas le moins nombreux. Qu'il se trouve dans cette cohue de gens masqués des malhonnêtes, des grossiers manants, etc., cela n'est malheureusement que trop vrai, il s'en trouve chaque jour dans la vie de ces diverses catégories, combien plus les jours où l'on peut faire ses frasques sous l'anonymat! (...)

Accorder trois jours, à l'époque des vendanges, à ceux qui veulent se grimer et se masquer, et réprimer sévèrement (...) tous ceux qui, par leurs manières outrageantes, nuisent à la circulation les jours permis aux masques. Voilà le remède aux licences que se permettent certains masques trop entreprenants ou grossiers, car quelques taloches bien appliquées auront vite raison de ces tapageurs.

Quant au cortège dit des vendanges, laissons-le subsister, car organisé comme il l'est, et mené avec ordre, il n'est nullement scandaleux, mais, au contraire, il attire chez nous 6 à 8000 personnes, qui toutes laissent quelque argent, sans compter qu'il procure à ceux qui le regardent défiler un réel plaisir ; à ceux qui y participent un moment de joie et de gaîté (...) Pardonnez-moi la longueur de ces lignes, et croyez, Monsieur le rédacteur, à mes sentiments bien dévoués.

ED. UHLMANN.

Ces deux avis illustrent le poids de la morale sur le comportement des individus, la complexité des rapports hommes-femmes, mais aussi le fléau que resta longtemps le travail des mineurs. La Fête des vendanges devient au travers de ces réactions le miroir de toute une société et une mine d'informations pour en saisir les questionnements et les interdits.

Sources

FAN - L'Express, 12 octobre 1905, p.6 (en ligne)

e-newspaperarchives.ch/?a=d&am... (consulté le 22.09.2022)

FAN - L'Express, 13 octobre 1905, p.6 (en ligne)

e-newspaperarchives.ch/?a=d&am... (consulté le 22.09.2022)

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Valérie Clerc
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22 septembre 2022
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