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Le téléphone du curé

Collection Paul-André Florey
Paul-André Florey

Anecdote : Le téléphone du curé de Chandolin Anniviers, au début des années 1940

Mon papa, Edouard Florey (1901-1985), était électricien, responsable du réseau électrique d’Anniviers des Services Industriels de Sierre, SIS, (sauf le village de Chandolin). De temps à autre, les Chandolinards lui demandaient de venir faire quelques travaux d’entretien à leur petite centrale électrique qu’ils exploitaient eux-mêmes n’étant pas abonnés du réseau des SIS. Cela changea en 1957. Dès lors Chandolin fut relié au réseau des SIS.

En ce temps-là, et jusqu’au début des années 1940 (peut-être 1942), en Anniviers il n’y avait que le téléphone à batterie locale. L’appareil était un coffret en bois, fixé à la paroi, dans lequel se logeait une batterie. À droite de l’appareil se trouvait une manivelle permettant d’activer l’inducteur qui déclenchait au central de Vissoie un « clapet ». Alors l’opératrice (Crésence Monnier 1871-1960) devait s’annoncer sur la ligne par : Central de Vissoie ! L’abonné demandait à ce moment le numéro désiré. À gauche de l’appareil téléphonique il y avait l’écouteur suspendu à un crochet. Sur l’avant se trouvaient deux sonnettes électriques et en dessous le microphone dans lequel il fallait parler.

Or, un jour, durant l’hiver, Edouard se trouvait à Chandolin, justement pour la centrale électrique, il devait faire un téléphone. Dans ce haut village des Alpes, l’hiver, il n’y avait pas d’autres téléphones que celui du curé, mis à part le téléphone communal desservi par Innocente Zufferey. Donc Edouard se rend à la cure et comme le curé, l’abbé Fleury, est absent il demande à la servante s’il pouvait utiliser le téléphone, ce qui lui fut aussitôt accordé. Par routine il actionne la manivelle. Elle n’offre aucune résistance, elle tourne dans le vide. Edouard ouvre l’appareil et remarque que la vis a été complètement dévissée, cela pas par hasard mais volontairement. Après l’avoir fermement resserrée, il essaie un nouvel appel. Madame Monnier répète à plusieurs reprises : Central de Vissoie, central de Vissoie on vous écoute ! Edouard réitère à plusieurs reprises le numéro désiré, mais l’opératrice ne l’entend pas. Alors Edouard ouvre à nouveau le boitier du téléphone et constate que la batterie est débranchée. Après avoir remis en état l’appareil il entreprend à nouveau un appel et cette fois-ci Madame Monnier l’entend et lui établit la communication désirée.

Edouard se met en route pour revenir à Vissoie, évidemment à pied, car en ce temps-là la route carrossable n’existait pas. En chemin, c’était l’hiver et il neigeait, il voit venir en sens inverse le curé Fleury, la tête enveloppée dans un foulard de coton, mais il le reconnaît de suite et lui dit : « C’est vous Monsieur le curé ? ». « Comment m’avez-vous reconnu ? » lui répond le prêtre. Edouard lui raconte dans quel état il avait trouvé son téléphone. « Du vrai sabotage » lui dit-il. « je devrais même vous dénoncer auprès de la direction des téléphones ! ». Alors l’abbé Fleury lui confie : « Non, Edouard, ne me fais pas des misères. Mais quand je suis absent ma servante profite de faire des téléphones interminables avec ses connaissances alors je dois saboter le téléphone afin de l’empêcher de faire de longues et très chères communications ! ».

notrehistoire.imgix.net/photos...

Le Curé Fleury a été curé de Chandolin de 1927 à 1963. Photographie, collection Lambert Zufferey

Le curé Fleury a-t-il renoncé dès lors à saboter son téléphone durant ses absences ? Edouard ne l’a jamais su !... C’était le bon vieux temps du téléphone à batterie locale. Cela a changé vers 1942, quand le téléphone à batterie centrale a été introduit. Un nouvel appareil téléphonique a été installé chez l’abonné. Il suffisait de décrocher le récepteur et le central s’annonçait. On demandait le numéro et l’opératrice assurait la liaison. Cela dura jusqu’en 1956. Dès lors l’automatique fut introduit en Anniviers, les sympathiques opératrices, Liliane et Madeleine Monnier, petites-filles de Crésence, quittèrent Vissoie. Il suffisait dorénavant de composer le numéro au moyen d’un disque placé sur le récepteur téléphonique. C’était plus simple mais moins sympathique ! …

Paul-André Florey Vissoie et Dübendorf, juin 2021

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  • Renata Roveretto

    Cher monsieur Paul-André Florey, votre récit à bien attirer mon attention autant par le côté drôlerie, que par celui qu'il est déjà moins, c'est à dire la mise en danger inutile d'autrui sous prétexte peu sérieux de la part de ce curé, au lieu de parler à la conscience de sa servante...par contre j'ai beaucoup apprécié la réplique de votre cher papa Edouard Florey !

Paul-André Florey
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8 juin 2021
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