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La tombe de Corinna et Maurice

La tombe de Corinna et Maurice

8 janvier 2020
Pierre-Marie Epiney

"Dans ma maison de bois

Au-dessus des nuages

Je pense à la terre."

Ces quelques vers extraits de "Un Goût de Rocher" paru aux Editions Empreintes, accompagnent Corinna Bille (1912-1979) et son mari Maurice Chappaz (1916-2009) dans le petit cimetière de Veyras.

Petite anecdote au sujet de Corinna :

Jeune enseignant, j'avais lu en classe, dans son entier, le livre de contes écrit par Corinna Bille. Il s'intitule "la Maison Musique". Comme les élèves avaient beaucoup apprécié ces textes qui leur parlaient avec le cœur et que j'avais eu le plaisir d'inviter son mari Maurice à l'occasion d'un séminaire de littérature sur les écrivains valaisans à l'école normale, j'ai invité la poétesse à venir en classe rencontrer les enfants et échanger avec eux. Rendez-vous était fixé à 14 heures. L'heure venue, l'excitation des gosses (et du maître) montait de plus en plus. 14 heures quinze. 14 heures trente. Personne. La récréation ne provoqua pas davantage l'arrivée de la poétesse. Et deux minutes avant que la sonnerie ne signe la fin des cours, on frappa à la porte : c'était elle ! Corinna en personne. Que faire ? Renvoyer les élèves chez eux alors qu'elle était descendue à pied de Veyras pour les rencontrer ? Pas question. Sans avertir les parents - à cette époque c'était possible - les élèves sont restés presque une heure à échanger avec la fille d'Edmond Bille. Quel magnifique souvenir !

Il fut ensuite question d'une fête à Finges, Corinna y invitait la classe entière et, pour l'ambiance, elle convoquait un accordéoniste de ses amis. Enthousiasme général.

Hélas, quelque temps plus tard, je recevais cette lettre :

"Hôpital, 16 octobre 1979

Cher monsieur Pierre-Marie Epiney,

Voilà où j'ai fini par échouer après les malaises et ce voyage en Sibérie qui fut beau malgré la maladie que je portais déjà en moi.

Mais hélas, il n'est plus question de la moindre fête à Finges ou ailleurs, car je dois rester ici (après opération) pour un long traitement médical.

Nous le regrettons tous, le joueur d'accordéon aussi. J'ai eu encore une très mauvaise nuit mais, à part ça, l'état est meilleur depuis l'opération.

Je n'oublie pas votre classe, ces beaux regards d'enfants, cette atmosphère chaleureuse, à la fois sage et fantaisiste (ce qui est une grande qualité).

Donnez-leur un salut de ma part. Priez-leur de dire une petite prière pour moi.

Et pour vous, cher Monsieur PIerre-Marie Epiney, mes souvenirs fidèles et amicaux."

Huit jours plus tard, le 24 octobre, Corinna décédait. Sans obtenir l'autorisation de ma direction, grâce à la complicité d'un collègue qui a tenu ma classe, je me suis rendu à son ensevelissement à Veyras.

La tombe de Corinna et Maurice :

notrehistoire.imgix.net/photos...

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  • Paul-André Florey

    Merci mille fois pour cet émouvant témoignage. C'est très sympathique de ta part mon cher Pierre-Marie. Merci aussi pour le partage!

  • Paul-André Florey

    Très intéressants ces documents! Merci du partage.

  • Michel Savioz

    Ça c'est du document! Merci du partage.

  • Nicolas Perruchoud

    Quel témoignage tu nous proposes, Pierre-Marie ! On y trouve la "distraction" de l'artiste, mais surtout son sens aigu de la relation, l'attention généreuse aux autres et surtout aux enfants. Un maître qui éveille sa classe à la poésie, une classe qui accueille la poétesse en faisant fi de l'horaire, une poétesse qui sait parler aux enfants - mais les poètes n'ont-ils pas conservé une âme d'enfant ? - quelle interaction ! C'est d'une beauté lumineuse et touchante ! Quant à la réaction finale du maître, elle s'inscrit dans le droit fil de ce qui précède. On dirait une page des Fioretti de l'enseignement.

  • Pierre-Marie Epiney
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