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Chiens du Mont Saint-Bernard

1 janvier 1896
© Texte : Henri Flamans
Sylvie Bazzanella

Bas-relief en marbre, sculpté par Hector Lemaire.
Oeuvre exposée au Salon des Champs-Elysées de 1896.

Gravure : E. Crosbie.

Pour ses Chiens du Saint-Bernard, M. Hector Lemaire ne s'est point départi de son souci de faire vrai et de son habituelle recherche du modèle. L'œuvre devant prendre place sur la façade du nouveau bâtiment destiné à abriter les collections zoologiques du Muséum, il importait particulièrement que le sculpteur se procurât un chien de race pure afin de ne pas afficher une image trompeuse sur les murs de notre grand établissement scientifique. Il demanda ses premiers renseignements à l'estampe, dessina les divers types de chiens célèbres reproduits par la gravure, étudia le squelette et les muscles des dogues, fit vingt maquettes, mais, peu satisfait du résultat qu'il obtenait et ne pouvant faire un choix exact dans les différences de formes et d'allures qu'il constatait, il résolut d'entreprendre le voyage du Grand-Saint-Bernard afin de trouver le type vrai qu'il cherchait.

Bien lui en pris, car rien ne ressemble moins à un saint-bernard authentique que le chien à poils longs et à queue en panache qui apparaît de temps en temps sous ce nom dans nos expositions canines. Le commerce a fabriqué de toutes pièces un chien du Saint-Bernard à son usage, qui est offert principalement sur les marchés anglais et dont la vente atteint quelquefois des prix très élevés. C'est un de ces chiens à manteau tricolore et à poils longs qui acheté 25'000 francs à Londres, s'est revendu récemment 40'000 francs à New-York.

Le vrai saint-bernard est tout différent : « J'en ai vu douze ou quinze à l'Hospice de la chaîne pénine, m'a raconté M. Hector Lemaire. Ce sont des animaux à poils ras, à manteau d'un brun roux, au nez court et à grande queue pendante. Leur tête porte une tache noire au front. Ils ont un poitrail particulièrement large et sont très musclés. Leurs pattes sont très fortes. Ils m'ont étonné par leur caractère tout à fait spécial. Peu sociables, ils s'en vont lorsqu'on veut les caresser. Ils ne se mêlent jamais aux voyageurs. Lorsque le ciel se voile de nuages, et qu'une tourmente menace le col alpestre, ils partent, guidés par un admirable instinct. Un génie bienfaisant est en eux qui les conduit dans l'abîme de neige où agonisent les malheureux. Là, ils hurlent à la mort, ils appellent lamentablement les moines dont ils sont l'avant-garde. Ah ! les braves chiens ! "

Le lendemain de mon arrivée, je les vis tous, non sans surprise, groupés en rond à l'entrée de l'Hospice ; ils grondaient sourdement lorsqu'un voyageur voulait sortir. Un brouillard intense couvrait le col et il semblait que ces intelligentes bêtes se donnaient pour tâche d'empêcher les gens de s'égarer dans la montagne.

« On n'attache plus à leur large collier de cuir le petit tonneau rempli de cordial et si je lui ai donné place quand-même dans mon bas-relief, c'est uniquement comme attribut et en souvenir de la légende qui représente ces chiens encore ainsi. »

Voilà expliquée la genèse de l'œuvre de M. Hector Lemaire. Ces paroles nous révèlent l'origine du beau sentiment qui y règne ; il l'a puisé à la bonne source en se pénétrant profondément du sujet qu'il avait à retracer. Le paysage où se passe la scène de sauvetage, il l'a dessiné sur le versant italien du Grand-Saint-Bernard ; on y distingue les poteaux qui s'échelonnent de loin en loin, le long du chemin caché sous la neige. Sur une rampe du col apparaît le moine qui accourt à l'appel des chiens. Au-dessus de cette scène désolée plane, les ailes déployées, le grand aigle des Alpes auquel une proie vient d'échapper. Ce qui fait la grandeur de l'œuvre, c'est qu'elle a été entrevue par l'artiste sur ces hauteurs sereines, au-dessus de la région des forêts, sur le granit du col, dans l'émotion que suscitait en son cœur l'hospitalité du couvent.

- On ne résisterait pas longtemps à l'âpre climat du Grand-Saint-Bernard, me disait encore le maître sculpteur ; tous les deux ans, les moines sauveteurs doivent descendre dans la vallée. Il n'y a que les chiens qui restent ; leur allure presque farouche tient sans doute à leur séjour prolongé dans ces âpres altitudes.

Henri Flamans

Tiré de : © Le Magasin Pittoresque, 64e année - Paris, 1896

Au début du 20e siècle, ce bas-relief a pris place sur une façade des deux corps du bâtiment du Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

© Photo Martine Chabbert - Avril 2011

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Sylvie Bazzanella
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9 avril 2011
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