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J. Brahms, Concerto pour piano No 2, Op.83, Claudio ARRAU, CGOA, Paul KLETZKI, 1959, Montreux

13 septembre 1959
Radio Télévision Suisse
René Gagnaux

Johannes Brahms composa ses deux concertos pour piano avec près de 25 ans d'intervalle. La différence entre les deux oeuvres est grande, tant pour le fond que pour le style. Si le premier concerto est l'oeuvre d'un jeune révolutionnaire du «Sturm und Drang» - hésitant entre le «romantisme» et la musique «néoallemande», entre Schumann et Liszt -, le second, esquissé en 1870 et achevé pendant l'été de l'année 1881, porte tous les stigmates d'une maîtrise parvenue à sa maturité. La partie soliste, d'une grande aisance, met en lumière toutes les possibilités de l'instrument, d'une façon beaucoup plus concertante que dans le premier concerto. L'oeuvre fut donnée en première audition le 9 novembre 1881 à Budapest, par le compositeur au piano.

À l'inverse du premier concerto qui débute par une longue introduction orchestrale, le second concerto fait entrer le soliste dès la seconde mesure du premier thème, calme et majestueux, - énoncé par le cor:

"[...] Les trois phrases du thème (cor, puis bois et cordes) sont suivies d'une cadence du piano en arpèges brefs, rythmés et bondissants, en accords et larges oppositions de registres. Ce n'est qu'ensuite que vient l'exposition orchestrale complète. Le premier thème, au tutti, est suivi d'une mélodie aux cordes au lyrisme empreint d'une certaine tension interne; puis d'un troisième motif, soudainement impétueux. Un dernier et bref tutti précède la réapparition du soliste qui va revenir au premier thème, puis s'affirmer en accords puissants avant de marquer une évolution vers une technique plus fine, - cela dans un dialogue constant et étroit avec l'orchestre. De rapides et légères fusées d'arpèges divergents vont précéder la montée vers la culmination de la partie exposition; elle est marquée par un changement d'armure en fa mineur et des rafales de traits aboutissant à un martèlement d'accords rapides et vigoureux, d'une considérable difficulté. Au début du développement, le premier thème est repris en fa mineur. Dans le développement, la vigueur, tout en gardant ses droits, affichera moins sa carrure, - au profit de la poésie, à partir surtout de la modulation en rémajeur. Après le retour dans le ton initial , une série de fusées d'arpèges aboutit à un miroitement quasi-impressionniste qui précède la réexposition, assez fortement condensée. La coda - longue comme souvent chez Brahms - est une récapitulation variée de tous les éléments du premier thème, dans une opposition souvent antagonique du soliste et de l'orchestre.[...]" [1]

Dans le second mouvement "[...] Allegro appassionato, un scherzo en ré mineur avec trio, forme un violent contraste avec le monde expressif du mouvement initial. Le célèbre chirurgien et ami viennois de Brahms, Theodor Billroth, qui fut le premier à être admis à voir le manuscrit, pensait que ce mouvement, aussi beau et intéressant qu'il soit, devrait être écarté à cause de la longueur totale de l'oeuvre. Brahms était d'un tout autre avis: il tenait le premier mouvement, pourtant complexe sur le plan formel, pour «trop simple» et expliquait qu'il avait besoin de quelque chose de puissamment passionné avant l'Andante, également simple. Deux thèmes d'abord exposés puis développés servent de base à ce second mouvement. Le Trio en trois parties, en ré majeur, repose sur un thème unique, qui apparaît dans la partie médiane en une variation en mineur véritablement géniale. Le scherzo est ensuite très librement répété.[...]" [2]

Le troisième mouvement est un Andante: un second soliste apparaît, - un violoncelle auquel est confiée l'émouvante cantilène du thème principal, repris aussitôt par les violons. Cette composition est "[...] proche du style du lied. L'expressif thème principal, qui utilise déjà la mélodie du lied postérieur «Immer leiser wird mein Schlummer» op. 115 no 2, domine tout le mouvement à l'exception d'un bref passage central. Le motif initial, traité en forme de développement, donne par place des accents dramatiques à l'Andante. C'est la partie centrale en fa dièse majeur qui rend vraissembable l'idée que le compositeur était inspiré par une intention poétique: la clarinette fait là une citation du passage «Hör es, Vater in der Höhe, aus der Fremde fleht dein Kind» extrait du Lied «Todessehnen» opus 86 no 6 qui date de 1878 [...]" [2]

Le dernier mouvement - Allegretto grazioso - conclut le concerto dans un climat plutôt aimable et dans un esprit manifestement classique. "[...] Le Finale est un magnifique éventail de mélodies originales, attachantes et merveilleusement harmonisées. Pour ce qui est de la forme, le morceau est écrit selon les règles du mouvement sonate mais laisse également apparaître quelques éléments de rondo. [...]" [2]

(1) cité du Guide de la musique symphonique réalisé sous la direction de François-René Tranchefort, Fayard 1986, ISBN 978-2-213-64075-4

(2) cité d'un texte de Constantin Floros publié en 1977 au verso de la pochette du disque DG 2530 790 (avec ce concerto dans l'interprétation de Maurizio Pollini et Claudio Abbado)

Paul KLETZKI et Claudio ARRAU

Le dimanche 13 septembre 1959, au Septembre Musical de Montreux, Paul KLETZKI dirigeait l'Orchestre royal du Concertgebouw (Koninklijk Concertgebouworkest) avec Claudio ARRAU en soliste dans la première partie du concert (2e concerto de Brahms). La deuxième partie de ce concert était consacrée à la 1ère symphonie de Gustav Mahler.

Deux extraits des compte-rendus du concert:

"[...] Claudio Arrau joua le Deuxième Concerto pour piano de Brahms en grand artiste. Ce pianiste est l'un des plus parfaits de sa génération. Sa sonorité, à la fois ample et détendue, est d'un velouté splendide. Elle exprime à merveille la profondeur expressive du style de Brahms.

L'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam s'est révélé, comme précédemment, un ensemble admirable de vie et de cohésion.[...]" Cité de la chronique de "J.P." publiée dans la Gazette de Lausanne du 15 septembre 1959 en page 5 («J.P.» devrait être «Jacques Poulin»).

"[...] Symphoniste-né, le grand chef d'orchestre polonais nous donna aussi une superbe traduction orchestrale du «Concerto de piano No 2» en si bémol majeur, de Brahms. Claudio Arrau, le soliste, se mit sans peine au diapason du chef et de l'orchestre (félicitations au violoncelle-solo, qui dialogua aussi noblement que simplement avec le pianiste). Véritablement, la plupart des grands solistes internationaux jouent avec l'orchestre tout autrement qu'au cours de ces récitals où ils semblent souvent en proie à la routine, sinon accablés par une corvée. Au caractère exceptionnel du festival fait ici pendant la qualité exceptionnelle des exécutions de solistes qui se donnent alors à fond. Encadré, soutenu, enlevé, emporté par un tel chef et un tel orchestre, nous avons vu dimanche Claudio Arrau se surpasser, abandonner ce qu'il fallait de sa nonchalance et de son charme sud-américain pour se transformer en un pianiste puissant et lyrique. [...]" Cité de la chronique de "Ami Ch." publiée dans le Journal de Genève du 17 septembre 1959 en page 10

À souligner: ces deux compte-rendus sont accessibles grâce à l'admirable banque de données du quotidien Le Temps permettant de rechercher dans les archives de la Gazette de Lausanne et du Journal de Genève, et ceci sur les 200 ans passés!!

Le concert fut retransmis en différé le 18 octobre suivant sur le second programme de la Radio Suisse Romande, de 15:15 à 17:10 dans le concert du dimanche après-midi (Ref.: Gazette de Lausanne des 17/18 octobre 1959, page 3).

Le fichier que vous écoutez:

Johannes Brahms, Concerto pour piano et orchestre No 2 en si bémol majeur, Op. 83, Claudio Arrau, Orchestre royal du Concertgebouw (Koninklijk Concertgebouworkest), Paul Kletzki, 13 septembre 1959, Septembre Musical, Montreux

1. Allegro non troppo 19:13

2. Allegro appassionato 09:19

3. Andante 12:50

4. Allegretto grazioso 09:53

Radiodiffusion (Archives Radio Suisse Romande (RSR)) -> WAV -> mp3 320 kbps.

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René Gagnaux
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