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L. van Beethoven, Op. 102 No 2, Guy et Monique FALLOT, 22.04.1955

22 avril 1954
Disques Ducretet Thomson
Disques Ducretet Thomson

Beethoven composa cinq sonates pour violoncelle, dont les deux dernières - l'opus 102 - furent écrites au cours de l'été de 1815, la no 2 étant datée «début d'août 1815» sur la partition autographe. Les deux oeuvres - écrites à l'attention de Joseph Linke, violoncelliste du Quatuor Schuppanzigh - sont dédiées à la comtesse Marie Erdody, une confidente très proche du compositeur avec laquelle il eut une correspondance particulièrement suivie durant toute la genèse de l'opus 102 (il est possible qu'il s'agisse d'une commande de la comtesse, pour son violoncelliste Joseph Linke et elle-même - elle était une excellente pianiste).

Ces deux sonates marquent le début de la dernière période créatrice du compositeur, elles "[...] pourraient être considérées comme marquant le début du style tardif de Beethoven, car, même comparées aux oeuvres instrumentales écrites un ou deux ans plus tôt seulement, elles révèlent un net changement: un plus grand raffinement, une écriture polyphonique plus complexe et une succession d'événements plus inattendue. Bien que la Sonate en ré majeur soit dans le moule conventionnel de la sonate, vif-lent-vif (c'est du reste la seule de ses cinq sonates pour violoncelle à l'être), elle possède de nombreuses caractéristiques inhabituelles, tel le vif contraste entre le geste initial animé du piano et la réponse du violoncelle, d'une délicatesse inattendue. Le mouvement lent extrêmement expressif conduit directement au finale - une fugue rigoureuse à quatre voix dans laquelle le violoncelle joue une voix tandis que le piano joue les trois autres. Cette combinaison créé de potentiels problèmes d'équilibre entre les parties, puisqu'on ne trouve ni quatre parties séparées comme dans un quatuor à cordes, ni une sonorité unifiée comme dans une fugue jouée au piano; mais Beethoven était un tel maître accompli qu'on oublie souvent ces difficultés aujourd'hui, et sa solution est entièrement convaincante. [...]" Barry Cooper, 2012, livret du CD ONYX 4108 .

La sonate en ré majeur a été considérée par les contemporains de Beethoven comme injouable, essentiellement à cause de la fugue finale. Elle laissa aussi perplexe les critiques de l'époque, comme souvent devant les dernières oeuvres de Beethoven, qui accueillirent les deux sonates en ces termes:

«Elles appartiennent au goût le plus inaccoutumé et le plus étrange, non seulement dans ce genre, mais dans le piano en général... Nous n'avons jamais pu prendre goût aux deux sonates; mais ces compositions sont peut-être un chaînon nécessaire dans les créations de Beethoven pour nous conduire là où la main sûre du maître voulait nous mener.» Critique de l'«Allgemeine musikalische Zeitung», citée de Jean et Brigitte Massin, Beethoven, Fayard, 1967, p. 682.

La sonate No 5 débute par un allegro con brio, de forme sonate, avec un contraste marqué entre les deux thèmes principaux: "[...] Le premier, énergique, est exposé par le piano seul, repris par le violoncelle qui entre à la 4è mesure par un vigoureux arpège ascendant. Le second thème, plus doux et legato, est confié d'abord au violoncelle dans l'aigu. Beethoven joue admirablement avec les deux thèmes; les modulations hardies ne manquent pas et la tension est maintenue par les sauts d'octaves et de dixièmes. [...] L'allegro s'achève tout simplement sur un double accord de dominante-tonique. [...]"

La forme du deuxième mouvement est assez librement rhapsodique, le discours accorde, dans l'ensemble, la prééminence au violoncelle. "[...] Une première section, en ré mineur, commence par un chant très doux interprété mezza voce. A la 10è mesure, le violoncelle joue une très belle phrase dont le caractère expressif et dramatique est marqué par la présence de gruppetti de quadruples croches. On enchaîne avec une 2è section en ré majeur, dans un style beaucoup plus fluide et détendu. La mélodie respire à pleins poumons. C'est une sorte de cantique de reconnaissance, avec certains accents presque wagnériens. Une 3è et dernière section nous replonge dans la sombre tonalité de ré mineur. D'inquiétants arpèges en rythme pointé serré donnent une impression d'angoisse. Ils subsistent au piano même lorsque le violoncelle reprend la phrase expressive du début. Un passage conclusif avec modulation en si bémol majeur et point d'orgue sur accord de 7è de dominante de ré [...]" termine ce 2e mouvement.

Le 2e mouvement est souvent joué quasi enchaîné avec le 3e mouvement, ou avec seulement une très courte pause entre les deux: cet allegro fugato final est "[...] le morceau le plus inattendu de toute la musique de chambre pour piano et violoncelle de Beethoven (*). C'est une fugue dont la mise en place exige une grande maîtrise des deux partenaires. Dans le développement contrapuntique, le violoncelle se dote de la voix la plus éloquente, le piano prend les trois autres. Le chromatisme y joue un grand rôle. Inutile d'analyser davantage; il suffit d'écouter et de se laisser emporter jusqu'à la toute dernière mesure par cette savante construction, authentique concentré d'énergie. Schindler, l'inconsistant biographe de Beethoven, lui dit un jour: «J'avoue ne pas bien comprendre encore le fugato de la sonate op. 102 n° 2». Beethoven répondit: «ça viendra». [...]

(*) Peut-être moins inattendu qu'on ne le pense de prime abord, puisque le retour à la fugue est une des caractéristiques de la dernière période créatrice de Beethoven (on pourrait dire lamême chose de Mozart ou de Brahms). Les fugues ou thèmes fugués sont nombreux dans les dernières oeuvres du maître, mais Beethoven entend bien donner un esprit neuf à la forme ancienne. Inconsciemment, il fait sienne la maxime d'André Chénier : « Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques ».[...]"

Les citations ci-dessus sont extraites de «Ludwig van Beethoven - La musique de chambre pour piano et violoncelle», Gustave Munoz, violoncelliste dans l'Orchestre de Chambre des Cévennes.

Guy et Monique FALLOT enregistrent les deux sonates de l'opus 102 le 22 avril 1955 (datation de Michael Gray) pour Ducretet-Thomson: elles paraissent peu après sur le disque 25 cm Ducretet Thomson 270 C 089.

Cette face de disque est hélas en mauvais état, et aussi très sale. Même un soigneux lavage n'a pu éliminer toutes les saletés incrustées: le bruit de surface reste par endroits assez prononcé.

L'enregistrement que vous écoutez:

Ludwig van Beethoven, Sonate für Cello und Klavier Nr. 5 in D-Dur, op. 102 Nr. 2, Monique Fallot, Klavier, Guy Fallot, Cello, 22.04.1955, Ducretet Thomson 270 C 089 (1. Allegro con brio 07:12, 2. Adagio con molto sentimento d'affetto 08:52, 3. Allegro fugato 04:24)

Ducretet Thomson 270 C 089

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  • Martine Desarzens

    Cher René, Merci pour ces sonates de Beethoven ! Heureusement qu'à cette époque des nobles comme cette comtesse Marie Erdody passaient des commandes aux compositeurs! Aujourd'hui cela est devenu si rare.... Pour moi ces sonates sont une belle découverte et je vous remercie pour ce moment musical de ce matin ! Recevez mes amicales salutations.

René Gagnaux
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29 novembre 2015
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