Les bûcherons de nos forêts Repérage

Valérie Clerc

Que savons-nous du métier de bûcheron ?

Dans l’imaginaire collectif, on décrit souvent le bûcheron comme un être « grand, fort et robute ». Sa manière de travailler autonome et régulière fait de lui la personnification vivante du bon ouvrier. D’ailleurs, ces qualités n’ont pas échappé à la Banque nationale suisse, puisqu’un bûcheron a été choisi pour illustrer un emblème national : le billet de banque.

Valérie Clerc
Billet de 50 francs - Ferdinand Hodler
1911
Billet de 50 francs - Ferdinand Hodler

C’est un dessin de l’artiste Ferdinand Hodler qui orne de 1911 à 1958 la coupure de 50 francs. La couleur verte qui distingue aujourd’hui encore le billet de la même somme trouve son coloris dans le rappel des tons verts de nos forêts.

La formation des forestiers-bûcherons

Dans les années 1950, la formation professionnelle prend son essor en Suisse romande. Les cursus sont progressivement uniformisés dans les cantons pour garantir une formation de qualité. Les métiers de la forêt ne font pas exception à cette évolution.

Le Journal forestier suisse nous apprend que le premier apprenti forestier-bûcheron vaudois, habitait Villars-Burquin. Il est initié en 1958 par deux jeunes gens de la Vallée de Joux. L’apprentissage dure 3 ans. L'âge d'entrée minimum est fixé à 16 ans et les cours débutent au printemps, afin que l'élève bénéficie d'une météo clémente.

Dès le début, l’apprenti participe aux travaux saisonniers. Il est aux ordres du garde-forestier, son maître d'apprentissage. Celui-ci veille à ce que les travaux n'excèdent pas les possibilités physiques de l'élève.

Quelques données sur l'apprentissage

L'apprenti reçoit pour son travail les rémunérations suivantes :

  • 1ère année, premier semestre: 100.—
  • 1ère année, second semestre: 190.—
  • 2e année : 300.—
  • 3e année : 450.—

L'horaire de travail est en moyenne de :

  • 1ère année : 8 h
  • 2e année: 8 h 30
  • 3e année : 9 h

En fait, l'apprenti s'adapte à l'horaire des gens avec lesquels il travaille. Il effectue donc en règle générale davantage d'heures par jour, ce qui assure une compensation pour le temps perdu par suite d'intempéries.

Au début de sa période de formation, il touche un outillage personnel comprenant serpe, sécateur, hache, veste imperméable, casque de protection, genouillères, mètre à mesurer, pierre à aiguiser. Cet outillage est payé par l'apprenti, par retenues sur son salaire.

Il est intéressant d'examiner la provenance des premiers apprentis bûcherons. Dans le canton de Vaud, la plus grosse partie des effectifs est constituée de fils de gardes-forestiers ou de bûcherons. La plupart résident en zone agricole.

Et les femmes dans tout ça ?

Le métier de bûcheron réputé pour sa rudesse voit sa féminisation avancer que lentement... Dans les années 1960, aucune "bûcheronne" se distingue à moins qu'il ne s'agisse de l'épouse d'un bûcheron.

En 1974, Le journal Femmes suisses et le Mouvement féministe interview Monsieur Wicht, secrétaire de la Fédération (Romande?) des Entreprises de Charpenterie, d'Ébénisterie et de Menuiserie pour savoir ce qu’il pense des femmes dans les métiers du bois qui restent largement masculins. La réponse de l'intéressé ne laisse plâner aucun doute sur son opinion:

— A vrai dire, je ne connais pas de bûcheronnes, scieuses, charpentières ou menuisières. Mais voulez-vous mon opinion personnelle ? Je ne vois, pour une femme, que le métier d'ébéniste, dans les seuls métiers du bois s'entend.

Pionnière dans le Jura bernois

Valérie Clerc
Chantal Goetschmann au travail
14 janvier 1982
Chantal Goetschmann au travail

Il faut donc attendre 1982 pour que le Journal de l’Est vaudois présente fièrement sa première bûcheronne. Il s’agit de Chantal Goetschmann. Celle-ci a terminé son apprentissage à Tramelan dans le Jura bernois en 1980. Fille de droguiste, rien ne la prédestinait à embrasser une carrière de forestière. L'appel de la nature et du travail au grand air l’a mis sur la piste des métiers du bois.

Sources

"L'ébénisterie, un métier de femme..." dans Femmes suisses et le Mouvement féministe, n°62, 1974, p. 1 (en ligne) http://doi.org/10.5169/seals-273749

Reymond, C. "La formation professionnelle des forestiersbûcherons dans le Canton de Vaud" dans Journal forestier suisse, n°114, 1963 (en ligne) http://doi.org/10.5169/seals-765376

Photo de couverture: "Muraz- Le bois" (1942) dans la collection d'Henriette Gillioz-Salamin

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  • Renata Roveretto

    Chère madame Valérie Clerc, merci pour vous y intéresser à un thème fort intéressant ( la chaleur du bois et la cruauté de l'homme ) Un cocktail si aigre doux et odorant de la même façon quand on le travail ce bois encore tout frais! Ce bois qui en réalité appartient seul au racine de l'arbre...

    Amicalement Renata

    P.s. Le troisième lien est à revoir (404). Merci

  • Yannik Plomb

    José Duvoisin, de Villars-Burquin, premier forestier-bûcheron du canton Le 14 avril 1958, les règlements d'apprentissage et d'examen de la profession de forestier - bûcheron étaient sanctionnés par le Conseil d'Etat vaudois. Ce métier difficile était ainsi promu au même rang que plus de deux cents autres professions qui font déjà l'objet d'un règlement d'apprentissage. Dans le courant de 1958, les premiers apprentis se mirent à l'œuvre. Au printemps 1959 et 1960, de nouvelles inscriptions furent enregistrées et ce sont actuellement environ 30 candidats qui sont en apprentissage dans la profession. Une ultime étape a été franchie récemment. En effet, dans le cadre d'un cours pour experts aux examens de fin d'apprentissage qui a eu lieu à Burtigny, le premier forestier-bûcheron du canton a subi son examen final qu'il a réussi brillamment. Nous avons le plaisir de relever qu'il s'agit de M. José Duvoisin, de Villars-Burquin, un jeune homme de 19 ans, fils de bûcheron, qui achevait sa période de formation professionnelle de trois ans, effectuée comme apprenti de la commune de Bonvillars. Nous félicitons tout particulièrement José Duvoisin et lui souhaitons une fructueuse carrière dans un beau métier qui demande non seulement de la vigueur physique, mais aussi des facultés d’observation de la nature, de l'adresse et un sens de l’ordre et de l’organisation.

    Journal d’Yverdon jeudi 3 novembre 1960

    • Valérie Clerc

      Et bien voilà un anonyme du "Journal forestier suisse" qui retrouve son identité grâce à vos excellentes recherches! Merci de l'avoir retrouvé pour notreHistoire.ch.

  • Pierre-Marie Epiney

    Excellente documentation ! merci Valérie.

Valérie Clerc
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9 mars 2023
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