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Soins des religieux du Saint-Bernard pour les voyageurs

1 janvier 1849
© Mgr. J.-F.-O. Luquet
Sylvie Bazzanella

Quelques notes de M. le chanoine Dallèves chargé, pendant plusieurs années de l'infirmerie de l'hospice.

« Le froid détruisant la sensibilité, dit-il, on se gèle sans s'en apercevoir. On éprouve d'abord une sensation de froid assez douloureuse qui va s'augmentant jusqu'à ce que la congélation ait lieu. Le membre gelé devient blanc, insensible et dur au point que quelquefois on pourrait le rompre comme un bâton. Ce sont les pieds et les mains qui éprouvent le plus ordinairement cet accident. Lorsqu'un voyageur arrive à l'hospice du Grand-Saint-Bernard ayant les pieds ou les mains gelés, le religieux chargé de soigner les malades, fait immédiatement placer le membre malade dans un bain d'eau froide, que l'on a soin de maintenir dans une température très basse en y jetant de la neige. Lorsque la partie gelée est redevenue molle, on la couvre d'un épais cataplasme de pommes de terre crues et râpées, afin de répercuter le sang et d'empêcher qu'il ne revienne avec trop de célérité dans les parties que le froid l'avait forcé d'abandonner. Après huit ou dix heures, on enlève le cataplasme et l'on voit tous les effets de la congélation, le membre est démesurément enflé, injecté de sang noir. On ôte la peau, les ongles tombent en même temps, et on coupe tout ce qui a été mortifié par la gelée ; on recouvre la plaie de résolvants très actifs afin de produire la décomposition des parties que le scalpel n'a pas pu atteindre et d'empêcher la gangrène. Ces plaies qu'il faut penser, au moins deux fois par jour, restent très longues à guérir. Les douleurs que le malade éprouve pendant le dégel sont des plus atroces, il pleure, il se lamente, il crie. Souvent il faut le tenir dans le bain froid. L'hospice garde les malades jusqu'à ce qu'ils soient guéris ; il paie les médecins qu'il est nécessaire d'appeler pour les cas graves, tels qu'amputation, etc. Il arrive assez souvent que les gelés doivent être amputés.

« Il n'y a pas d'hiver sans que des voyageurs se gèlent les pieds ou les mains. Dans l'hiver de 1821 un homme arriva à l'hospice ayant une main entièrement gelée avec le bâton qu'elle tenait et qu'il fallut arracher comme une cheville d'un trou. Ce malheureux perdit tous les doigts. Une autre fois au mois de mars, douze ouvriers maçons vinrent à l'hospice ayant tous ou les mains, ou les pieds, ou le nez, ou les oreilles gelés. Deux durent subir l'amputation de tous les doigts de la main droite ; les autres eurent les pieds et les mains entièrement écorchés ; il y en eut un à qui il fallut enlever la peau de la joue droite. Comme les plaies de ces pauvres malheureux étaient affreuses et que la cicatrisation ne se fait qu'avec beaucoup de difficulté dans les régions élevées, après les avoir gardés quelques temps à l'hospice on fut obligé d'envoyer les plus malades à l'hôpital d'Aoste. »

On pourrait citer une foule de traits de ce genre.

Pour secourir, autant que possible, les malheureux exposés à tous ces dangers, les religieux de l'hospice envoient chaque jour, et vont eux-mêmes, quand il y a péril réel pour quelque voyageur, à la découverte sur les deux versants de la montagne. Voici comment en parle M. le chanoine Dallèves, dans les notes déjà citées.

Lithographie ©Bradley

« Les religieux, dit-il, ne vont pas tous les jours en tournée sur la montagne, ce sont des domestiques - marronniers - accompagnés de chiens, qui font ce service, mais les religieux ne manque jamais d'y aller, lorsque les domestiques ne sont pas de retour à l'heure ordinaire, parce qu'on soupçonne alors que les domestiques sont retardés par des voyageurs qu'ils doivent aider. Ils sortent aussi toutes les fois que l'on est averti à l'hospice qu'il y a des voyageurs qui souffrent du froid, de la fatigue, etc…, comme aussi quand il faut fouiller dans les avalanches pour en extraire les malheureux qui y sont engloutis. Ainsi tous les plus mauvais jours sont réservés aux religieux ; et ces mauvais jours ont lieu plus de la moitié du temps pendant un hiver de huit mois.

« Les tournées qui se font pendant le jour sont très pénibles, souvent on s'y gèle, toujours elles ont lieu par le mauvais temps et quelquefois par les plus horribles tourments, et on y est constamment exposé à la mort ; mais elles sont peu de chose comparées aux tournées nocturnes, qui sont sans doute moins fréquentes et qui ont cependant lieu deux ou trois fois chaque hiver. »

Le dévouement des religieux ne se borne pas aux dangers, et aux souffrances du présent ; il y a chez eux quelque chose de plus méritoire encore. Ils doivent se résigner, dès le premier jour, à voir presque toujours se hâter leur vieillesse, et leur santé se perdre souvent d'une manière irréparable.

Vous donc, héroïques hospitaliers qu'on voudrait déposséder aujourd'hui du droit de souffrir et de mourir victimes de votre charité pour vos frères, quelque chose qui vous arrive, consolez-vous devant Dieu, ses récompenses ne vous failliront pas. Vous avez jusqu'à ce jour rempli dans leur perfection l'ensemble des devoirs si bien exprimés par le grand cœur d'Augustin.

Extrait de : Etudes Historiques sur l'Etablissement Hospitalier du Grand Saint-Bernard Mgr. J.-F.-O. Luquet, évêque d'Hésebon. Ancien envoyé extraordinaire et délégué Apostolique en Suisse.

Paris, Bureau des annales de philosophie chrétienne ; Marseille, Marius Olive, Imp. De Mgr. l'Évêque, 47 Paradis. 1849.

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