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Hommage à un grand guide

15 juin 1934
Marcel Maurice Demont

Adrien Veillon

Guide de montagne de première classe

Né en 1892, il vivait aux Plans-sur-Bex, Alpes vaudoises. Il faisait partie de la dynastie des guides Veillon qui, tous, furent des professionnels de la montagne réputés. De nombreux itinéraires audacieux ont été tracés sur les montagnes de notre coin de pays par ces formidables pionniers. Un sommet rappelle leur nom : la Tête aux Veillon. Avec d’autres lignées de remarquables guides des Plans : les Marlettaz, Moreillon, Kleiner, tous auteurs de belles premières ascensions, les Veillon ont grandement contribué à faire de leur petit hameau un haut lieu de l’alpinisme du 19ème siècle et du début du 20ème.

Le carnet de courses d’Adrien nous révèle, qu’à l’âge de quinze ans déjà, il servait parfois de guide à des Monchus (des clients). La liste des ascensions qu’il a effectuées à titre professionnel donne toute la mesure de son talent : traversée de l’Aiguille Verte, Drus, Grépon, Weisshorn, traversée du Cervin, arête de Zmut au Cervin encore, Mont Rose, traversée des Aiguilles Dorées, traversée des Ecandies, traversée du Grand Combin, Grand Cornier et bien d’autres sommets difficiles auxquels s’ajoutent des dizaines de fois les Dents de Morcles, la Dent Jaune, la Cime de l’Est, les Grand et Petit Muveran, l’Arête de l’Argentine, la traversée du sommet des Diablerets, la Pierre Qu’Abotse (à l’époque le pic le plus fréquenté des Alpes vaudoises). En 1930, Adrien a réussi la première ascension du très difficile Petit Miroir d’Argentine. Les déplacements se faisaient le plus souvent à pied, au départ des Plans.

En ce temps-là, le métier était encore peu structuré. Adrien pratiqua sa profession sous plusieurs étiquettes : d’abord sans papier officiel, puis avec une autorisation de police, et enfin, dès 1934, avec le « Brevet de guide de première classe, décerné par le Comité central du Club Alpin Suisse, sur proposition de la Section des Diablerets d’accord avec le gouvernement du Canton du Valais, et à la suite du préavis favorable de la Commission d’examen ».

En 1948, Adrien Veillon fut un des membres fondateurs de l’Association Vaudoise des Guides de Montagne, Guides Skieurs et Porteurs qui, élargie, en 2011 devint l‘Association Romande des Guides de Montagne, Accompagnateurs et Professeurs d’escalade ARGM.

En 1971, alors que j’étais le directeur du Centre sportif et hôtelier des Martinets et un voisin d’Adrien, âgé alors de 79 ans, j’ai aidé à relever le grand guide tombé du haut du toit de son chalet des Plans alors qu’il procédait à des réparations.

Dès l’origine, l’histoire de la conquête des montagnes du monde réunit, pour en écrire les pages exaltantes, des hommes de milieux socio-économiques fort divers, liant provisoirement leur destins, fulgurants ou tragiques.

Tout naturellement, lorsque les premiers explorateurs (des citadins le plus souvent) pénétrèrent les hautes vallées alpines dans l’intention d’en conquérir les cimes, ils s’adressèrent aux autochtones, paysans de montagne, pour les accompagner. Ces hommes, les indigènes, habitués à parcourir leurs montagnes pour le labeur quotidien, l’estivage, la fenaison, le bûcheronnage, la chasse, connaissaient bien leurs lieux de vie. Ils devinrent ainsi, avec pour seule formation l’expérience de la moyenne montagne, la connaissance du microclimat alpin régissant leur contrée, leur robustesse et leur courage innés, les premiers porteurs et guides de montagne.

En fouillant les archives poussiéreuses, on retrouve la trace d’un règlement de police datant de 1882 en conformité duquel le « Département de Justice et Police autorise le sieur X, sur proposition de la Commission d’examen, à exercer l’industrie de Guide de Montagne ».

Tout au long des années qui vont suivre, les nécessités du métier de guide vont conduire à un renforcement des structures de la profession, à une augmentation sans cesse croissante des exigences techniques et physiques. Au début des années 1960, par exemple, on peut avoir dans le canton de Vaud le statut de porteur de montagne. Le candidat obtient sa patente et le droit d’exercer sa profession sur la base d’un dossier richement documenté : liste des ascensions effectuées, références, extrait du casier judiciaire, livret militaire, brevet de samaritain, recommandations. Après avoir fonctionné au minimum deux ans, mais au maximum cinq ans comme porteur, celui-ci peut se présenter au cours de guide de montagne organisé, tour à tour, par les cantons du Valais, de Berne, et des Grisons. S’il passe à travers toutes les difficultés et réussit les examens portant sur l’escalade rocheuse et glaciaire, l’alpinisme et le ski, mais aussi sur la connaissance du milieu alpin, les soins à donner aux malades et aux blessés, le sauvetage improvisé et organisé, la prévention et le secours en cas d’avalanche, la cuisine, le porteur obtient le titre de guide de montagne et, sur demande, se voit délivrer la patente qui lui permet désormais de pratiquer son métier.

A la fin des années 1960, le Club Alpin Suisse (CAS) perd son hégémonie sur la profession de guide. L’Association Suisse des Guides de Montagne (ASGM) prend les commandes. Dès 1994, tous les candidats remplissant les sévères conditions imposées obtiennent en fin de cursus un brevet fédéral, y compris avec effet rétroactif pour les anciens. Le candidat au brevet fédéral de guide de montagne (formation professionnelle supérieure : prés-aspirant guide, puis aspirant guide et enfin guide, au minimum quatre ans, à condition de réussir les nombreux examens et de ne pas être victime d’un accident) s’engage dans une très difficile formation.

© Marcel Maurice Demont, novembre 2020.

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Marcel Maurice Demont
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28 novembre 2020
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