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Marie-Jeanne Urech: «L’image est un instantané de la vie qui peut être très inspirant.»

7 juillet 2013
Claude Zurcher
notreHistoire

Lauréate du prix Eugène Rambert 2003 pour son roman Les Valets de nuit, Marie-Jeanne Urech obtient une reconnaissance en Suisse romande que d'autres prix avaient déjà favorisée. Née en 1976 - une année de canicule comme elle aime à le relever - Marie-Jeanne Urech est l'auteure de huit romans, contes et nouvelles. Elle a également réalisé cinq documentaires et court-métrages. Elle nous a accordé cette interview qui enrichit le groupe consacré à Eugène Rambert et lui donne une agréable actualité, en marge de la vidéo présentant la remise du Prix Rambert à Jean Starobinski, en 1965, ou d'un propos radiophonique de 1936 sur l'œuvre d'Eugène Rambert.

Le Prix Eugène Rambert vous inscrit dans la longue et prestigieuse liste des écrivains romands qui ont obtenu cette récompense depuis sa création en 1898. Comment vivez-vous cette reconnaissance?

Marie-Jeanne Urech. Ce prix est comme une remise en lumière de mon livre, paru il y a trois ans. Mon roman prend certainement une autre dimension dans l'esprit des lecteurs maintenant. Et quand je vois la liste des lauréats, je suis aussi impressionnée... je pense à Ramuz et La grande peur dans la montagne qui est un livre fascinant. Je pense à Anne-Lise Grobéty que j'aime beaucoup. Mais je dois dire aussi que je n'ai pas lu nombre de lauréats... Je suis une admiratrice de Boris Vian. Savez-vous qu'il n'a jamais reçu le prix de la Pléiade qui fut par contre attribué à l'abbé Grosjean? Boris Vian en fera d'ailleurs un de ses personnages, l'abbé Petitjean. Je vous parle de cela car l'abbé Grosjean a disparu aujourd'hui, tandis que Vian... Mais je suis vraiment très contente de ce prix. C'est bien pour le livre et pour mon éditeur, Michel Moret. Et pour moi aussi, puisque par sa dimension financière, ce prix représente aussi un soutien réel à la condition d'écrivain.

Votre roman est inspiré de la crise aux Etats-Unis, où vous avez séjournés. Quelle place a le réel, et donc l'actualité ou l'histoire, dans votre travail ?

Le réel a une très grande place. Les Valets de nuit est inspiré de la situation à Cleveland durant la crise des subprimes. Avant de m'y rendre, j'avais lu deux articles dans le Temps qui relataient la situation dans cette ville. Des tour operator étaient organisés pour les promoteurs dans les quartiers de villas abandonnées afin de faciliter leur travail. Et pour aller plus vite, les mises aux enchères n'étaient plus faites dans une salle de vente, mais sur le trottoir, dans les quartiers même. Ces informations que j'avais lues ici et qui m'avait impressionnée, j'ai pu les vérifier sur place. Si le réel me nourrit, l'écriture me permet ensuite de modifier les normes du réel. L'écriture m'offre aussi la possibilité de porter un regard critique sur la société, elle est une force de transformation à laquelle je tiens.

Pour vous, les archives audiovisuelles, et principalement les photographies issues de fonds privés, pourraient-elles être une source d'inspiration littéraire ? Quel rôle donner alors à l'écriture devant les images de ces vies anonymes, disparues, dont subsistent ces fragments sur papier ?

Les photos ont beaucoup d'influence sur moi. Je pense principalement aux photos parues dans les journaux. Mais l'image est aussi un instantané de la vie qui peut être très inspirant. Avec les photos d'archives, il se produit quelques choses de différent encore. Souvent, on sait peu de choses sur les personnes photographiées, sur ces moments capturés. Ces images agissent comme un levier pour mon imagination et sont d'une grande force de liberté.

Vous avez tourné deux documentaires et des court-métrages de fiction, écrit des scénarios… Vous êtes aussi une artiste de l'image. Mais comment concilier l'écrit et le cinéma ? Faut-il d'ailleurs les concilier ?

Pour mon premier roman, le comité de lecture de la maison d'édition où j'avais envoyé le manuscrit releva un aspect visuel, presque cinématographique dans ma façon d'écrire. C'est vrai que je structure mes livres comme des scénarios. Les chapitres sont courts, ce sont presque des plans séquence, avec une unité de temps et de lieu. Il y a sans doute une grammaire cinématographique qui marque mon style d'écriture. Et des liens entre mes documentaires et mes livres existent aussi. Je pense particulièrement à une personne que j'ai rencontrée lors de la préparation de mon documentaire sur un hôtel pour SDF, à Londres, et qui a inspiré le caractère d'un personnage de mon roman. C'est complémentaire et différent, bien sûr. Pour le cinéma, il faut une équipe et de l'argent. Pour la littérature, c'est un travail solitaire qui peut se conduire avec peu de moyen...

Vous travaillez à un nouveau roman inspiré par votre séjour à Zoug, où vous avez eu comme voisins des boîtes aux lettres ! Ce roman sera-t-il dans la veine des précédents où une critique de la société est toujours présente? Cela semble être le cas, non ?

Oui, cette critique est un élément important de mon travail. Lorsque j'étais en résidence d'artiste à Zoug, j'ai été frappée par toutes ces boîtes aux lettres sur lesquelles sont inscrits parfois une dizaine de noms de personnes ou de sociétés qui ne sont pas réellement là. Cette façon de chercher à payer moins d'impôts n'est pas reluisante. La résidence d'artiste était située dans l'aile d'un couvent de capucines. Les sœurs étaient âgées et ne trouvaient pas de novices pour les remplacer. Elles ont même cherché jusqu'en Inde... Personne, pas de relève. Or ce couvent est un propriétaire terrien important dans la région. C'est comme si tout le monde attendait la fin de cette congrégation pour s'emparer de ses biens. C'est ce climat que m'a inspiré.

Propos recueillis par Claude Zurcher

Marie-Jeanne Urech, Les Valets de nuit*, Editions de l'Aire*

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  • Martine Desarzens

    Merci pour cet interview passionnant ! Si jeune et déjà un tel parcours, c'est impressionnant ! Quelle artiste complète; tant de talents réunis, toutes les bonnes fées se sont penchées sur son berceau; écrivain, cinéaste réalisatrice, scénariste.......c'est impressionnant, mais certainement aussi beaucoup de travail ! Je connaissais l'écrivain, grâce à cet interview, dès aujourd'hui je vais découvrir la cinéaste..... MERCI pour ce partage et encore beaucoup de félicitations à Marie-Jeanne Urech..... et précipitez vous sur son site drôle, si bien fait avec le cerveau en mouvement........voir ;http://www.marie-jeanneurech.com/debut.html

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