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J'ai vécu au temps du coronavirus

18 avril 2022
Jean-Yves Gabbud

Avons-nous vécu un moment historique? Ou vivons-nous, encore, un moment historique? Peut-être. Il marquera en tout cas l’histoire personnelle de nombre de ceux qui ont vécu cette pandémie.

Journaliste au Nouvelliste, je vous propose de raconter ce qui s’est passé, en Valais principalement, lorsque le monde a été frappé par la pandémie provoquée par le coronavirus, celui que l’on appelle aussi le ou la COVID-19 (la étant la forme académique, le celle étant le plus plus couramment utilisées) ou le SARS-CoV-2.

Une forme d’histoire immédiate...

Ce récit qui a été complété tout au long de la pandémie le sera encore... si la suite de la pandémie

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Une maladie au bout du monde

Le coronavirus. Tout d’abord une nouvelle maladie lointaine apparue à l’autre bout du monde.

Une crainte en Suisse au début 2020? Oui, légère. Il y a des milliers de morts oui, mais en Chine. C’est loin.

Il y a une «règle» journalistique, terrifiante, mais qui se vérifie si souvent: celle du mort/kilomètre. Plus l’éloignement avec un événement est important, plus il faut de victimes pour qu’on (lecteur et journaliste) s’y intéresse.

Le coronavirus a rapidement intéressé. Parce qu’il faisait peur. Un peu. Mais pas plus que ça. On avait connu le SRAS, les fièvres hémorragiques, ébola et bien d’autres maladies qui avaient fait la une, mais qui n’ont pas vraiment touché l’Europe. Donc, le nouveau virus chinois...

Puis, d’un coup, il a fait un saut et est apparu en Italie, puis a touché le Tessin.

On a minimisé. Il s’agissait d’un homme revenu de Chine. Un cas touchant un secteur isolé.

Le virus arrive

Puis un cas est apparu dans le Haut-Valais. Le grand public a pensé qu’il fallait agir. Mais comment? Une des principales idées consistait à fermer les frontières, mais c’était une option loin de faire l’unanimité, surtout que de nombreux cantons dépendent des frontaliers pour faire fonctionner leur système sanitaire et une partie de leur économie.

Lorsque le nombre de cas a augmenté, en Valais, l’UDC a demandé d’annuler la session du Grand Conseil de mars 2020, qui s’est déroulée du 9 au 13. Les autres partis ont dénoncé une manœuvre politique et les députés ont nettement refusé l’idée. Les parlementaires ont arrêté de se serrer les mains ou de se faire la bise, mais ils ont continué de siéger dans des locaux exigus à Sion, en n’ayant que quelques centimètres entre chaque élu. A ce moment-là, personne ne porte de masque, personne n’y songe d’ailleurs.

Le dernier jour de cette session de mars, le conseiller d’Etat en charge de l’économie, Christophe Darbellay invite les députés et la population à profiter du week-end qui s’annonce pour skier avant que le confinement soit décrété. Le même jour le Conseil fédéral impose la fermeture des remontées mécaniques...

Le 13 mars, le Conseil d'Etat valaisan incorpore donne une conférence de presse en présence du chef de la police valaisanne et du médecin cantonal, les participants sont assis, serrés les uns à côté des autres.

C'est le 13 mars. Ce jour-là, le Valais enregistre le premier décès lié au coronavirus.

Ces épisodes montrent qu’à ce moment-là, même les plus hautes autorités politiques n’ont pas pris conscience du fait que le virus circule sans que les gens soient malades.

La vie sociale chamboulée

La session de juin est annulée. Les suivantes sont décentralisées à la Simplonhalle de Brigue, puis au Cerm de Martigny, avant de retourner à Brigue, pour bénéficier de plus d’espace et garantir une distanciation sociale entre les élus. Ces séances extramuros dureront jusqu'en novembre 2021.

Les mesures du premier confinement sont globalement bien acceptées. La hausse du nombre de cas, d’hospitalisations et de décès justifie les mesures prises aux yeux de quasiment tout le monde.

Un petit moment de crainte surgit au moment de la mise en place des premières mesures. Dans les rayons des magasins certains produits de base sont achetés en masse, notamment le papier toilette et certaines boîtes de conserve. Malgré l'ampleur des achats, il n'y aura aucune véritable pénurie, juste durant quelques heures un ou l'autre rayon vide.

Sur les réseaux sociaux, les messages qui dominent demandent des mesures plus strictes. Un petit parti, le Rassemblement Citoyen Valais lance même une pétition pour durcir le confinement et recueille 6500 signatures.

Le semi-confinement dans lequel le pays est plongé fait naître de nouvelles manières de vivre. De nouvelles attitudes aussi. Des actions de solidarité sont mises en place un peu partout. Les jeunesses des villages s’organisent dans tout le canton pour venir en aide aux aînés, par exemple.

Les frontières étant fermées, on redécouvre le commerce de proximité, le producteur du coin.

Des concerts d’un genre inédit sont organisés. Certains soirs, à la même heure, des musiciens jouent le même morceau chez eux ou seul dehors. Les vidéos circulent sur les réseaux sociaux et font un carton.

Tous les soirs, à 21h, les gens sortent sur leur balcon et applaudissent, en hommage au personnel médical engagé dans la lutte contre le coronavirus. (Conséquence de cette situation, le 28 novembre 2021, le peuple suisse accepte une initiative populaire apportant un soutien aux personnels des soins.)

Une grande partie de la population bénéficie des réductions d’horaires de travail (le mot RHT entre dans le langage courant), associée pour certains à une perte de revenu. L’ambiance est pour le moins particulière, marquée par les places et les rues vides qui ont succédé à la folie du carnaval en Valais.

Pendant une période, celui qui se promène dans la rue est regardé de travers, s'il n'a pas l'excuse de sortir un chien ou de faire ses courses. A plusieurs reprises, je constate que des personnes changent de trottoir en me voyant arriver. Une certaine peur règne.

Le pays vit au rythme des conférences de presse du Conseil fédéral; une phrase du conseiller fédéral Alain Berset deviendra même culte lorsqu’il déclare que le déconfinement se fera «aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire», expression qui fera même l’objet d’inscriptions sur des t-shirts. Le Valaisan Daniel Koch, le chef de la division des maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique, parfaitement inconnu du grand public jusque-là, devient une personnalité reconnue, avant son départ à la retraite à la fin de la première vague.

Un moment difficile pour la presse

Pour la presse, la situation est paradoxale. Les entrées publicitaires chutant brutalement, les employés doivent réduire leur temps de travail pour permettre la réduction de la masse salariale et dans le même temps, il n’y a jamais eu une telle demande d’informations de la part du public, confronté à une masse de «Fake News» qui fleurissent à travers les réseaux sociaux et à une communauté scientifique qui ne parle pas d’une seule voix, comme le montre la controverse sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. Les visites sur les sites des médias mainstream battent tous les records en mars. Les journaux, privés d’événements et de rencontres sportives, ont tendance à devenir monothématiques. Entre le début février et la mi-juin, Le Nouvelliste, par exemple, consacre 3200 articles au coronavirus. Il y en aura des milliers d'autres par la suite...

De vives critiques se font jour face aux articles payant mis en ligne sur le thème de la pandémie. Plusieurs médias passent une grande partie de leur contenu en gratuit et en appellent à la solidarité. Un rebond des abonnements est alors constaté pour plusieurs titres, un phénomène qui s’explique aussi par le fait que les médias ne sont plus accessibles dans les cafés qui ont dû fermer leurs portes.

Les médias font face à une certaine forme de défiance, laquelle explique en partie le fait que le paquet d'aides aux médias, soumis en votation populaire le 13 mars 2022 a été rejeté (54.6%).

Tout recommence comme avant

Pendant la première vague, de nombreuses voix s’élèvent pour dire que le monde va changer, que l’état d’esprit va s’améliorer, allant vers moins de consommation, une consommation plus locale, plus consciente, plus respectueuse des valeurs et de l’environnement.

Dès la réouverture des commerces et des restaurants, ces attentes sont douchées. Les consommateurs se précipitent dans les commerces. Plus emblématique encore: de longues colonnes se forment devant les McDrive. La société de consommation et les fast-foods ne sont pas morts. Par contre, le télétravail et les vidéo-conférences rentrent dans les mœurs.

Durant l’été, la majeure partie de la population suisse passe ses vacances en Suisse et (re)découvre son pays. Les hôtes nationaux compensent l’absence des touristes étrangers. Au moment de faire le bilan, la plupart des stations ont réalisés une bonne à très bonne saison estivale. Le marché des résidences secondaires, qui était en léthargie depuis la lex Weber, retrouve une nouvelle dynamique, notamment grâce au fait que des citadins découvrent qu'ils peuvent vivre et travailler à la montagne dans un cadre agréable au lieu de se retrouver à l'étroit dans un appartement.

Après le déconfinement, la population baisse petit à petit la garde, malgré les mises en garde des autorités. Les taux de nouvelles contaminations étant extrêmement bas, la menace que représente le coronavirus n’est plus prise en considération. Sur les réseaux, l’idée que la coronavirus n’est qu’une «gripette» se propage.

Faible impact économique

La première vague n’a pas provoqué trop de casse sur le plan économique, grâce aux mesures de soutien lancées par la Confédération et les cantons. Grâce aux réductions d’heures de travail, le taux de chômage reste bas, dépassant juste les 3%.

Le recul du PIB est finalement relativement modeste (-2,7% en 2020), avant un rebond en 2021 (+3,7%), reprise qui se poursuit en 2022 avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Grâce aux mesures étatiques, le nombre de faillites connaît même une baisse significative en 2020.

La deuxième vague

Lorsque le nombre de nouvelles contaminations commence à augmenter à nouveau à la fin septembre 2020, les premières personnes positives sont jeunes. Elles ne développent pas de symptômes ou très peu. Le terme asymptomatique rejoint la liste des nouveaux mots que le monde apprend durant cette pandémie. Il y a alors peu de patients hospitalisés. Ce qui fait dire à certains utilisateurs des réseaux sociaux que le virus a perdu de sa virulence et qu’il ne représente plus un danger.

Si les grandes manifestations (Foire du Valais, combats de reines, fête de la châtaigne ou Mondial de cyclisme) sont annulées, les Valaisans se rencontrent tout de même, dans des cercles privés ou, notamment pendant les élections communales, dans les bistrots.

Le virus finit par passer d’une génération à l’autre.

Le traçage de l’entourage des personnes positives, que l’on espérait être capable de stopper la vague, est vite débordé. Les gens qui subissent les tests sont de plus en plus nombreux. La queue devant l’hôpital de Sion va s’allonger; pendant quelques jours les patients doivent attendre pendant 2h30, dans le froid. Cette situation ne durera pas, de nouvelles structures sont mises en place.

La deuxième vague déferle et provoque plus d’hospitalisations et de décès que la première, frappant principalement la Suisse latine.

En Valais, au sommet de la première vague il y avait eu au maximum 154 hospitalisations de patients Covid simultanées. Lors de la deuxième, ce chiffre est monté jusqu’à 344 (8 novembre 2020). Le système hospitalier a passé à deux doigts de la saturation.

La protection civile, les pompiers, puis l’armée sont appelés à la rescousse. Les cliniques privées sont engagées dans le processus de lutte.

Le Valais sera le premier canton à annoncer de nouvelles mesures pour enrayer la deuxième vague, rapidement suivi par les autres cantons romands.

La vague des décès arrivent quelques jours après celle des hospitalisations, au moment même où le nombre de cas positifs entame une décrue relativement rapide.

En Valais, au lieu des 55 décès hebdomadaires (toutes causes confondues) enregistrés en moyenne en temps normal, plusieurs semaines consécutives en octobre-novembre 2020 dépassent les 100 morts, avec un pic à 131 décès en sept jours. Pour faire face à cette situation, le crématorium de Sion fonctionne 24 heures sur 24.

Sur l'ensemble de l'année 2020, le Valais a enregistré 337 décès de plus que 2019, soit une hausse de 11,7% (12,1% au niveau national). Les morts supplémentaires ont principalement été enregistrées dans les classes d'âge les plus élevées. Chez les plus de 80 ans, la hausse du nombre de décès en Valais est de 17,1%.

Contestation et complotistes

Malgré le nombre élevé de victimes, un mouvement informel de contestation des mesures mises en place se fait jour, surtout sur les réseaux sociaux. Sur le terrain, en Valais il n’y a eu que très peu de rassemblements. Le premier, interdit, à réuni une petite centaine de personnes pacifiquement à Sion le 20 février 2021. Un mois plus tard, le 27 mars, la Ville de Sion autorise une nouvelle manifestation qui attire 200 personnes. Il y en aura d'autres, plus tard, mais l'importance ne croît pas.

Sur Facebook, par contre, les commentaires deviennent extrêmement vifs. La perte de liberté et la peur des conséquences économiques des mesures sont évoquées; une partie des internautes remet en doute les statistiques officielles, parce que la très grande majorité des personnes positives décédées avaient des comorbidités. Et, surtout, l’âge moyen des victimes est extrêmement élevé, largement plus de 80 ans. L’exemple suédois est souvent cité en exemple, lui qui semble chercher l’immunité collective en ne prenant qu’un minimum de mesures pour stopper la hausse des contaminations.

Les internautes se traitent de complotistes ou de moutons et le nombre «d’experts Facebook» en épidémiologie ou en virologie se développe rapidement. Les incertitudes qui planent même dans le monde scientifique sur la pandémie en cours n’aident pas à la sérénité des discussions, pas plus que certaines décisions des autorités. Par exemple, lors de la première vague, alors qu’il n’y a pas de masques de protection à disposition, les autorités fédérales, le conseiller fédéral Alain Berset en tête, expliquent qu’il n’est pas nécessaire de le porter et le déconseillent même, disant qu’il offre une fausse sécurité; lors de la deuxième vague, le même masque devient obligatoire dans les transports publics. L'obligation va vite s'étendre à d'autres lieux, comme les magasins notamment.

Des statistiques peu fiables viennent alimenter la rhétorique des personnes qui critiquent les autorités. Ainsi, par exemple, en septembre 2021, le canton du Valais révise le bilan des décès liés au Covid. D'un coup, le nombre total de morts baisse de 113 unités, pour passer de 785 à 672. Diverses erreurs sont évoquées, mais aussi le fait que certains patients sont morts en ayant le Covid, mais sans que le coronavirus ne soit la cause principale du décès. Le terme de comorbidité vient enrichir le vocabulaire commun.

Les mesures changent

Les mesures changent régulièrement. Pour gérer la deuxième vague, la Confédération laisse, dans un premier temps, la main aux cantons. On se retrouve avec des restaurants fermés ici et ouverts quelques kilomètres plus loin. Il s'en suit un certain tourisme interne pour détourner les fermetures. De nombreux Romands se retrouvent ainsi sur les terrasses des bistrots bernois qui n'ont pas encore fermés, ce qui contribue à la circulation du coronavirus.

Face à la hausse du nombre de cas, la Confédération finit par reprendre la gestion de la pandémie à son compte. En Valais, les restaurants ouvrent quelques jours avant d'être refermés.

La plupart des pays d'Europe ferment leurs pistes de ski. Les cantons alpins font pression pour que la Suisse gardent les siennes ouvertes, ce que la Confédération accepte.

L'arrivée des vaccins

A la fin novembre 2020, le monde attend un ou des vaccins, un moyen de lutte qui provoque des controverses virulentes entre les pros et les anti-vaccins, qui deviendront les antivax dans le langage courant.

Le Valais est aux premières loges, puisque le principe actif de l’un des vaccins autorisés, celui de la firme américaine Moderna, est fabriqué à Viège, chez Lonza.

Le 28 décembre 2020, le premier vaccin est administré en Valais. Ce sont les patients des services de gériatries, puis les résidents des EMS qui sont vaccinés en premier, parce que ces personnes sont les plus vulnérables.

Le 11 janvier, la vaccination débute dans les cabinets médicaux, en commençant par les personnes de plus de 75 ans.

Les vaccins, qu'une bonne partie de la population ne veut pas recevoir en raison du manque de recul, arrivent au compte-goutte. Une nouvelle polémique survient, sur le manque de préparation des autorités.

La campagne de vaccination massive se met tout de même en place et permet de retrouver petit à petit une vie de plus en plus normale.

La population anticipe dans certaines circonstances ce retour à la vie d’avant, notamment lorsqu’il n’y a pas de contrôles. Je me retrouve le 29 mai 2021 à l’inalpe de Fully, alors que les restrictions sont toujours en vigueur et les événements en extérieur limités à 100 participants: personne ne porte de masque, les distances ne sont plus respectées et les poignées de mains refont leur apparition et prennent le dessus sur une habitude qui s’était installée durant la pandémie qui consiste à se toucher le poing fermé plutôt que la main ouverte.

Durant l'été 2021, comme une année auparavant, les mesures de protection se relâchent, notamment lors des rassemblements qui se tiennent pour suivre l'Euro de foot. Les appels à la prudence liés à la présence d'un variant Delta restent lettre morte. La question qui se pose alors est: la vaccination sera-t-elle suffisante pour éviter une nouvelle vague à l'automne?

Le certificat Covid

Le retour à la normale s’accompagne de l’arrivée d’un certificat montrant que l’on est soit guéri du Covid, soit vacciné, soit testé négatif. Pour l’organisation de nombreuses activités et les voyages à l’étranger le certificat est exigé. Celui-ci prend la forme d'un QR Code installé sur le téléphone portable (photo en tête de cet article) ou par un certificat papier.

Un débat s’oriente sur cette question: le certificat introduit-II une discrimination entre les gens?

Les autorités suisses choisissent de suivre l’Union européenne sur cette question et créent un certificat eurocompatible.

Sur ce point encore, les règles mouvantes font grincer des dents. Ainsi, par exemple, les personnes qui ont été malades, mais qui n’ont subi qu’un test rapide (qui a suffi à les confiner) n’obtiennent pas de certificat, parce que l’Union européenne ne reconnaît que les tests PCR, jugés plus fiables.

Il faudra attendre la mi-novembre pour qu'un certificat, valable uniquement en Suisse, soit proposé aux personnes guéries qui peuvent justifier, lors d'un test sérologique payant, d'un certain nombre d'anticorps.

Lorsque le frémissement d'une quatrième vague de contamination se fait sentir durant l'été 2021, le Conseil fédéral décide de serrer la vis aux non-vaccinés. Le 13 septembre 2021, le certificat Covid devient obligatoire pour de nombreuses activités: pour manger à l'intérieur d'un restaurant (mais pas en terrasse), pour aller au cinéma, au musée, etc. Des événements privés exigent également le pass sanitaire (que certains écrivent passe), tout comme des conférences de presse. Cette obligation crée une vague de vaccinations, objectif avoué du Conseil fédéral.

Les universités et les hautes écoles spécialisées décident les unes après les autres d'exiger le pass Covid pour assister aux cours en présentiel. Les cours sont également assurés en vidéo. Pendant un temps, des tests poolés (collectifs) répétitifs sont mis en place pour les étudiants et restent gratuits.

La situation pour les non-vaccinés devient très compliquée à partir du 10 octobre 2021, date à partir de laquelle les tests Covid ne sont plus pris en charge financièrement par la Confédération. Ils se retrouvent ainsi de facto exclus d'un nombre important d'activités sociales, à moins de passer à la caisse pour se faire tester.

Un nouveau vocabulaire apparaît en même temps que les restrictions s'affinent. Certaines manifestations sont autorisées pour les individus 3G (pour geimpft/vaccinés, genesen/guéris ou getestet/testés négatifs), d'autres seulement pour les 2G (vaccinés et guéris, ce qui exclut les personnes testées). Puis, il y aura encore les 2G+, qui exigent un test négatif même pour les vaccinés ou les guéris.

Les règles deviennent compliquées et beaucoup s'y perdent.

De la solidarité à l'invective

Avant que le vaccin arrive, une première fracture dans la société apparaît. Les plus jeunes, que le coronavirus n'affecte que peu, se sentent restreints dans leur liberté pour protéger les plus âgés, qui eux sont beaucoup plus touchés par les formes graves de la maladie. Dans un premier temps, les personnes âgées se sentent la cible des critiques de la société.

A la fin de l'été 2021, le temps de la solidarité semble bien lointain. La société se divise à nouveau. Les camps qui se font face ont évolués. Les échanges, notamment sur les réseaux sociaux, deviennent houleux.

Ceux que l'on appelle les antivax comparent la période vécue à celle de la seconde guerre mondiale. La dictature sanitaire ou la dictature tout court est dénoncée.

D'autres non-vaccinés ne souhaitent pas franchir le pas du vaccin, parce qu'ils ne font pas confiance à une technologie apparue rapidement et sur laquelle, à leurs yeux, on manque de recul.

Certaines personnes vaccinées se montrent également virulentes, ne comprenant pas que d'autres refusent de faire l'effort de la piqûre pour que le pays puisse enfin sortir de la crise sanitaire.

Les débats deviennent vifs, même à l'intérieur des familles.

Des manifestations contre le pass sanitaire sont organisées aux quatre coins du pays. Elles se multiplient à l'approche du 28 novembre 2021, date de la deuxième votation sur la loi Covid, sur la partie qui introduit le pass sanitaire.

Plusieurs personnalités politiques font l'objet d'insultes, voire même de menace de mort. Ainsi, les conseillers d'Etat Mathias Reynard en Valais et Mario Poggia à Genève déposent plainte pénale à la mi-novembre 2021.

Les réseaux sociaux, notamment Facebook, censurent les fake-news relatives au coronavirus. Des personnalités politiques, comme l'ancien conseiller d'Etat valaisan UDC Oskar Freysinger, sont ainsi censurées.

Des affaires, comme celle d'un restaurant zermattois qui refuse de contrôler les pass sanitaires de ses clients, font les gros titres. L'établissement se retrouve avec des blocs de béton posés par la police devant son entrée. Ses gérants passent finalement quatre jours en prison.

A l'automne 2021, l'augmentation du nombre de cas pousse les autorités à mener campagne en faveur de la vaccination. Le Conseil fédéral va même aller jusqu'à mettre en place une semaine de vaccination, avec des concerts gratuits, qui tournent au fiasco. Des personnes réservent les places gratuites et ne vont pas assister aux concerts. Apparemment, il s'agit d'une campagne des antivax.

Deux référendums sont organisés contre la loi Covid. Le peuple suisse dit oui à cette loi en juin et en novembre 2021, par deux fois à plus de 60%. Ces acceptations montrent qu'une majorité de la population soutient la politique menée par les autorités fédérales.

Plusieurs mesures prises le sont pour pousser à la vaccination. Le Gouvernement suisse n'ira toutefois pas aussi loin que le président français Emmanuel Macron qui affirme publiquement vouloir "emmerder" les non-vaccinés.

Cinquième vague

Une grande partie de la population vaccinée pense pouvoir reprendre une vie quasiment normale, notamment grâce au pass sanitaire.

La Foire du Valais 2021, qui se déroule du 1 au 10 octobre, devient le premier événement de masse à se dérouler depuis le début de la pandémie. A ce moment-là, le coronavirus circule peu. Avec le pass sanitaire et les tests pour les non-vaccinés, la Foire ne crée pas de cluster et se déroule normalement, même si le nombre d'entrées est en retrait.

A la fin de l'automne, le nombre de cas repart à la hausse. Au début décembre, les hôpitaux commencent à nouveau à être saturés. Un nouveau variant du virus, baptisé omicron, fait son apparition et crée une vague de panique en raison de la rapidité de sa propagation.

Le Covid nous fait passer en revue les lettres de l'alphabet grec. Après le variant Delta, voici donc Omicron. Il se répand à une vitesse folle sur toute la planète. Pendant un temps, très court, les voyageurs provenant de pays touchés par Omicron ne peuvent entrer en Suisse, mais la Confédération est vite contaminée elle aussi et Omicron devient majoritaire.

A la mi-novembre 2021, une vaccination de rappel (une troisième piqûre) est lancée. Elle sera rapidement appelée booster, un terme plus positif.

Les personnes vaccinées, voire même boostées, tombent malgré tout malades durant une cinquième vague qui voit des records de contaminations quotidiennes.

Fort heureusement, Omicron s'avère plus contagieux, mais moins dangereux que les variants précédents, notamment parce qu'il infecte une population mieux protégée grâce à la vaccination ou à une infection précédente.

Malgré tout, les hôpitaux vivent des moments difficiles et doivent, une nouvelle fois, stopper certaines opérations non urgentes pour laisser la place aux patients Covid.

En janvier 2022, en pleine vague, il est question d'une rapide sortie de crise, puisqu'on espère qu'entre le vaccin et l'immunité donnée par les contaminations, l'homme pourra faire face au virus. On espère alors que le coronavirus devienne une forme de nouvelle grippe saisonnière.

Face à la maladie

J’ai été touché personnellement par le coronavirus. Peut-être même plusieurs fois.

En février 2020, j’avais plusieurs symptômes, notamment une violente toux et des expectorations.

Le Covid? Impossible de le savoir. Faute de tests en suffisance, seules les personnes à risque sont testées à ce moment-là. Je ne subirai donc pas de test. Je ne porte pas non plus de masque, qui ne se trouve que difficilement et qui est déconseillé par les autorités.

Malgré ma toux, je continue donc de travailler en open space, en veillant simplement à garder les distances, en toussant dans mon coude et en me lavant régulièrement les mains…

Une année plus tard, en février 2021, j’ai été mis en quarantaine après avoir eu un contact avec une personne positive. Le système de contact tracing me contacte rapidement. Je me suis donc retrouvé isolé, avant même l’apparition des symptômes... ce qui arrive quelques jours plus tard. Rendez-vous avec une pharmacie pour le test rapide qui se passe dans un container en extérieur; le verdict positif tombe en moins d’un quart d’heure. J’ai pu constater dans les jours qui suivent que le coronavirus n’a rien de la «gripette» annoncée par certains...

En parlant avec d’autres personnes contaminées, je constate que les symptômes varient d’une personne à l’autre, pour moi ce sera surtout une forte fièvre (le thermomètre frôle les 40 degrés) pendant plusieurs jours. Après la guérison, certains désagréments persistent sur une longue période, ce que l'on appelle le Covid-long: sommeil et essoufflement en ce qui me concerne, ainsi qu'une certaine insensibilité sur une cuisse.

Lors de l’arrivée des certificats Covid, je me le vois refuser parce que je n’ai subi qu’un test rapide en pharmacie et non un test PCR lorsque j’ai été malade. Pour continuer à vivre plus ou moins normalement, je dois multiplier les tests, notamment lors de la Foire du Valais.

Puis lorsque les tests deviennent payant, j'ai l'impression d'être un pestiféré, devant par exemple rester à l'extérieur des restaurants et me voyant privé de cinéma ou de musée. Même l'accès à certaines conférences de presse ne me sont pas permises.

A la mi-novembre 2021, j'aurai droit à un pass pour personne guérie, soit neuf mois après ma contamination. Il n'est valable que trois mois.

Lorsqu'arrive Omicron, il y a tellement de personnes malades et tellement d'autres qui doivent se faire tester pour pouvoir participer à des événements que les centres sont saturés. A l'approche de Noël 2021, j'éprouve à nouveau des symptômes. Impossible de me faire tester. Je fais un autotest, comme des milliers de Suisses qui se retrouvent ainsi chez eux à jouer aux petits chimistes pour savoir s'ils sont positifs ou non. Mon autotest dira que je suis négatif, mais leur fiabilité est remise en question. Toujours est-il que les symptômes disparaissent rapidement. A la lecture de nombreux articles, je suis persuadé d'avoir été à nouveau contaminé par le nouveau variant (sueurs et température nocturne)s.

L'expérience du télétravail

A la mi-mars 2020, la rédaction du Nouvelliste, le quotidien valaisan qui m'emploie, passe en mode télétravail.

Je pensais quitter le bureau pour quelques jours, finalement la période de télétravail complet dure presque quinze mois.

Le retour se fait progressivement; le travail en open space se passe en portant le masque toute la journée. L’ensemble des employés de mon entreprise doivent passer par ce qui est appelé les tests poolés; en réalité, on crache dans un récipient par groupe de dix, l’analyse ce fait donc pour un groupe et non individuellement. Ce système ne durera que quelques semaines. Ensuite, le travail recommence, presque, normalement.

En décembre 2021, avec la cinquième vague, le télétravail redevient obligatoire là où il est possible. Une nouvelle période de travail à domicile s'ouvre. Cette fois, il ne durera que quelques semaine.

La fin de la pandémie?

Le 17 février 2022 est le jour où la pandémie semble s'être arrêtée en Suisse. A cette date, la quasi totalité des mesures tombent dans le pays, à part l'obligation du port du masque dans les transports publics qui reste obligatoire encore quelques semaines.

D'un jour à l'autre, les Suisses ont recommencé à vivre quasiment comme avant.

Le coronavirus continue de se répandre, des lits d'hôpitaux sont toujours occupés par des patients infectés, mais la pandémie est sous contrôle.

Par contre, certains voyages à l'étranger restent toujours compliqués en raison des mesures qui y sont maintenues.

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Jean-Yves Gabbud
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