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L'école buissonnière Repérage

1 avril 1954
Monique Ekelof-Gapany
Monique Ekelof-Gapany

Maintenant, je suis en 3ème primaire, chez Sœur Véronique, une religieuse très douce. Mais la plupart des sujets imposés à l'école m'ennuient. Les rares histoires que la maîtresse nous raconte, mes sœurs me les ont déjà racontées en y ajoutant des détails de leur invention. La version originale me semble bien fade.

En passant un jour devant la Porte-Neuve, le nouveau grand magasin qui vient d'ouvrir ses portes et qui se trouve sur le chemin de l'école, je remarque une démonstratrice, qui offre gratuitement aux passants une assiette de soupe fumante. Elle m'en propose une. Je l'accepte avec plaisir. Ce sont des soupes en sachet dont elle vante les qualités. Je l'écoute, intéressée par tous ses arguments. Elle n'a aucune difficulté à me convaincre. Je suis plantée là, j'oublie l'heure... Elle me propose alors de l'aider. Elle ne peut quitter le stand et a besoin d'un renfort pour relaver les assiettes, dans les vestiaires du magasin…

Soudain, je me sens devenir adulte en un instant. Je suis l'aide qu'il lui faut ! Finis les devoirs, l'école ennuyeuse, à moi la vraie vie !

Je porte des piles d'assiettes sales que je relave dans le petit lavabo des toilettes réservées aux employées de la Porte-Neuve. L'une ou l'autre vendeuse, étonnée, me demande si j'ai congé, ou pourquoi je ne suis pas à l'école. Mais je me tais en essuyant ma vaisselle.

Vers midi, les grandes filles de la classe de ma sœur Raymonde me remarquent derrière le stand. Toute fière, je leur tends une assiette de soupe. Elles en sont très contentes et disparaissent joyeusement. D'autres camarades arrivent, elles reçoivent chacune une assiette de soupe, au choix : champignons, poireaux, tomate, fines herbes… Bien sûr, elles m'envient énormément. L'une d'elles me demande quand je compte retourner à l'école…

-« A l'école ? Moi ? Jamais ! »

Le lendemain, à midi, je vois arriver à mon nouveau poste de travail, Sœur Véronique, accompagnée de quelques copines de classe. J'essaie de me cacher mais, trop tard !

Elle m'a vue. Elle s'adresse alors directement à la démonstratrice… La vendeuse de soupe en sachets, embarrassée, hoche affirmativement de la tête. Sœur Véronique se tourne alors vers moi et me prend gentiment par la main :

-« Une petite fille de 9 ans doit aller à l'école » me dit-elle très sérieusement.

In "Enfants du Rhône"

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  • Claire Bärtschi-Flohr

    Très charmante anecdote. Pourriez-vous donner plus de précisions sur ces "enfants du Rhône" ? Merci !

  • Monique Ekelof-Gapany

    "Enfants du Rhône" une évocation autobiographique à paraître prochainement, et dont j'ai publié ici quelques extraits. Merci de votre intérêt.

  • Claire Bärtschi-Flohr

    Quelle bonne idée ! vous nous tiendrez au courant !

  • Sylvie Bazzanella

    On se réjouit de découvrir l'intégralité de vos textes, très appréciés sur NH.

  • Martine Desarzens

    Chère Monique, vos histoires "Enfants du Rhône" nous font voyager dans le monde d'une certaine enfance, d' adultes, de votre famille avec chaque fois des anecdotes qui émeuvent, font rire ou pleurer….. Merci à Soeur Véronique qui a reposé le cadre du travail des enfants ! Mais comme je comprends ce sentiment d'utilité qui vous habitait à ce moment……

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