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Gabrielle Hånde, de Fribourg à la Norvège Repérage

27 janvier 2020
Oslo
David Glaser, le web éditeur

La communauté de notreHistoire.ch est passionnée! Vous en voulez la preuve? J'en ai des centaines, des milliers. Parmi les nombreux passionnés de notreHistoire.ch, il y a une femme. C'est Gabrielle Hånde. Chez elle, on entend parler cette passion en lisant ses textes, en dévorant ses photos d'un Fribourg passé. On entend la voix de Gabrielle quand elle parle de l'oncle Philippe Rigolet (écrit en réalité, confer le texte de présentation de la galerie consacrée à "L'oncle Philippe"), un Personnage dans la famille de notre chère membre à qui elle a consacré du temps. Elle avait hérité de la collection de photographies de Philippe Rigolet. Entamer un long travail de mise en valeur des archives de l'oncle semblait normales. Contextualisation et précision sont au rendez-vous. Bravo!.

Gabrielle, qui est enseignante et fribourgeoise d'origine, se délecte de raconter des anecdotes au fil de ses galeries. Oui, mais la particularité, c'est qu'elle les raconte de loin. Gabrielle est en effet expatriée. Elle vit en Norvège, ce qui m'a sans doute intrigué. Donc, pourquoi Gabrielle a-t-elle eu envie de s'investir à ce point sur notreHistoire.ch alors qu'elle ne vit plus en Suisse la majorité de son temps? J'ai posé la question. Lisez sa réponse après ce texte dans l'entretien qui lui est consacré. Mais ce n'est que la partie immergée de l'iceberg, allez sur le profil de Gabrielle et vous découvrirez d'autres fonds passionnants dont celui de Lucien et Emma Ducret. Gabrielle a numérisé un carton "Souvenir de l'occupation des frontières - Noël 1914" qui appartenait à ce couple. Et ce n'est pas tout... Je vous laisse découvrir le profil et cette interview qui relient les bureaux genevois de notreHistoire.ch à la capitale norvégienne Oslo le temps de quelques questions. Merci Gabrielle.

A la soupe, Gabrielle et sa cousine Pascale Schmid chez la grand-maman Bernadette dans le quartier de Pérolles en avril 1971

Gabrielle, d'où venez-vous? De quel village?

Ma famille paternelle est originaire de Russy, un hameau perdu au milieu des champs de de la Broye fribourgeoise. Mon grand-père paternel y était né mais il l’a quitté très jeune la ferme familiale quand sa profession de gendarme l’a posté quelques années à Charmey puis à Fribourg. Je suis en fait plutôt citadine. Je suis en effet née à Lausanne et j’ai vécu à Fribourg entre les âges de 3 mois et de 30 ans. Mais par-dessus tout, j’aime à penser que je suis une citoyenne du monde depuis que j’ai testé mon ADN et découvert qu’il contient plusieurs ethnicités.

Fribourg immortalisée par l’œil de Gabrielle.

Comment en êtes-vous venue à quitter la Suisse pour la Norvège?

J’ai rencontré, sur mon lieu de travail, un fringant docteur en ingénierie dont le périple en Suisse s’achevait. Il venait de décrocher un job qui représentait une belle promotion et m’a demandé de partir avec lui. C’était précipité mais très romantique! À l’époque, n’écoutant que mon cœur et ma soif d’aventures, j’ai accepté de le suivre. Je ne me suis rendu compte que plus tard de l’énorme différence de climat, de valeurs et de mentalité à laquelle je me confrontais.

En quelle année était-ce? Ressentez-vous de la nostalgie pour votre région?

Cela fait maintenant 20 ans que je vis en Norvège. J’y ai élevé mes filles, appris la langue, fait des études et travaillé. L’atmosphère chaleureuse, familière et pétulante de mes visites en Suisse contrastait totalement avec mon nouveau mode de vie solitaire et anonyme en Norvège. Je me suis donc appliquée à prendre l’habitude de ne pas penser à la Suisse en Norvège et vice versa. J’ai ainsi évité de trop souffrir mais j’ai aussi perdu tous mes amis au fil du temps !

Filles de Gabrielle

Les filles de Gabrielle, Matilda (à gauche) et Eléonore, des Norvégiennes aux racines fribourgeoises

Lorsque je consulte les images du site, les miennes et celle des autres, je refais ce travail d’oubli à l’envers et c’est une vague de souvenirs et de nostalgie qui me submerge. Je suis souvent très émue.

Quel a été le contexte de votre arrivée sur la plateforme? Pour quelles raisons avez-vous décidé de publier ces photos?

Le travail de recherche et mémoire m’a toujours semblé important. J’ai commencé très jeune à essayer de faire de la généalogie, je dessinais des arbres, je collectionnais les prénoms désuets de mes aïeuls comme des trésors. Et dès qu’il a été possible de créer des arbres sur des sites internet et à utiliser ces ressources pour faire des recherches, je m’y suis affairée. C’est beaucoup plus facile en Norvège où il y a eu des recensements et que toutes ces informations sont disponibles librement sur internet. J’ai à ce jour plus de 1120 personnes sur mon arbre, mais la grande majorité d’entre eux sont perchés sur les branches du côté de mon mari. Une partie est constituée de membres de familles nobles danoises avec des portraits anciens et beaucoup de documents. Ma frustration était grande car je ne trouvais presque rien sur ma propre famille! J’ai aussi fait le test ADN en espérant trouver des indices mais sans travail en amont, on se retrouve juste avec des listes de noms, sans savoir comment et par qui nous sommes de parenté.

Au fil du temps, alors que les gens de la famille nous quittaient et que les photos se trouvaient ignorées, voire menacées, je me suis emparée d’elles comme on recueillerait des orphelins. Mais la solution de les garder précieusement dans un tiroir ne me satisfaisait qu’à moitié. Vous pouvez imaginer ma joie quand j’ai découvert un site suisse où je pouvais les partager et les préserver !

On voit de véritables trésors de la famille Dévaud ou Rigolet. Votre arrière-grand-père entouré de ses deux filles, voilà une photo particulièrement étonnante, que vous êtes-vous dit en (re)découvrant cette photo?

Il y a deux membres de la famille qui n’ont pas eu de descendance directe et dont j’ai hérité de beaucoup de photos. C’est en préparant ces images en grand sur mon écran, et en écrivant des descriptions pour votre plateforme, que j’ai vraiment commencé à les détailler, à me souvenir, à poser des questions et à reconstruire des vies comme des puzzles. J’utilise parallèlement « geneanet.org » qui offre les archives de certains journaux. J’ai été bien récompensée de ce travail de fourmi par la découverte d’exploits, de belles histoires, de quelques surprises et par une sorte de connexion, bien qu’unilatérale et potentiellement romancée, avec chacun de ces ancêtres en noir et blanc.

C’est une grande affection que je ressens en voyant mon arrière-grand-père, embusqué derrière son énorme moustache, sur la photo que vous mentionnez. Étant mort en 1939, je ne connais de lui que certains faits qui peuvent expliquer sa contenance sérieuse, voire affligée sur les quelques photographies qu’on a de lui. Cette photo est aussi merveilleuse parce que j’y vois ma grand-tante Cécile (celle de droite) de qui j’étais très proche. Cette image de jeune femme, avec des couettes, aux côtés de son papa et de sa sœur contraste avec la vieille dame de mes souvenirs, qui aimait tricoter et qui nous offrait des caramels mous.

Êtes-vous surprise par certaines de ces photos? Qu'est-ce qu'elles vous enseignent?

Il y a des surprises avec chaque photo. Je les regarde et je note tous les détails avec bonheur. Bien que résolument moderne et appréciative de mes commodités et des bénéfices du progrès, j’aime m’immerger dans le passé et me laisser toucher. J’aime comme la manière dont ces photos des gens et lieux que je connaissais déclenchent des souvenirs. Il m’arrive de soudain revoir une pièce, réentendre une voix familière ou même sentir un parfum ou un cigare et j’imagine que c’est le cas pour la plupart des gens de notreHistoire qui chérissent ces photos d’antan. Et puis sur mes photos, je découvre des ressemblances. Ma fille cadette a des cheveux sombres et lisses et j’ai découvert sur une photographie que ce sont les mêmes que ceux de mon arrière-grand-mère Rosalie. Quant à moi, j’ai découvert que mes larges épaules et ma très grande taille sont un héritage Rigolet dont je suis maintenant très fière.

La confirmation d'Eléonore, la fille cadette de Gabrielle avec la famille et les amis. Avec Bjørn, le mari de Gabrielle. A l’arrière plan les deux frères du mari, sa tante et des parents d'amies d’Éléonore. Elle est habillée du costume traditionnel de Gudbrandsdalen.

L’enseignement que je tire de ces photos est effrayant mais précieux. Memento mori , les amis ! Il est très émouvant de contempler ces visages en sachant quel va être leur parcours, leurs épreuves et leur fin. J’ai perdu mon neveu, ma tante, ma grand-mère et mon père en 2019 et je suis depuis vraiment consciente que le temps passe trop vite, J’essaie dorénavant de profiter consciemment de tous les petits bonheurs.

Matilda, la fille aînée de Gabrielle avec son bus de fin d’études. Les étudiants y font la fête toutes les nuits pendant 15 jours en mai. Ceux qui survivent se présentent alors pour leurs examens de bac.

Matilda avec le chat de la famille qui est un joli spécimen de chat des forêts norvégiennes.

Avez-vous encore des photos non publiées? Continuez-vous à en rechercher?

J’ai encore une bonne quantité de photos non publiées, dont beaucoup de portraits de personnes dont j’ignore l’identité. J’espère toujours qu’ils seront reconnus et que je pourrai leur donner un nom mais je suis consciente que c’est peu probable. Et comme disait mon père qui ne partageait pas ma vision et que j’exaspérais avec mes questions : « Mais enfin ! Ils sont morts, ces gens ! ».

Trouvez-vous encore des documents quand vous revenez en Suisse dans les greniers des membres de votre famille, dans des albums photos?

Je ne possède que les images anciennes qui se trouvaient dans des boîtes. Ma mère possède tous les albums de la parenté plus proche. Il faudra que je prenne la peine de les scanner lors d’une de mes visites mais il y en a beaucoup et les albums sont épais, fragiles et moins faciles à scanner !

Quels sont vos documents préférés parmi ceux que vous avez publiés sur notreHistoire.ch?

J’aime le portrait de mon arrière-grand-oncle Balthasar qui est d’une qualité exceptionnelle. Il a un sourire mêlé de tristesse et d’une certaine bénévolence qui le rend « joncondesque » et qui me touche beaucoup.

J’aime aussi le portrait de mon arrière-arrière-arrière-grand-mère maternelle Fridoline Barras (née Page) parce que c’est le document le plus ancien de ma modeste collection et qu’elle a l’air si gentille.

Et puis je regarde avec beaucoup d’émotion le portrait de ma grand-mère Bernadette, morte cette année dans sa 102ème année, posant au soleil déclinant avec sa fille, sa mère et sa sœur. Elle résume en fait tout ce que je ressens pour la Suisse maintenant : le souvenir de chauds étés, le réconfort de vivre parmi des gens qui me connaissent et la nostalgie d’une période passée.

Que pensez-vous globalement de notreHistoire.ch?

Je trouve qu’il est facile d’y publier des documents et je trouve difficile de comprendre qu’il n’y ait pas plus de gens désireux de partager. C’est une vraie aubaine !

Et j’ai découvert que les membres de notreHistoire sont des puits de connaissance ! Ils me corrigent, trouvent des explications à mes mystères et savent localiser les emplacements des photos avec une aptitude déconcertante. J’en suis très reconnaissante !

Avez-vous découvert un équivalent à notreHistoire.ch en Norvège?

Il existe un site qui ressemble effectivement au vôtre, où il est possible de publier et de consulter des documents. Il porte le nom bien descriptif de [« musée digital »](https ://digitaltmuseum.no), est géré par le Conseil des Arts de Norvège et a reçu le prix « Héritage in Motion 2019 ». Il existe aussi en Suède et au Danemark. Après de nombreuses heures passées à admirer les photos de membres norvégiens, j’étais heureuse de découvrir qu’il y avait aussi un endroit où partager mes photos suisses avant qu’elles ne jaunissent encore plus et de découvrir des trésors de mon pays.

Est-ce que les médias norvégiens font aussi appel au passé, replongent dans les archives de leurs fonds audiovisuels ?

Les médias norvégiens sont très attachés au passé. Il y a plusieurs émissions télévisées qui y sont consacrées. Il y en a une assez ennuyeuse et quelque peu chauvine qui s’appelle « Tout était mieux avant ». Tout est dans le titre ! Il y a « Datoen » qui est très bien faite et qui suit, en parallèle, le parcours de trois personnes nées le même jour de la même année, dont une personne célèbre. Ils utilisent en alternance des interviews et des documents de l’époque. C’est très vraiment très intéressant parce qu’il y a des éléments humains. Et puis il y a la version norvégienne de l’émission de la BBC « Who do you think that you are » où ils effectuent un travail de recherche généalogique pour la famille d’une célébrité.

Vous êtes professeure de "médias", ça veut dire quoi au juste?

Il y a en Norvège plusieurs catégories de baccalauréats dont un type « médias et communication » qui se spécialise sur l’histoire des médias, le marketing, la conception graphique et la production médiatique (son, texte, photographie, …). Comme j’avais suivi les cours de l’institut de journalisme à l’université de Fribourg, ceux de didactique des médias à l’université d’Oslo et que je suis très intéressée par les arts graphiques, j’ai donné des cours de communication et travaillé comme évaluateur de travaux d’examens. Mais mes activités principales sont l’enseignement de l’anglais et du français.

Un des magnifiques fjords d'Oslo, saisi par Gabrielle.

Comment voyez-vous la Suisse, et votre région natale évoluer depuis que vous n'y habitez plus?

En grandissant à Fribourg, je crois que je ne voyais pas vraiment tout ce qui constituait mon biotope naturel depuis toujours. Mais j’ai pris suffisamment de distance maintenant pour pouvoir découvrir ces paysages par les yeux de mes filles. Les montagnes, les châteaux et les petits villages avec leurs églises joliment décorées et leurs bistrots. Des choses que nous n’avons pas en Norvège.

Les filles de Gabrielle en basse-ville de Fribourg

En 20 ans, ma ville a bien changé. Il y a beaucoup de nouveaux bâtiments et, alors que je connaissais beaucoup de monde en ville, je ne détecte que rarement un visage familier quand je m’y rends. Je trouve que tout le monde a pris un terrible coup de vieux avant de me rappeler qu’ils pensent la même chose de moi ! J’aime retourner en Basse-Ville parce que m’y retrouve et les changements sont moins évidents. Elle est magique et elle ne change pas.

Propos recueillis par David Glaser

Le musée digital norvégien est à découvrir sur cette adresse [https ://digitaltmuseum.no](https ://digitaltmuseum.no)

Merci à Gabrielle pour son temps et sa passion.

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27 janvier 2020
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