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L'exil lausannois de Coco Chanel

1 février 2021
David Glaser, le web éditeur

De sa jolie plume imagée et précise, la journaliste Marie Fert raconte dans son livre "Gabrielle Chanel, les années d'exil" la vie sur les bords du Léman de la plus célèbre des créatrices de vêtements de luxe à la française : Coco Chanel.

Il y a cinquante ans, Gabrielle Chanel s'éteignait dans une chambre de l'Hôtel Ritz, place Vendôme, à Paris. Mais c'est au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne qu'elle repose depuis le 14 janvier 1971. "Gabrielle Chanel, les années d'exil" (éditions Slatkine) est un passionnant ouvrage qui nous fait prendre conscience, au fil de ses 130 pages, de l'importance de Lausanne et de la région lémanique dans la vie de Coco Chanel.

La grande couturière fut vilipendée pour ses proches relations avec des représentants du régime nazi, ce qui parfume le récit de sa vie en Suisse d'une odeur de scandale qui n'a rien de commun avec le "Chanel N°5", le plus grand succès de ses créations. Marie Fert répond dans l'interview aux questions qu'on se pose sur les choix douteux de la native de Saumur dans l'ouest de la France.

Notez que cet ouvrage très complet est une véritable mine d'or d'anecdotes et d'informations inédites, venues entre autres organismes, des Archives de la Ville de Lausanne ou des Archives cantonales vaudoises.

David Glaser, le web éditeur
1 février 2021
Coco Chanel

Pourquoi avoir choisi de parler d’une fameuse personnalité du luxe français sous forme d’essai biographique ?

Marie Fert : Le point de départ, ce sont deux dates, le 10 janvier 1971, jour du décès de Gabrielle Chanel à l’âge de 88 ans dans sa chambre du Ritz à Paris, et, quatre jours plus tard, son enterrement au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne. Dans les nombreuses biographies se rapportant à la créatrice, le volet suisse de sa vie se résume à quelques pages. Dans le cadre du cinquantième anniversaire de sa disparition, j’ai tenté d’en savoir plus sur ses séjours en Suisse.

Gabrielle « Coco » Chanel a choisi la Suisse pour ses nombreuses escapades réparatrices, loin du tumulte parisien. Qu’est-ce qu’elle trouvait ici en Suisse?

En Suisse, Gabrielle Chanel se sentait en sécurité. A la libération, Lausanne a été pour elle une terre d’accueil, un havre de paix, un port d’attache : personne ne viendrait lui réclamer des comptes sur ses relations avec l’occupant allemand dans la capitale vaudoise. Elle ne risquait pas de procès pour avoir trop fréquenté des hauts gradés allemands.

Pourriez-vous décrire cette liaison avec Hans Günther von Dincklage, un des pontes de la propagande nazie en France ? Cette liaison dit-elle beaucoup sur l’antisémitisme et l'attirance pour l'argent des puissants de Gabrielle Chanel?

Quand elle débute sa liaison avec Hans Günther von Dincklage, elle a plus de cinquante ans et elle ne voulait pas s’interdire une dernière grande histoire d’amour. Des témoignages mentionnent, en effet, son antisémitisme, mais elle était loin d’être la seule en France à cette époque-là. Il faut toujours replacer les faits dans un contexte historique, et l’antisémitisme touchait un pan important de la société conservatrice et catholique. Souvenons-nous de l’affaire Dreyfus. Ceci étant, ce contexte n’excuse pas les propos ou les actes qu’elle a pu commettre. Plus que pour l’argent, c’est d’abord par fierté qu’elle a tenté, en vain, de profiter de ses relations avec les Allemands pour récupérer ce qu’elle estimait être son dû à savoir la société qui produisait son parfum, le Chanel n°5. Cette société portait son nom, mais elle était une actionnaire minoritaire avec seulement 10% des parts. Cette situation était insupportable pour elle.

Cette relation avec un autre exilé français en terres lausannoises l’écrivain Paul Morand est-elle un hasard ? Peut-on parler d’une sorte d’union entre « pestiférés » de la République sur les bords du Léman ?

Lausanne en 1945 a accueilli beaucoup d’anciens ministres ou de collaborateurs de Pierre Laval et du Maréchal Pétain : ils risquaient une condamnation à mort s’ils restaient en France. Paul Morand était de ceux-là, sauf que lui se trouvait déjà en Suisse : il a été le dernier ambassadeur de France à Berne comme représentant du régime de Vichy. Le général De Gaulle le détestait et il était persona non grata à Paris. Gabrielle Chanel et l’écrivain se connaissent depuis les années folles, ils participaient aux mêmes soirées extravagantes, et l’exil a resserré ces liens. La couturière l’a beaucoup aidé à un moment où il était dans une situation financière délicate. Avec les années, leur relation amicale s’est distendue.

Oscar Forel, psychiatre réputé de Prangins, recevait des patients du monde entier. Gabrielle Chanel a été de ceux-là, pour quelles raisons ?

Gabrielle Chanel n’a pas été hospitalisée à Prangins, mais elle a accompagné l’une de ses connaissances. En revanche, son nom figure parmi les patients de la clinique Valmont à Glion sur Montreux. Impossible de savoir de quoi souffrait la créatrice, les archives de la clinique ont été détruites.

Il y a un lien entre le Château du Signal à l’adresse Route du Signal 22 à Lausanne et Gabrielle Chanel ? Vous racontez qu’elle habitait juste à côté de ce magnifique château qui a appartenu à l'éditeur puissant Albert Mermoud puis à David Bowie. Ce fut un endroit qu’elle chérissait et qu’on lui a refusé ?

Contrairement à ce qu’on a l’habitude de lire, Gabrielle Chanel était locataire et non propriétaire de la villa située Signal 20. Mais il est vrai qu’elle aurait aimé acquérir le château situé à côté de sa demeure lausannoise. David Bowie a eu plus de chance qu’elle !

Elle est morte à Paris mais fut enterrée à Lausanne le 14 janvier 1971. Pourquoi Lausanne et pas la capitale française ?

Elle était très attachée à la Suisse et pas seulement pour des raisons fiscales ou parce qu’elle avait des comptes dans des banques suisses. Chaque fois qu’elle se sentait fatiguée après la présentation d’une collection de haute-couture, elle venait se ressourcer au bord du lac Léman, se ré-oxygéner, se détendre. Lausanne était synonyme de tranquillité pour elle. Elle aimait les montagnes suisses, les promenades en forêt. Qu’elle choisisse Lausanne pour dernière demeure s’inscrit dans une certaine logique.

Qu’est-ce qui vous le plus marqué dans ce travail de recherche ?

J’étais partie avec beaucoup d’a priori sur Gabrielle Chanel, elle était antisémite, égocentrique, pas franchement sympathique. Elle cochait toutes les cases pour un portrait à charge. Et pourtant en enquêtant sur elle, je me suis surprise à écrire le prénom de Gabrielle et non pas le diminutif de Coco. C'était très étrange. Sans doute parce qu’au-delà de ses nombreux défauts et des actes répréhensibles qu’elle a pu commettre, au-delà d’un caractère difficile, elle a un parcours qui interpelle. Pour preuve la marque Chanel brille toujours, est connue mondialement, alors que peu de personnes se souviennent du nom de sa grande rivale d’avant-guerre, la couturière Elsa Schiaparelli. Gabrielle Chanel était visionnaire, elle a libéré le corps des femmes avec des vêtements souples, et particulièrement déterminée. Ce dernier trait de caractère l’a aidée à rebondir, à retrouver le sommet de la haute-couture quand les lois d’amnistie lui ont permis de faire son come-back à Paris. A un âge où d’autres aspirent à une retraite méritée.

Avez-vous l’envie d’effectuer un travail analogue avec une personnalité ayant eu une vie dans notre région ?

J’aimerais bien, en effet, mener un travail d’investigation autour d’une autre personnalité. Reconstituer le puzzle des séjours de Gabrielle Chanel en Suisse fut un travail d’enquête passionnant. J’ai appris beaucoup de choses, même si ce fut particulièrement compliqué en raison de la crise sanitaire.

Propos recueillis par David Glaser

"Gabrielle Chanel, les années d'exil" (éditions Slatkine)

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1 février 2021
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