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LS Story: le fabuleux destin d'Eric Burgener (1ère partie)

juillet, 2020
David Glaser, le web éditeur

Pour le deuxième entretien consacré à l’histoire du Lausanne Sport, j’ai choisi de rencontrer le gardien mythique du LS, de Servette FC et de la Nati: Eric Burgener. Il m’avait été recommandé par un conseiller d’Etat vaudois en fonction: l'ex-arbitre-international Philippe Leuba. Ce dernier a une admiration pour le Valaisan d'origine installé dans le canton de Vaud depuis son arrivée au Lausanne Sport. L’éphémère avant-centre du LS en 1977 pour un match de championnat, celui que l'on surnomme « Bubu », a surtout été le gardien du temple lausannois qui revient dans les conversations. Pendant onze ans (1970-1981), il a régalé le spectateur d'arrêts de grande classe, dans un style très affirmé qui n'a rien à envier aux très grands qu'il a continué de former sous le maillot rouge et blanc ensuite.

Eric Burgener a aussi marqué l’histoire du FC Rarogne en Valais. Mais il a gardé un cœur en bleu et blanc. Ses souvenirs vifs auprès de ses coachs Charly Hertig et Miroslav Blažević croisent ceux encore plus présents d’un certain Franky Séchehaye, autre gardien de but historique du LS, son mentor. Eric a marqué les esprits tout comme ses collègues et prédécesseurs/successeurs Parietti, Chapuisat père et fils, Favre, Celestini, Kok, Kerkhoffs, Verlaat, Ohrel, Hosp, Thychosen, Dürr ou encore Rehn. C'est l'un des plus grands noms du LS, sinon le plus grand.

Interview au Restaurant du Tennis à quelques mètres du théâtre mythique du LS, le Stade olympique de la Pontaise. Il s'agit de la première partie de l'entretien publiée à la veille d'une reprise de la Super League qui va opposer ses deux anciens clubs : le Lausanne Sport et le Servette FC de Genève à la Pontaise pour une dernière fois avant le déménagement à la Tuilière.

Rencontrer Eric Burgener est simple comme un coup de fil. Alors, je cale un rendez-vous avec Claudia, l’assistante de direction de Burgener et Oberli SA, l’entreprise de matériel de sécurité qu’Eric Burgener a créée avec un associé alors qu’il quittait le « Lausanne », son « Lausanne » pour rejoindre le Servette FC. Cette entreprise a maintenant près de 40 ans et elle continue de fonctionner sur l’Arc lémanique.

Il y a de l’enthousiasme dans la confirmation du rendez-vous de mon côté, tout le monde loue les qualités humaines du Monsieur. On retrouve alors un vendredi matin dans le restaurant Eric, et par hasard Jacky et Bernard (Bernard Rohrbach, un pilier du club, intendant et confident d’une trentaine de contingents successifs. Il a servi le club de 1988 à 2020), deux amis qui ont fait aussi à leur manière l’histoire du LS. On parle des piliers du club encore actifs dans le foot, donc on parle de Gabet Chapuisat, un joueur proche d’Eric. Proche même s’il y a eu une grosse fâcherie à une époque, on y reviendra plus tard dans la série. Eric Burgener me dit alors avec malice «mais Gabet, il fallait le prendre après moi. Lui, c’est une véritable encyclopédie.» C’est pourtant Eric que l’on découvre – après Gabet (l’entretien paraîtra en octobre sur notreHistoire.ch avec quelques-uns des membres du Onze d'Or et de la Confrérie du Lausanne Sport) - à l’aise dans ses souvenirs de héros lausannois. Le sourire aux lèvres à l’évocation des épopées européennes du LS, les images encore bien présentes dans la mémoire. Des campagnes gravées à jamais.

Eric, commençons par la fin. Quand avez-vous quitté le Lausanne Sport et que représente ce club dans votre parcours ?

Eric Burgener : J’ai quitté le LS après la finale de la Coupe inoubliable contre le FC Zurich en 1981 (victoire 4 à 3 après prolongations). Après je suis parti à Genève au Servette FC. Le Lausanne Sport, je ne l’ai jamais oublié car c’est le premier club qui m’a donné ma chance de pouvoir progresser dans le foot et de vivre des moments inoubliables. Après Servette FC, je suis revenu à Lausanne. J’ai arrêté un peu tout autour du football et je me suis lancé pleinement dans le monde de l’entreprise. Deux-trois ans après avoir raccroché, je me suis rendu compte que j’étais trop jeune pour tout arrêter. Il y avait une possibilité pour moi d'entraîner les gardiens. « Bertine » (Umberto Barberis) qui était coach à Lausanne à ce moment-là m’a appelé. Je suis donc retourné dans mon club de cœur. C’est là que j’ai grandi. Lausanne Sport, tant que je serai en vie, ce sera mon club de cœur.

Qu’avez-vous pensé de l’évolution du club ensuite, cette faillite en 2002 ?

Tout ce qui s’est passé, je ne vais pas revenir là-dessus. Mais c'est vrai que ça a commencé avec Waldemar Kita (en 1998) avec des choses pas très joyeuses. On est passé par toutes sortes d’états d’âme. C’est malheureux pour le club d’avoir vécu ça. Lausanne Sport, c’était un mythe à une époque. On se rappelle des « Seigneurs de la Nuit » (de 1954 à 1969), c’étaient mes idoles. Voir le club passer cette période très mouvementée fin des années 90, c’était malheureux.

J’ai bien connu Richard Dürr qui était mon capitaine. J’arrivais à la fin de des « Seigneurs de la Nuit » que Richard représentait. Mais il fallait en 1969 rebâtir toute l’équipe. C’était difficile de passer derrière cette équipe. On a donc eu des hauts et des bas. Avoir à nouveau le titre de champion de Suisse, c’était difficile. On n’y est jamais arrivé. Mais en onze ans, j’ai gagné la Coupe suisse en 1981. Au moins ça.

Votre coéquipier et capitaine, le défenseur Marcel Parietti dit qu’il y avait une vraie unité de groupe pour arriver à gagner cette Coupe, comment décririez-vous cet esprit?

Forcément, pour arriver à ce résultat, il faut une équipe. Il y avait beaucoup de Suisses allemands dans le contingent à l’époque. Un Jurassien en la personne de Marcel Parietti quand même. Il fallait un peu de tout pour faire l’équipe. Les Suisses allemands amenaient cette rigueur dans le jeu, cette discipline alors que les Romands étaient un peu plus détendus. En revanche, ils ont des qualités autres, c’est le bon amalgame pour pouvoir arriver au bout de cette finale avec la victoire.

Je vous ai vu dans ce document vidéo de la RTS publié sur notreHistoire.ch dans un training, les pieds dans la boue à détourner les ballons des deux côtés de votre but. Ce qui m’a choqué, c’est cette dureté et ces conditions de travail dans la boue, on ne verrait plus trop ça sur les terrains d’entraînement actuels ?

Oui tout à fait, parce qu’on n’avait pas les conditions de terrain adéquates comme aujourd’hui. Il fallait s’entraîner où il y avait de la place. On avait le terrain de sable où le goudron a été posé depuis. Les libéros s’entraînaient sur du sable. Quand je ramenais les trainings pour les laver à la maison, ma femme n’était pas toujours contente. Il y avait plein de sable dans la machine à laver. Les hivers, c’était plus rude que maintenant. On a vécu des périodes assez difficiles mais quand on aime le métier, on aime ce qu’on fait. Donc on est prêt à tout faire.

Radio Télévision Suisse
15 septembre 2016

Il y avait les années le coach Miroslav Blažević (1976-79), qu’est-ce que vous avez gardé comme souvenirs de lui ?

Il nous a amenés cette rage de vaincre. On a eu une période avec lui où on rentrait sur le terrain et on savait qu’on allait gagner. Ce qu’on n’avait pas avec les autres entraîneurs. C’est clair que l’on avait certains succès et pour cela il nous fallait un entraîneur vraiment dur, qui disciplinait, qui demandait beaucoup des joueurs. Sur le moment c’est dur à accepter en tant que joueur. A la longue, on revient toujours sur cet entraîneur le plus « vache », celui qui nous a fait souffrir… Mais on a eu une belle époque sportive avec « Blazé ». On a failli être champion suisse avec une belle équipe. Blažević était très efficace, très vivace. Il se passait toujours quelque chose avec lui.

Ma précédente interview pour notreHistoire.ch sur l’histoire de Lausanne Sport fut avec Philippe Leuba, l’ex-arbitre international, actuellement conseiller d'Etat vaudois. Il a débarqué chez vous à Chexbres un mercredi après-midi alors qu’il était tout jeune et qu’il avait congé de l’école. Vous vous souvenez de cette visite ?

Cela fait partie du contexte de l’époque. On cherchait tous, gamins, une signature chez Richard Dürr de la même manière. On n’avait pas la télévision en Valais mais on avait la radio et les petites vignettes Panini. On voyait la tête de nos héros là-dessus. Si on avait pu avoir une signature à cette époque, c’était formidable. Ces joueurs étaient des Dieux pour nous.

Comment vous-êtes vous retrouvé à partir de Rarogne, chez vous, pour Lausanne?

Francky Séchehaye était venu me voir. L’ex-gardien du LS s’occupait du scouting. Il avait un bon œil. Il est venu chez moi à Rarogne comme d'autres scouts. Mais j’avais plus confiance en lui et dans le Lausanne Sport. C’était l’époque de l’arrêt de la carrière de plusieurs joueurs du LS comme René Schneider. Je suis resté onze années au LS entre 1970 et 1981. Ensuite, au Servette FC, c’était différent. Franky Séchehaye qui me prenait en main au LS me gérait dans l’entraînement au quotidien et le suivi en général. Si j’avais peu d’influx nerveux, il le sentait et relâchait la pression sur moi à l’entraînement. J’étais toujours soutenu. C’était mon mentor, il dosait parfaitement les charges de travail. J’ai eu un super feeling avec lui. J’avais repris beaucoup de choses de lui dans ma façon de coacher les gardiens ensuite. Mais à Genève, Franky n’a pas pu me suivre. Il était âgé et malade. Ainsi au Servette FC, je n’avais plus ce personnage à mes côtés. J’ai eu des difficultés à me gérer moi-même. Je n’avais d’ailleurs pas de libéro non plus à Genève, pas d’équivalent à Gabet Chapuisat ici à Lausanne…

Radio Télévision Suisse
15 septembre 2016

Votre parcours genevois a été quand même marqué par plusieurs titres, ce fut un transfert heureux pour vous, non ?

Oui à Genève, j’ai signé pour un contrat de cinq ans avec le président Lavizzari et le vice-président Tornare. Là-bas, il y avait une grosse ambition. Il fallait sortir champion. Le titre de champion suisse de Super League (LNA à l'époque), je l’ai eu en 1985. Mais en 84, nous avons gagné la Coupe de Suisse. Et on a fait trois finales de coupe aussi. Grâce à ces titres, on faisait des coupes d’Europe tous les ans. J’ai des souvenirs de Coupe d’Europe contre l’Etoile rouge de Belgrade, on avait perdu 5 à 1 chez eux (32e de finales en 72-73, au match retour le LS avait battu les Yougoslaves 3 à 2). On avait vite pris ces cinq buts, c’était trop fort. On tombait avec le Servette FC sur des grandes équipes en Tchéquie, un seizième de finale puis un huitième, une grande surprise, puis la demi–finale contre les Bohemians de Prague. On avait une belle équipe.

Le Lausanne vous a ouvert les portes de l’équipe national, cela a-t-il été un tournant important dans votre vie de joueur ?

En effet, de 1973 au milieu des années 80, je fus convoqué en équipe nationale suisse. Il y a un match Suisse-Suède qui s’est mal passé en 1976 pour les éliminatoires pour le mondial de 1978. On était à 1-1 et sur une mésentente avec le libéro de mon équipe, le ballon passe entre moi et lui alors que je croyais qu’il allait le dégager. On a perdu 2 à 1 et je me souviens que « Blazé » qui était à la fois entraîneur à Lausanne et sélectionneur m'avait ramené à la maison en voiture ensuite. On part de Bâle et arrivés à Grauholz avant Berne, je lui ai dit « Monsieur l’entraîneur, arrêtez-vous là, je continue en stop. Vous êtes insupportable… » Il avait passé tout son temps à m’insulter. Mais il avait raison, on jouait gros, nous les joueurs, mais lui aussi. J’ai mis deux mois à digérer.

Il y a eu aussi avec la Nati des moments positivement mémorables pour vous, pourriez-vous m’en citer quelques-uns ?

Oui de très belles campagnes. Comme celle qui nous a permis de battre l’Angleterre le 30 mai 1981 à Bâle avec en face de véritables mythes, cela comptait pour la qualification au Mondial 1982. En Suisse, on ne jouait pas à l’étranger, on n’était pas connu. Ce jour-là, il y avait Kevin Keegan l’attaquant, Peter Shilton le gardien. On était trop peureux mais on a gagné quand même. En Angleterre, on perd. On est accueilli sur le tapis rouge de Wembley, le temple du foot. En général, nos défaites étaient « honorables ». Au Brésil, on a joué un match amical en 1980 et 1982 avec Zico, Socrates. Au Stade olympique de Rome, on gagne contre l’Italie de Zoff à Rome après leur victoire en Coupe du monde.

Recueilli par David Glaser

La suite de cet entretien est à lire en cliquant sur ce lien.

Dans ce document de 1980, le Lausanne Sport est en difficulté financière et l'on voit dans ce reportage "Bubu" en train de jongler avec balles de foot et de tennis.

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15 septembre 2020
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