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LS Story: Patrice Iseli, un fan dans la Ville (1/2)

26 juin 2020
David Glaser, le web éditeur

L'histoire du club de foot phare du canton de Vaud continue. A quelques jours du déménagement vers la Tuilière, après les interviews de Philippe Leuba et d'Eric Burgener, nous vous proposons de lire cet entretien avec un acteur important de l'histoire du club nommé Patrice Iseli. C'est un acteur indirect dans le sens où il n'a jamais occupé un poste dans l'organigramme du Lausanne Sport. En revanche, en sa qualité du responsable des sports de la ville, il a œuvré dans de nombreux dossiers cruciaux qui ont concerné le club, de sa faillite au début des années 2000 à son besoin de jouer dans des conditions dignes pour espérer retrouver le très haut niveau, comme avant. Le nouveau stade de la ville de Lausanne est une occasion de revoir plus de cent ans d'un club vaudois cher à beaucoup, l'interview de Patrice Iseli va vous éclairer sur pas mal de sujets liés au LS, mais aussi à une certaine vision du football suisse.

notreHistoire.ch : Que vous inspire le LS aujourd’hui ?

Patrice Iseli : Je suis un enfant de Vevey, donc de la région. Le LS, c’est mon club de cœur depuis que je suis enfant. A titre personnel, j’ai des souvenirs du LS quand ils flambaient en Suisse. Je vois encore Eric Burgener dans les buts avec sa position caractéristique, les deux bras le long du corps . C’est vraiment un souvenir d’enfance, c’était mon club. Le Vevey Sport aussi, mais c’était un club de ligue inférieure. Même s’ils sont montés en ligue A, c’était un peu un miracle. J’allais voir aussi La Tour de Peilz. Mais le club phare pour nous, c’était le Lausanne Sports. Je venais assez souvent à la Pontaise regarder les matchs avec des copains. Il y a eu des finales de Coupe suisse quand j’étais étudiant. Crescenzi qui marque ses deux buts contre le FC Zurich en finale en 1981. Tous ces souvenirs dans la période précédant le début de ma carrière professionnelle. Je suis arrivé au Service des sports de la Ville de Lausanne en 1999. C’était Waldemar Kita qui était propriétaire du LS cette année-là. J’ai tout de suite été confronté à lui et son entourage. Et ce fut assez compliqué. Kita est venu avec de hautes exigences, il voulait absolument un centre de formation. Il considérait que c’était à la Ville de construire ce centre de formation. Pour finir, on l’a construit ce centre de sport-études lausannois. Mais quand il a été inauguré, c’était l’époque où il quittait le LS. Il n’est jamais venu le voir. Ceci dit, l’époque Kita était quand même la dernière partie de cette longue période plutôt victorieuse du LS. Il y avait eu le fameux match contre Servette en 1999. Ce dernier match où si le LS gagnait, il était champion suisse. L’équipe a perdu sous cet orage incroyable. C’était peut-être la dernière fois que le LS flambait.

Radio Télévision Suisse
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Waldemar Kita, c’est un mauvais souvenir pour vous ?

On a eu une période extrêmement compliquée. Kita est parti et a laissé le club dans une situation financière difficile. Et ça a été la descente aux enfers ensuite avec la faillite. Il y a eu toute cette période où on a essayé d’aider à reconstruire, de réunir les clubs lausannois. Mais on s’est rendu compte que c’était impossible. Il y avait une sorte de ressentiment des clubs lausannois à l’égard du LS. A cause de l’histoire récente du LS. L’épisode de Kita n’a pas aidé. Ensuite Philippe Guignard est arrivé. Le LS est reparti depuis la 2e ligue, il y a eu une jolie remontée. Le Lausanne-Sport sans s, l’ajout du FC… pas mal de changements.

Le 2e tour de la Coupe de l’UEFA en 2000 contre une équipe hollandaise bien connue, vous l’avez vécu de près ?

L’une des histoires les plus marquantes de ma carrière à ce poste de chef du Service des sports. Ce fut au début de mon parcours en 2000 quand le LS avait joué cette coupe d’Europe contre l’Ajax Amsterdam (novembre 2000), le match aller s’est soldé par une victoire pour le LS 1 à 0 à la Pontaise et le match retour 2-2. Je suis allé à Amsterdam avec le municipal des sports, Bernard Métraux, et le commandant de la police de l’époque, Gérald Hagenlocher. Tous les trois, on était allé au stade, l’Amsterdam ArenA. J’en ai gardé plein de souvenirs. Invités dans la tribune présidentielle, je me renvois encore dans ces fauteuils en cuir. Derrière nous, il y avait les grands pontes de l’Ajax, les anciens grands joueurs de l’époque… Mon souvenir marquant, c’est notre euphorie dans cette tribune présidentielle au coup de sifflet final. On était presque gêné, on gueulait, on nous servait à boire. En partant, ils ont été très fair play et sont venus nous serrer la main. Pour moi, ce fut l’une des plus belles victoires du LS dans un cadre européen.

Et qu’est-ce que ça représentait d’éliminer ce très grand club européen pour vous en tant que supporter du LS et directeur des sports de la ville ?

On avait éliminé l’Ajax, qui, pour ma génération, était un club mythique. L’Ajax, c’était Cruijff, c’était les années 70 avec trois années de suite le titre de champion d’Europe. Pour moi et ma génération, l’Ajax c’était le club de référence. Que le Lausanne Sports, le petit LS, vienne à Amsterdam pour éliminer l’Ajax - qui n’était certes plus le grand Ajax de l’époque de Cruijff - dans ce grand stade, c’était un moment d’euphorie absolu. Et l’après-match fut tout aussi grandiose. C’était Jean-François Kurz, le président. Ce fut une soirée d’enfer dans les bars d’Amsterdam, une ambiance incroyable, on ne marchait pas, on lévitait. C’est l’une des plus fortes émotions de ma carrière, la plus belle en 20 ans aux côtés du LS.

Cruijff, vous l’avez rencontré ?

Oui et on en a reparlé de ce match. Cruijff, pour moi, c’est tout une histoire. J’avais deux idoles, c’était Cruijff et Platini et je les ai rencontrées les deux. Sans oublier, Pelé que j’ai pu rencontrer dans le cadre de mes fonctions, même si j’étais trop jeune pour l’avoir suivi comme footballeur. Quand j’ai eu la chance de voir Cruijff, grâce au LS, il venait de mettre son petit-fils au club pendant une saison. J’avais été frappé lors d’une soirée au Beau-Rivage Palace avec tous les sponsors, alors que je discutais avec lui, j’essayais de la ramener à cette époque du grand Ajax, je souhaitais qu’il me raconte des anecdotes… Et lui, il ne faisait que de parler de l’avenir, des jeunes. Il n’était pas du tout tourné vers le passé. Il ne jurait que par la formation, me disait ce qu’il fallait faire. Le contact avec lui fut très fort. Je lui ai d’ailleurs raconté l’histoire du match Ajax-LS. Il m’a dit qu’il s’en souvenait.

Cruijff, c’est aussi l’homme des « Oranje » et notamment son rôle lors de Pays-Bas-Allemagne, ce fut en 1974, à Munich, en finale de la 10e Coupe du Monde…

La Hollande, c’est la seule équipe, qui après une défaite en finale contre l’Allemagne de l’Ouest a été plus célèbre que s’ils l’avaient gagnée. Et ça a tellement marqué les esprits. Tout le monde les soutenait. Ils avaient un foot enchanteur. Le fait qu’ils perdent, ça avait déçu le monde entier. Et tout le monde se souvient de ça. L’Ajax de ces deux dernières années, ce fut un parcours fantastique en 2019. Mais vous voyez l’année d’après, ils ont perdu leurs meilleurs joueurs. C’est la règle.

D’autres moments historiques vous reviennent à l’esprit ?

Pour le LS, historiquement, il y a eu des moments de fulgurances. Burgener incarnait ce LS qui gagne. La finale contre Bâle en 67 au Wankdorf à Berne, ils n’ont pas repris le match après à cause de l’obtention par Bâle d’un penalty injustifié dans les dernières secondes. C’est devenu tellement encadré le foot. Il y a tellement d’enjeux, c’est professionnel. Il y a des règles très strictes et Lausanne Sport n’était plus trop dans cette dynamique. Du foot pur, des gars qui disent haut et fort ce qu’ils pensent. Gabet Chapuisat, les Seigneurs de la nuit… J’ai d’ailleurs des souvenirs de Richard Dürr. Je l’ai vu plusieurs fois, quand il avait son bar avenue d’Ouchy. Et Dürr était un des plus grands joueurs suisses à l’époque, l’un des plus grands joueurs du LS. Sa fin de vie n’était pas toute simple, il gérait son bar et il ne roulait pas sur l’or. Aujourd’hui le moindre joueur qui joue au haut niveau roule déjà dans sa voiture de sport, il n’a pas fait le 10e d’un Richard Dürr pourtant. Cela donne à réfléchir sur les valeurs du sport.

Cela donne à réfléchir sur les valeurs du LS à Lausanne ?

Oui comme bien traiter les anciens du club. La réalité de la puissance du football sur notre territoire national est là. On n’aura jamais en Suisse un foot aussi puissant qu’ailleurs en Europe ou en Amérique-du-Sud. Je suis allé à Dortmund l’an passé, avec Philippe Leuba. On a pris le train à 8h depuis Lausanne pour aller voir le Borussia. Tous les matchs se jouent devant 81’000 personnes là-bas. Rien qu’une tribune fait 25’000 personnes. Il y a un bâtiment de trois étages, c’est juste le merchandising, chez nous ce n’est pas ça du tout. Même si en Suisse, Bâle et St-Gall peuvent se rapprocher un peu de ça. En Suisse, on a des joueurs qui ne sont pas les sujets de tant de dévotion.

Et la Pontaise, la quitter va vous faire quelque chose ?

Il y a un pincement au cœur, cela fait plus de vingt ans que je travaille dans le stade de la Pontaise. C’est un endroit important. Comme tous les fans du LS, j’y ai vécu des grands moments. La Pontaise n’est pas un stade de foot mais un stade d’athlétisme dans lequel on joue au foot. Il n’y a pas le confort qu’il doit y avoir dans un stade de foot moderne. Le bâtiment a une architecture remarquable. Il n’y en a que trois comme ça dans le monde. C’est un témoignage. Un beau stade avec peu de confort, de grosses carences, un éloignement du terrain, avec la piste d’athlétisme, c’est quand même un point faible. J’ai vu LS-Bâle en Coupe suisse il y a une semaine quasiment sans spectateur, c’est bizarre. Vous n’êtes pas près des joueurs. Vous les entendez crier. On entend tout et on est loin. C’est un bâtiment de 1954, il fallait changer. J’étais de ceux qui ont œuvré pour qu’on puisse avoir un nouveau stade. Je suis extrêmement content à l’idée d’aller dans ce nouveau stade qui va être magnifique. C’est une page qui se tourne, une évolution naturelle.

INEOS s’est inscrit dans un développement à long terme du club, c’est comme ça vous l’analysez ?

Oui avec eux, tout converge pour que le club reprenne sa place. J’ai fait une séance avec Bob Ratcliffe et Florence Bardot la semaine dernière, le jour où ils ont annoncé l’engagement du nouveau directeur sportif Souleymane Cissé. Une fois de plus, j’ai ressenti leur conviction de vouloir s’inscrire dans la durée avec le club, cette volonté que ce club performe, qu’ils jouent les premiers rôles en Suisse d’abord avant d’envisager la Coupe d’Europe. Il y a une volonté de développer le club et de le mettre là où il était avant ces vingt dernières années.

Mais il y a des enjeux sportifs, entre l’OGCN à Nice et le Lausanne Sport, des prêts de joueurs qui peuvent améliorer le sort des Lausannois ou des Niçois mais peut-être aussi favoriser Nice…

Je ne pense pas, il y a l’exemple de Red Bull. La marque a repris Leipzig. Un club qui joue les premiers rôles en Bundesliga, ils ont été loin en Champions League. Red Bull est aussi le propriétaire de Salzbourg en Autriche. Ils ont été six fois de suite champions national. Si c’est pour s’inspirer de ce modèle, je signe demain. On est dans un championnat qui n’a pas la même importance. On n’aura jamais les joueurs d’Allemagne ou d’Angleterre. Salzbourg, cela fait six ans qu’ils jouent la Coupe d’Europe. Si le partenariat est bien fait entre Nice et Lausanne, si on a affaire à des personnes qui ont envie de bien faire les choses, avec une politique cohérente entre les différents clubs, je pense qu’on laisse aux jeunes la possibilité de se développer, on leur offre la possibilité de jouer dans un meilleur championnat. Et ce cadre-là, moi ça me va.

Sentez-vous que cette politique va ramener des supporters à Lausanne ? Lors du match FC Lausanne Sport-FC Bâle, la présence des supporters, pourtant en dehors du stade était très encourageante sur leur degré d’engagement, et ce malgré la défaite.

Le niveau de jeu est meilleur, les supporters l’apprécient. Mais attention, il y a supporter et supporter. Je n’ai jamais accepté le comportement de pseudo-supporters du LS. Je ne parlerai pas de ceux-là. Les vrais fans du LS, ces dernières années, n’étaient pas tous là. Ce ne fut pas formidable en termes de nombre. Mais j’ai bon espoir. C’est un sujet de discussion au café le lundi. Les supporters ne vont pas forcement au stade mais ils parlent du LS. La conjonction d’un nouveau stade, des bons résultats, le fait de jouer les premiers rôles. Avec tout ça, j’ai bon espoir que l’on retrouve le chemin du stade. On sait que le public du LS est assez difficile. Historiquement, il y a toujours eu des gens qui parlaient du LS, qui mettaient les fanions du club dans leur voiture… Mais ils ne venaient pas pour autant au stade.

Le palmarès y est pour quelque chose ?

Oui, il commence à être poussiéreux. Il faudrait qu’il y ait un titre. Lausanne, c’est la quatrième ville suisse et le palmarès commence à dater.

(La suite de cette interview à consulter en cliquant ici)

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2 octobre 2020
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