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Lettre d'une jeune femme qui n'a jamais vu son frère Repérage

13 août 2020
Famille Rianda
Famille Rianda

De nombreux émigrants tessinois en Californie ne sont jamais retournés dans leur pays d'origine. Très peu cependant ont rompu leurs liens avec leur famille et avec leur pays d'origine. Leurs histoires et leurs destinées sont livrées dans des milliers de lettres échangées entre des émigrants et des membres de leur famille restés au Tessin. Le 24 décembre, la RSI diffusait ce document de 52 minutes reposant sur la lecture de plusieurs de ces lettres, elles concernent un Tessinois émigré en Californie nommé Giulio Rianda et sa famille. Pour découvrir le film, allez sur ce lien menant à la plateforme de nos collègues tessinois de la nostraStoria.ch, pour découvrir une des lettres adressées à Giulio par sa famille, lisez ces quelques lignes et elle apparaîtra en italien et en français un peu plus bas.

A travers ces correspondances, précieux trésors collectés et conservés par les familles qui les ont mis à la disposition des historiens et des chercheurs, il est également possible de reconstituer l'histoire des classes populaires tessinoises, leur mentalité, leurs maux, leur vision du monde. Même la manière d'écrire est riche en informations, avec des formules de salutations et de souhaits, avec cette langue vernaculaire, cette écriture non grammaticale et presque phonétique. Ceux qui ont émigré racontent leurs expériences et leurs projets: le voyage, l'arrivée en Amérique, les opportunités d'emploi, les coutumes locales, etc.

Ces expatriés - exilés économiques? - extériorisent les sentiments qu'ils ressentent envers la famille restée dans leur pays d'origine. Ils demandent des informations sur le pays qu'ils ont quitté. Ceux qui sont restés au Tessin informent leurs progénitures émigrées sur les tâches du quotidien à la maison, racontent les événements familiaux et locaux, expriment les attentes placées sur leur fils ou leur frère émigré; mais il émerge aussi de cette correspondance une angoisse de ceux qui, au loin, font face aux difficultés et aux pièges d'une terre inconnue, ainsi que l'angoisse des pères et des mères qui vieillissent et craignent de mourir sans voir leur fils émigré.

Par lettre, les affaires et les mariages sont arrangés, l'argent est livré et l'émigration des parents ou connaissances est organisée. La correspondance de trente ans échangée entre un émigré parti pour la Californie en 1858 et la famille restée à Moghegno, à Vallemaggia, offre un double aperçu d'événements privés et publics, des deux côtés des océans. La lettre de la jeune sœur de Giulio Rianda est lue dans ce document de lanostrastoria.ch. Allez à 41e minute et après une vingtaine de secondes vous entendrez cette lettre poignante d'une jeune femme de 19 ans qui n'a jamais vu son frère, parti quelques jours avant sa naissance pour tenter de faire fortune.

"Moghenio, le 4 febraio 1877

Carissimo fratello,

Ecco, finalmente ho trovato il momento di descrivere i miei sentimenti

(Io) ho molto pensato e ripensato per comporre questa letterina,

Infine, sono giunta a (realizzare) il mio desiderio.

Se voi sapeste quale consolazione sarebbe per me, se fosse testè vicino quel giorno nel quale, con le lacrime agli occhi, potremmo stringerci la mano… ciò sarebbe di grande consolazione

Altrettanto sarebbe dei nostri genitori, dopo tanti anni che desiderano di vedervi un giorno insieme.

Io penso nella mia testa che voi crediate che a casa nostra ci sia ancora la povertà che c’era negli anni che c’eravate anche voi (in cui eravate voi qui) ma tutto è cambiato con l’aiuto di Dio e delle vostre fatiche.

Io non ho provato nulla di tutto questo ma sempre sento che lo dicono i nostri genitori e sempre lo ripetono ( parlando) di quegli anni sventurati.

Io credo che voi non vi fermiate a fare il conto degli anni che siete in California.

Ma io lo fo (faccio) bene questo conto perché io sono nata quando voi siete partito da casa. I (nostri) genitori lo dicono sempre che voi siete partito il 12 ed io sono nata il 18 del mese di aprile del 1858 e quindi sono già (trascorsi) 19 anni.

E credo che se in questo mucchio di anni se per fare una fortuna credo sia abbastanza/E credo che questo mucchio di anni sia abbastanza per fare una fortuna

Pensate che tante volte nel lungo tempo invece che una fortuna succede poi una sfortuna! Ve lo torno a ripetere che è ormai tempo di abbandonare quei Paesi e di portarsi in Patria se avete piacere di rivedere ancora i nostri genitori perché essi si trovano già in età molto avanzata.”

La retranscription et la traduction ci-après de cette lettre ont été rendues possible grâce au travail de Marcella et Vincenzo Minarelli. Qu'ils en soient chaleureusement remerciés.

"Moghenio, le 4 febraio 1877

Très cher frère,

Enfin, j'ai trouvé ici le temps de décrire mes sentiments.

J'ai beaucoup réfléchi et réfléchi encore à la rédaction de cette lettre :

Enfin, je suis parvenu à réaliser mon souhait.

Si vous saviez quelle consolation ce serait pour moi, si l’on était tout près de ce jour où, les larmes aux yeux, nous pourrions nous serrer la main. Ce serait un grand bonheur.

Il en serait de même pour nos parents, après toutes ces années à souhaiter nous voir réunis tous ensemble un jour.

Je pense dans ma tête que vous croyez que la pauvreté qui régnait dans cette maison, pendant les années où vous y étiez là vous aussi, est toujours là. Mais tout a changé avec l'aide de Dieu et de vos travaux .

Je n'ai rien vécu de tout cela mais j'ai toujours le sentiment que nos parents disent et répètent sans cesse que ces années furent malheureuses.

Je crois que vous n'avez jamais cessé de compter les années depuis votre départ en Californie.

Mais je fais bien ce compte moi aussi parce que je suis née quand vous avez quitté la maison. Nos parents disent toujours que vous êtes parti le 12 avril 1858 et que je suis né le 18 avril de cette année-là. Et donc 19 années se sont déjà écoulées.

Et je crois que tout ce temps est assez pour faire fortune.

Avez-vous pensé au contraire qu’au lieu d’une fortune, vous avez plutôt récolté des malheurs? Je vous dit qu'il est maintenant temps de quitter ce pays et de rentrer chez vous, si vous souhaitez revoir nos parents parce qu'ils ont déjà un âge très avancé."

Cette lettre sera lue par Madeleine Caboche ce dimanche 16 août à Mase dans le cadre du Festival "Lettres de Soie" de 11 heures à midi et de 16 à 17 heures.

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