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"Mais il y a une ombre à mon bonheur"

"Mais il y a une ombre à mon bonheur"

8 août 1917
Julien frères, Phot. Editeurs, Genève, no 8156, collection P-M Epiney
Pierre-Marie Epiney

Carte postale affranchie expédiée de l'hôtel Beau Site à Sierre (9 juillet 1917) à destination de Villedieu-les-Poêles dans la Manche.

Voici la transcription de la carte:

*8 août 1917
Mon cher Elie,
Il faut que tu me pardonnes si je ne t'ai pas écrit plus tôt, tu n'es pas oublié mais je croyais t'avoir écrit le 25 ou le 26 juillet, à mon arrivée ici, mais je n'en retrouve aucune trace et je ne pense pas t'avoir seulement envoyé un mot. Il faut te dire que je sors encore d'un rêve, il y a si longtemps que je courais après la Suisse, que je ne croyais plus possible d'y entrer, cependant, cela est. Mais il y a une ombre à mon bonheur, c'est que je n'ai pas pu emmener le petit, il n'a pas eu la chance, encore une fois, je l'ai laissé à Mannheim. Il a dû être réclamé, il y a quelque temps, peut-être par toi; si cela est, il faudrait recommencer; la visite a été très dure, 30% ont été acceptés au lieu de 75 précédemment. Le docteur de Mannheim lui avait cependant trouvé quelque chose. J'aurais été si heureux de le voir ici, où nous sommes admirablement bien. Je t'en reparlerai dans quelques jours. Ceci ne répare que mon oubli.
Amitiés à Mme O dont j'ai reçu lettre du 6 juin à Mannheim.
A toi, ma meilleure poignée de main.
Ad. Hallier, sergent 45e, Prisonnier français interné, Hôtel Beau Site, à Sierre (Valais)
NB:
Mme D de Villedieu, vient d'arriver ici avec sa soeur pour tenir compagnie à son mari, même hôtel que moi.*

Extrait de Edmond Bille : "le Carquois vide", éd La Baconnière, 1939:

Journal et note d'un commandant de place

Sierre 1917.

Le poste de chef de la place d'internement est à repourvoir. On me le propose et j'accepte. La tâche m'intéresse et m'exempte d'un rappel à l'armée, toujours à craindre.

Ce nouvelles fonctions font du titulaire une moitié de soldat ou mieux un trois-quarts de pékin botté qui n'endosse la vareuse d'uniforme que quelques heures par jour pour « affaires de service » et pour inspecter ses cantonnements. Le bureau est installé dans ma maison, et l'ordonnance de place, un Parisien disert et débrouillard, a charge de liquider les affaires courantes et de noircir les rapports journaliers.

Rien de comparable, comme on voit, au rôle insipide de chef de section d'une troupe mobilisée.

Ce commandement inattendu me cause plus d'agréments que d'ennuis. Je suis curieux de voir de plus près et de mieux connaître ces combattants étrangers que la Suisse héberge depuis près d'un an dans toutes ses stations de montagne. On ignore d'où est partie cette initiative généreuse. Pour beaucoup de nos « real » politiciens, elle devait être encore un palliatif à la situation hôtelière tout près du désastre. C'était se nourrir d'illusions ! Nos hôtels, transformés en asiles ou en façon d'hôpitaux, font de décevantes expériences. Notre rôle maintenant se borne à secourir et à réconforter des malheureux, san compensations appréciables.

Nous voici devenus les Bons Samaritains de l'Europe ! Et pour ma part, j'aime mieux faire ici œuvre utile que de me morfondre dans quelque solitude jurassienne, au milieu d'une troupe qui occupe son temps à panser des chevaux, à défaire et à refaire ses paquetages.

Les camps de prisonniers d'Allemagne et de France ne cessent d'envoyer chez nous leur trop-plein, et surtout leurs déchets. La plupart des hommes évacués sont dans un état pitoyable. Quant aux premiers arrivants, c'étaient des moribonds, tous tuberculeux avancés, et les sanatoria de Leysin et de Montana furent les premiers servis.

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